‹ CambronneChapitre 42 sur 73 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

C'est le 24 avril 1820 que parut au Moniteur universel le décret nommant le général Cambronne au commandement de la V^ subdivision de la 16® division militaire, à Lille, non loin de la frontière et de ce champ de bataille de Waterloo où il s'était si vaillamment conduit.

La lettre par laquelle Cambronne témoigna sa gratitude à Louis XVIII n'indique pas, aussi nettement qu'on Ta prétendu, si c'est sur sa demande que le commandement de la place de Lille lui fut confié, mais, alors que presque tous les généraux du premier Empire avaient accepté du service sous la Restauration, faut-il tenir rigueur à Cambronne d'avoir imité l'exemple de ses compagnons d'armes ?

Voici cette lettre (1) :

Sire,

Vous m'avez accordé votre confiance, en me faisant employer ; mes actions y répondront en combattant vos ennemis. L'honneur et la fidélité prouveront que mes serments sont inviolables.

J'ai l'hoimeur d'être, avec le plus profond respect, de Votre

Majesté le très humble et très obéissant serviteur et sujet.

Le baron Cambronne. Lille, le ^.'îaoùt 1820.

(1) Le suppl»Mnent du Journal du 29 octobre lSt)2 a publif' un curieux article de M. Evaristo Mangin avec le fac-siinile de celte lettre de (^iinbronne dont l'original est entre les mains de l'ancien directeur du Phare de la Loire.

iVous ne possédons que peu de détails sur le séjour de près de deux années qu'il fit dans le département du Nord. 11 visitait souvent les garnisons de son ressort. Il aimait surtout revoir Dunkerque où il avait été envoyé en mars 1801, vingt ans auparavant, avec la 46® demi-brigade, où il avait connu Augustine Corbiset et c'est là que le 22 octobre 1820 il eut Tidée de faire constater par le docteur Zandick, un vieux soldat comme lui, les blessures glorieuses dont son corps portait les marques et qui ëtaîent le témoignage éloquent de sa bravoure.

Voici ce curieux document :

Je soussigné, docteur en médecine, «mcien chirurgien de Tannée des chasseurs à. pied de Tex-garde, certifie que M. le maréchal de camp Gambronno présente les blessures suivantes : Une cicatrice profonde avec perte de substance osseuse^ située au-dessus de fcril gauche et répondant à la partie externe «et supérieure do Parcade orbitaire du coronal. Cette blessure, résultat d'un coup de feu reçu î\ la bataille de Waterloo, occasionne des céphalalgies intenses qui se renouvellent à des époques très rapprochées.

2o Une cicatrice h la partie externe de l'articulation scapuiohumérale du côté droit, suite d'un coup de sabre.

3* Deux cicatrices à la partie externe de Tarticulation cubitohuniérale du bras «Iroil, suite, comme la précédente, de coup d'arme blanche et qui gèneut légèrement les mouvements de cette extrémité.

A^ Un coup de bayonnelte près de l'articulation du doigt auriculaire de la main droite avec le dernier os du métacarpe.

i)0 In coup de feu à la partie inférieure du bras gauche, dont !a balle, en traversant celte extrémité de sa partie externe à sa partie interne, a fortement contus l'humérus. U résulte de celte grave bles: ure deux cicatrices longues et adhérentes qui empêchent la libre exécution des mouvements de cette extrémité, et délerniineut la flexion permanente des doigts annulaire et auriculaire île la main, lorsque le bras est dans l'extension.

<3o Une cicatrice au côté gauche de la poitrine, suite du même

coup de feu qui a occasionné les lésions dont nous venons de parler.

70 Plusieurs cicatrices à la cuisse droite, dont trois très étendues et adhérentes. Ces blessures, suite de deux coups de balle qui ont traversé la cUisse de part en part et de Faction destructive de quelques fragments de mitraille, sont restées le siège de douleurs plus ou moins vives et subordonnées aux variations de Tatmosphcre , lesquelles, en les exaspérant ^ empêchent absolument les mouvements de progression.

