‹ CambronneChapitre 37 sur 73 · LÉGION ROYAUME DE FRANGE · texte numérisé non relu

LÉGION ROYAUME DE FRANGE

Compagnie de l'Oise

Beauvais, le 2 juillet 1817.

Police Secrète ^ Monsieur le Comte de Germiny, préfet

de l'Oise à Beauvais,

Monsieur le Comte,

Conformément à vos intentions, j'ai donné les ordres nécessaires pour surveiller le général Cambronne pendant son séjour dans ce département avec autant de vigilance que de circonspection.

Il existe dans la ville de Novon une société d*officiers en

retraite qui sont connus pour leurs mauvaises opinions, etc..

Agréez, Monsieur le Comte, etc.

Pàal.

Le préfet, comme l'indique une note marginale, écrivit au ministre qu'il avait pris toutes les précautions voulues et le gouvernement de la Restauration put dormir en paix, d'autant plus aisément, d'ailleurs^ qu'en dépit du passeport demandé et obtenu Cambronne renonça à son voyage.

Nous retrouvons d'intéressantes explications, sincères ou de commande, au sujet de son attitude, dans une lettre que son parent Margerin écrivait en son nom, le 8 octobre 1817, au ministre de la guerre en lui rappelant une

première demande égarée dans les bureaux une quinzaîoe de jours auparavant, (i)

A Son Excellence Monseigneur le Ministre de la Guerre,

Monseigneur, Ayant eu Thonneur de présenter à Votre Excellence le 2f septembre dernier, une nouvelle réclamation au nom du générale Cambronno, et m*élant assuré, que, le mercredi i«r de ce mois, elle n'était pas dans vos bureaux, j'ai tout lieu de craindre qu'eller ne soit pas parvenue à Votre Excellence, cl je prends la liberté^ de lui en adresser une seconde copie à laquelle j'ajouterai quelques observations que les circonstances ont rendues nécessaires.

Copie de la réclamation adressée à Son Excellence le 24 septembre

En songeant à l'avis donné à tous les créanciers de votredépartement, sous la date du 30 août dernier et en lisant les journaux du 1 1 septembre, dans lesquels je vois un nouvel avis adressé par le Gouvernement à tous les créanciers de l'Etat deprésenter leurs réclamations et leurs titres avant le !27 septembre^ je crois devoir, comme fondé de ; procuration, comme parent^ comme ami du général Cambronne, adresser à Votre Excellence une nouvelle réclamation au nom de ce général, pour lequel jo sollicite vainement depuis près de 18 mois, une décision qui. détermine enfin son sort.

Je ne puis expliquer l'inutilité de mes démarches jusqu'à ce jour qu'en l'attribuant à quelques fâcheuses préventions qui seraient restées sur le compte de cet otlicier général ; cependant il me semble que le serment qu'il a volontairement prêté au Roiet la conduite <{u'il a tenue depuis son acquittement sont desgaranties sulTisantes de ses sentiments. 11 m'est permis do présumer que Sa Majesté elle-même ne serait pas éloignée d'accorder au général Cambronne la confiance que je désirerais qu'il obtînt de Vo're Excellence.

Je fonde cette espérance sur le brevet de commandeur de la Légion d'honneur que Sa Majesté a daigné lui renouveler le 30^'

(1) Archives du Ministère de la Guerre.

<lécembre dernier pour prendre rang parmi les commandeurs à «omptor du 6 avril 1813.

Ce brevet, sij^né Louis, est accordé au baron Pierre-Jacques- Etienne Cambronne, maréchal de camp de nos armées.

Quoi, le maréchal de camp Cambronne a été renvoyé à ses fonctions par un jugement. Il est admis au nombre des commandeurs de la Légion d'honneur. Il est qualifié de maréchal do «imp dans le nouveau brevet que le roi a daigné lui accorder et il ne pourrait obtenir le renouvellement du brevet qui lui assure r^ grade, ainsi que les avantages et prérogatives qui y sont attachés . Je crois cependant que le général Cambronne, après .avoir servi pendant 25 ans, ayant sur le corps plus do blessures que d'années de service, ne peut être étranger à l'armée, et qu'il n'en peut faire partie qu'avec le grade qu'il a si bien acquis.

