‹ CambronneChapitre 34 sur 73 · PRÉFECTURE DE LA LOIRE-INFÉRIEURE · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DE LA LOIRE-INFÉRIEURE

Paris, le 30 avrU 1816.

A Son Excellence le Ministre de la Police Générale.

Monseigneur,

Le Général Cambronno vient (]*ôtro acquitté, c'est un homme exalté, enclin à Tivrognerie et capable de se porter à tous les excès^ quand il est pris de vin. Il est déjà attendu avec impatience par un certain nombre de jeunes gens avec lesquels il a eu des liaisons et qui sont également très-exaltés. Sa présence dans ce département peut avoir de graves inconvénients et compromettre la tranquillité publique : je souhaiterais donc que Votre Excellence voulût bien lui interdire de s'y rendre, sa mère qui demeure daa*^ une commune rurale voisine de Nantes, pourra aller le voir dans l'endroit qui lui sera assigné pom* résidence.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très- humble et très- obéissant serviteur.

Le Préfet de la Loire-Inférieure.

Comte de Brosses.

Nantes, le 30 avril 1816.

A Son Excellence, Monseigneur le Ministre de la Police générale. Monseigneur,

Le Général Cambronne vient d'écrire à un de ses anods de cette ville que le premier usage qu*il feroit de sa liberté s^oit de venir se montrer à Nantes. Je prie Votre Excellence de vouloir bien considérer que la présence de ce général peut ôtre très dangereuse dans cette ville.

Les fédérés et chasseurs vendéens sont en grand nombre, ils sont tranquilles en ce moment, et n'osent point remuer, mais s'ils ont bien pris un air de satisfaction quand le général Travot a obtenu sa grâce, que sera-ce lorsqu'ils verront au milieu d'eux un des plus zélés partisans de Bonaparte et qu'ils se flatteront de le voir marcher à leur tôle, si malheureusement il v avoit quelque mouvement.

Je supplie Votre Excellence do prendre mes observations en considération, et de vouloir bien ne pas exposer la tranquillité de ce dé|)artement.

Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très-humble et ti-ès-obéissant serviteur,

\^ de Cardailhac.

Le ministre de la police générale tint compte de ces observations et le 6 mai il invitait le préfet de police à refuser à Cambronne un passe-port pour Nantes. Cet ordre arriva trop tard à son adresse.

Mis en liberté le 4 mai dès que la décision du conseil de révision avait été connue, Cambronne s'était présenté en personne, en grand uniforme, dans les bureaux de la préfecture de police. Il était porteur d'un ordre du général Despinois qui lui enjoignait de se rendre à Nantes et de partir de suite^ sans doute pour éviter quelque manifestation tumultueuse à Paris. Sur le vu de cet ordre, un passe-port lui avait été délivré.

On courut bien après lui pour lui retirer ce passe-port, au cas où il n'eût pas encore quitté Paris, mais c'était chose faite et il ne restait au Gouvernement que la ressource de donner de nouvelles instructions pour faire diriger le général sur un autre point. (1)

Le ministre de la police n'alla pas jusque-là, mais comme Cambronne devait d'après les injonctions du général Despinois se présenter, dès son arrivée à Nantes, devant les autorités civiles et militaires, il se borna à inviter le préfet de la Loire-Inférieure à observer la conduite ultérieure du général Cambronne :

(1) Archives Nationales. Lettre du 1 mai 1816 de la préfecture de la préfecture de police au comte Decazes, ministre do la police générale.

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