8® Trois cicatrices à la partie externe de la jambe droite, dont deux adhérentes; Tune d'elles, placée à la partie externe de Farticulation ti bio-fémorale, en gône les mouvements et devient douloureuse à la moindre fatigue^ la seconde également adhérente, est située à la partie moyenne et externe de la jambe et concourent avec la cicatrice que Ton remarque plus bas, audessous de la maléole, à former un obstacle à la liberté de la marche (i).

C'est à Lille que Cambronne apprit la mort de Terapereur Napoléon. Malgré sa nouvelle fortune, ce ne dut pas être sans un profond serrement de cœur qu'il reçut cette nouvelle. Bien qu'il eût consenti à reprendre du service sous les Bourbons, il est permis de i3enser que ses sympathies intimes allaient ailleurs. Il avait été profondément attaché à la cause de celui qui venait de mourir à Sainte- Hélène et c'est bien ainsi que le considérait l'empereur, en l'inscrivant sur son testament au nombre de ses plus fidèles serviteurs.

Rappelons seulement ici l.es quelques lignes de ce fameux testament, qui concernent Cambronne :

15 avril 18-21, h Longwood, île de Sainte-Hélène.

... Je lègue au général Cambronne cent mille francs...

Ces sommes seront prises sur les six millions que j'ai placés

(1) Comparer ce cerlificat à celui du docteur Cochenet cpie nous avons publié plus haut pa^'o ni.

en partaul de Paris en ISlo et sur les intérêts à raison de o O/o depuis juillet 18i5.

Tout ce que ce placement produira au-delà de la somme de 5,600,000 fr. dont il a été disposé ci-dessus sera distribué en gratifications aux blessés de Waterloo et, aux oflRciers et soldats du bataillon de l'ile d*Elbe sur un état arrêté par Montholon, Bertrand, Drouot, Cambrone et le chirurgien Larrey.

Le codicille du 24 avril 1821 ramenait encore le nom de Cambronnc sous la plume de Napoléon agonisant :

Sur la liquidation de ma liste civile d'Italie, je dispose de deux millions que je lègue à mes plus fidèles serviteurs. Sur ces deux millions, je lègue ... Au général Cambrone, 50,000 francs.

Le général dut être vivement touché de cette marque d'affection que lui donnait rempereur sur son lit (Je niprt. Peut-être rogretta-t-il alors de s'être laissé aller aussi facilement à accepter de reprendre du service sous la Restauration et de ne pas s'être tenu, comme tant d'autres, dans une retraite absolue sinon dans une opposition irréconciliable. Il n'en continua pas moins à servir avec iine scrupuleuse fidélité le gouvernement auquel il s'était rallié, mais il devait songer déjà sans doute au jour prochain où il se démettrait de ses fonctions. En attendant, il restait respectueux observateur du serment qu'il lui prêté. En voici une preuve curieuse et peu connue :

Le !«• février 1822, le général Gambronne recevait un paquet renfermant un li\Te séditieux par son contenir par les emblèmes que portait sa couverture et par sort titre niême ; Les perfidies dévoilées et justice rendue à Napoléon le Grand. Le but de l'expéditeur n'était pas douteux, il espérait provoquer un soulèvement militaire contre le gouvernement royal et il avait compté sur le concours actif ou tout au moins sur la complicité morale

de Cambronné qui ne pouvait qu'être disposé à voir rendre justice à Tempereur défunt. Mais le général fit parvenir l'ouvrage délictueux aux mains de Tautorité, en lui fournissant les indications nécessaires pour découvrir Tauteur de l'envoi. C'était un ancien payeur employé aux :armées, nommé Jean-Baptiste Delaly, domicilié à Dunkerque qui était Tauteur du libelle. La correspondance suivante fait d'ailleurs exactement connaître les circonstances de cette étrange affaire (1) :

PRÉFECTURE DU NORD Lille, 4 février 1822.

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