J'ose donc espérer qu'un nouvel examen et de nouvelles réflexions feront enfin cesser l'anxiété trop prolongée dans laquelle il reste depuis si longtemps et que votre Excellence voudra bien avoir égard à sa situation présente qui me fait une loi de solliciter pour lui des moyens d'existence.

Le général Cambronne est né avec de la fortune, mais il avait perdu son père peu de temps avant la Révolution et cette Révolution a enlevé à sa mère la presque totalité de ses biens. Réduite à vivre dans une petite campagne qui lui est restée à une lieue do Nantes, c'est là qu'elle a maintenant à sa charge un fils qui devrait aujourd'hui lui apporter des secours. Mais le général Cambronne, qui croyait trouver une existence assurée <IaQ.s ses longs services, a toujours sacrifié au bien de ses subor- ^lonnés les profits qui auraient pu lui donne, des ressources pour ^'avenir. Que de circonstances je pourrais citer où ce général donna des preuves de son désintéressement et de son humanité, mais je me contenterai de parler d'une seule.

A son retour d'Espagne, tous les soldats du régiment que com- 'iuandail Cambronne manquaient de capotes ; il épuisa toutes ses ressources particulières pour leur en donner à ses frais ; ce fait, ^ui peut être affirmé à votre Excellence par tous les anciens xîompagnons d'armes de ce général, qui étaient avec lui en Espagne, n'est pas, comme je l'ai déjà dit, le seul de ce genre, jiiais il doit suffire pour établir votra opinion sur son caractère et

doit vous donner en môme temps la mesure des besoins que doit éprouver ce g(^néral, qui n*a rien touché depuis son acquittemeat qui date de 18 mois, et qui avait été précédé de trois mois de détention à l'Abbaye et de trois mois de prison en Angleterre.

Quels que soient les nombreux arguments que je pourrais employer en faveur du général Cambronne, je n'ajouterai rien à cette réclamation déjà trop longue. Telle ({u'elle est, elle suffirt sans doute pour appeler toute la sollicitude de Votre Excellence et la déterminer à statuer promptement sur le sort d*un officier général sur le dévouement et la fidélité duquel Votre Excellence pourra toujours compter autant que sur le très humble, eLc,etc.-

C*cst ainsi, Monseigneur, que je m'exprimais pour le général Cambronne le 2 i du mois dernier, avec Tospérance de dissiper entièrement jusqu'aux moindres préventions que Votre Excellence aurait pu conserver contre l'honneur et la fidélité de ce général. Mais par suite de la fatalité qui semble le poursuivre, un nouvel incident aurait pu paraître justifier les préventions que je croyais si facile de détruire.

Le Journal des Débats, du 30 septembre, en rendant compte d'une des séances du procès relatif à la conspiration de FEpingle- Noire, s'exprime ainsi :

« On a découvert chez Contremoulin un livret contenant, par » ordre alphabétique, cent-vingt-huit noms, parmi lesquels se » trouvaient ceux d'Exelmans, Ameilh et Cambronne. »

Ainsi, quoi<]ue tous les accusés de la conspiration dite de TEpingle-Noire aient été acquittés, peut-être pourrait-on conserver quelques préventions à leur égard et, par suite, à l'égard du général Cambronne dont le nom se trouve, sans que je puisse m'en expli([uer le motif, accolé à deux hommes condamnés et proscrits.

Je crois dovoir certifier à Votre Excellence, que si, en effet, le nom du général Cambronne s'est trouvé sur la liste contenant 128 noms, M. Contremoulin l'y a compris sans sa participation et sans lui en avoir donné connaissance.

J'ai à ma disposition une lettre du général Cambronne, datée du !2i mai 1816, et portant le timbre de la poste du 27 du même mois, dans laciucUe il m^annonçait qu'il était sous la surveillance de la haute police, et comme il présumait, sans doute, que ja

pourrais réclamer contre une disposition dont l'arrêt qui Tavail acquitté et renvoyé à ses fonctions, devait l'affranchir, il m'annonçait que loin que cette disposition lui causât la moindre contrariété, il s'en félicitait parce que c'était pour lui le plus sûr moyen d'avoir des garants de sa conduite.

