PREMIER INTERROGATOIRE
D. — M. le général, à quelle époque, dans quoi lieu et pour quel motif avez vous été arrêté? — R. Je n'ai point été arrêté; j'étais prisonnier de guerre en Angleterre. Ayant eu ma liberté par suite du traité de paix, et connaissant l'ordonnance du Roi du 24 juillet dernier, je m'empressai d'écrire à Son Excellence, le ministre de la police générale pour lui faire part que j'allais ambarquer pour rentrer en France, dans l'intention de donner une preuve de ma soumission à S. M. en me présentant devant les juges qu'on désignerait. Je demandais seulement de ne point être arrêté lors de mon débarquement, et de pouvoir me rendre librement à Paris. Arrivé à Calais, je me présentai, le 17 décembre dernier, au commandant de la place, et le même jour je partis pour Paris, accompagné d'un ollicier à demi solde (|ui me fut donné par le commandant. M'élant présenté en cette dernière ville î\ M. le lieutenant général Despinois, commandant la division, il me fit conduire par un adjudant de place à l'Abbaye (1).
I). Quelles étaient vos fonctions au i^"" mars 181 4?
R. J'étais générai do brigade, commandant le ic régiment de chasseurs à pied de l'ex-vieille garde.
D. Où vous trouviez-vous lors de l'abdication de Napoléon, en avril do la même année ?
R. J'étais à Fontainebleau, retenu dans mon lit par suite des blessures que j'avais reçues à la bataille de Craone et sous les murs de Paris.
D. A cette époque, la France est restée sous le gouvernement de ses légitimes souverains ; l'armée française en masse et individuellement a donné son adhésion ; elle a reconnu S. M. Louis XVIII pour son légitime souverain; elle a prêté serment d'obéissance et de fidélité. Avez-vous suivi son exemple ?
R. Le traité du il avril 1814 ayant accordée Napoléon lasouve-
(1) Lors de la lecture de cet interrogatoire à l'audience, le rapporteur fit savoir qu'à sa demande de renseignement, le ministre de la ]>olicc avait répondu en lui transmettant deux lettres du général Cambronne, l'une du 10 octobre 1815 annonçant son retour prochain en France, l'autre du 13 du môme mois annonçant son arrivée imminente à Calais.
là
raineté de l'île d'Elbe, avec le litre d'empereur, avec, en outre, l'autorisation d'emmener quatre cents hommes de troupe, je me suis fait un devoir de partager le sort de mon ancien souverain, et j'ai accepté le commandement de ces troupes, qui me fut -donné la veille de leur départ de Fontainebleau. N'ayant pas quitté mon ancien souverain, je me suis considéré comme n'étant plus sujet français. J'ai pensé que je n'étais astreint à aucun serment envers S. M . Louis XVIII. Je n'en ai donc prêté d*aucune tiature, ni fait aucun acte d'adhésion (1).
D. Où étiez-vous au ier mars 1815 ?
R. Parti do l'île d'Klbe avec Napoléon, je suis débarqué, avec lui et ses troupes, sur les côtes de Provence, et le 1«»" mars nous étions au golfe Juan.
D. Qu'avez-vous fait du 1er au 20 mars ?
R. .rai commandé l'avant-garde des troupes de Napoléon jusqu'à 3 heures avant Tarrivée à Lyon. Depuis celte époque, j'ai cessé d'avoir un commandement, et je l'ai précédé ou suivi jus(iu'à son arrivée à Paris.
D. Qu*ùles-vous devenu depuis le 20 mars dernier, jusqu'au jour de votre rentrée en France, venant d'Angleterre ?
R. J'ai repris le commandement du l*»" régiment des chasseurs à pied de la garde, à l'arrivée de ce corps à Paris. Quelque temps après, je fus promu au grade de lieutenant-général, que je refusai d'accepter, en annonçant que, dans le cas où l'on me forcerait d'accepter, je prendrais ma retraite. Je quittai Paris avec la garde lorsqu'elle partit pour l'armée. Blessé et laissé pour mort à la bataille du 18 juin, je fus fait prisonnier par les Anglais «t conduit en Angleterre, d'où je suis revenu, comme je l'ai dit plus haut.
D. Quelles élaiont vos fonctions h l'île d'Elbe ?
R. J'étais commandant de la place de Porto-Ferrajo.
D. Postérieurement au 11 avril 1814, avant d'avoir quitté la France, depuis votre arrivée à l'île d'Elbe, pendant le séjour que vous y avez fait et depuis votre débarquement en Franco,
i{) A ce moment, le rapporteur donna lecture d'une copie du traité de Fontainebleau du 11 avril ISlique le ministre de la guerre lui avait envoy«; sur sa demande.
ii'avez-vous adressé aa Roi ou à ses ministres aucun acte de soumission ? N'avez-vous fait enfin, ni démarches, ni actes, ni demandes^ ayant pour but votre rentrée en France pour y vivre en fidèle sujet de S. M. Louis XVIII ?
R Me considérant comme sujet d'un princo étranger, je ne me suis point cru dans l*obligation de faire ni démarches, ni actes de cette nature envers le Roi de France ou ses ministres. Je me suis borné, pendant mon séjour à Tile d'Elbe, à une époque dont je ne me rappelle plus, d'écrire à M. le lieutenantgénéral comte Gurial, pour l'inviter à me conserver sa bienveillance, et lui faire part de mon désir d'employer son crédit, dans le cas où la mort do Napoléon me laisserait libre pour rentrer en France, et reprendre ma qualité et mes droits de «itoyen français. Je n'ai point reçu de réponse (1).