Dans une autre lettre, portant le timbre du 20 juillet dernier et que je me suis empressé de communiquer à M. le chef du Bureau de votre Département qui en devait connaître, à son audience du mercredi premier de c^ mois, le général Cambronne m'annonçait qu'ayant eu l'intention d'aller dans le département de l'Oise, où se trouve une grande partie de sa famille, il avait sollicité et obtenu de son Excellence le Ministre de la police générale un passeport qui l'autorisait à faire ce voyage, mais i\ cette époque la cherté des grains avait occasionné de troubles dans plusieurs départements et le général Cambronne redoutant que son voyage ne fût mal interprété par la malveillance, s'exprime ainsi dans la lettre que j'ai à ma disposition :

« Les différents bruits sur divers points m'ordonnent de ne » pas sortir d'ici, car on pourrait croire que j'ai des intentions » que je n'aurai jamais. »

Certes, Monseigneur, vous serez bien convaincu que celui qui se félicite d'être placé sous la surveillance de la haute police afin d'avoir des témoins de sa conduite et qui se prive, par prudence, d'un voyage projeté et désiré, dans le dessein de ne donner prétexte à aucune interprétation défavorable, ne peut avoir mérité de voir son nom figurer sur une liste d'individus soupçonnés ou convaincus de conspiration contre l'Etat. Vous serez, comme moi, persuadé que dans cette circonstance le général Cambronne est à plaindre et non à blâmer, et vous ne prendrez, à son égard, aucune impression fâcheuse. C'est dans cette confiance que je sollicite de nouveau de Votre Excellence une prompte justice et que je vous prie d'agréer l'assurance du très profond respect avec lequel j'ai l'honneur, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.

B. Margerin,

Avocat, rue des Champs-Elysées, no 8.

Paris, ce 8 octobre 1817.

en vente dans cette ville depuis quelques semaines, sur lequel est relatés la date de la bataille de Waterloo, et qui a pour épigraphe les paroles attribuées, avec ou sans raison, à cet officier général à cette bataille : La Garde meurt et ne se rend pas. Plusieurs personnes ont cru voir dans l'exposition publique de l'image du général dans la ville qu'il habite, un hommage rendu à sa conduite et une nouvelle manœuvre de la malveillance. Elles sont venues se plaindre à moi de la tolérance de la police à cet égard, et m'engager à interdire la vente de cette gravure. J'ai dû répondre à toutes ces plaintes que les formalités prescrites ayant été remplies, il ne m'appartenait pas de donner de tels ordres, et j'étais d'ailleurs convaincu que prendre une mesure prohibitive dans cette occasion, c'eût été donner à cet OHvrage une importance qu'il n'avait pas encore, et aux ennemis du gouvernement, le désir de se le procurer. C'est avec ces réflexions que des personnes sages sont parvenues faire abandonner à plusieurs officiers sémestriers récemment arrivés à Nantes, le projet formé par eux d'enlever et de déchirer tous les portraits de Cambronne qui se trouvent ici. Cependant depuis cette époque, il s'en est vendu un nombre beaucoup plus considérable, et presque tous les marchands d'estampes de cette ville en ont aujourd'hui plusieurs en étalage.

J'espère que l'effet produit par cette circonstance qui ne me paraît avoir d'autre importance que celle qu'on s'est plu à y attacher, no tardera pas s'effacer, et je ne néglige rien pour parvenir à ce but. Cependant j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous donner connaissance, Monseigneur, de l'espèce d'agitation qui en a été la suite.

Je dois ajouter que tous les portraits des généraux Drouot et Cambronne qui paraissent ù Nantes, y sont expédiés par Banse, libraire de Paris.

Je terminerai. Monseigneur, en vous priant de me donner sur l'exécution de l'art. 10 de la loi précitée, l'explication suivante : Doit-on exiger que les gravures exposées en vente, porlonl l'indication du dépôt (}ui en a été fait à la direction générale de l'imprimerie, ou bien suffit-il que le marchand produise le (•erlifH-at ou une copie du certificat constatant que cette formalité a été remplie à l'égard de la gravure qu'il «xpose? Dans ce

dernier cas quelle e^ la forme de cette pièce et par quelle autorité doit elle ôtro délivrée ?

Je désire, Monseigneur, que Votre Excellence veuille bien m'adresser le plus promptement possible la solution de ces questions.

Je suis avec respect, etc.

Pour le préfet en congé, le conseiller de préfecture délégué,

Page 1