CABINET
— A Son Excellence le Ministre de
rintéi'ieur, Monseigneur,
J'ai rhonneur d'informer Votre Excellence d'un fait qui a de
l'importance* Gt qui mérite toute votre attention. Un individu
s'est présenté chez M. le général Gambronne pour lui remettre
un paquet cacheté, le général le reçut, ne l'ouvrit point en sa
présence, et dit au porteur do ce paquet de revenir le lendemain ;
le général l'ayant ouvert y trouva un livre qu'il s'empressa de
déposer entre les mains de monsieur le lieutenant général
commandant la Division. Un carton vert couvre ce livre et
représente une aigle couronnée avec ces mots : l'Empereur est
mort, vive VEmperevr ; il a pour litre : Les perfidies dévoilées et
justice rendue à Napoléon le Grand par D... il est dédié à
la nation française et à Sa Majesté Napoléon II, Empereur des
Français ; vis-à-vis ce litre est le portrait de Napoléon 1er
mourant, pour marquer les pages de ce livre, il y a trois liserets
bleu, blanc et rouge ; l'auteur écrit à Napoléon II. Sa dédicace
est ainsi conçue :
Sire, « L'âme navrée par la perle du plus grand cl du plus beau « dés monarques. Votre Auguste Père, permettez à un faible « mais fidèle sujet, de faire hommage à Votre Majesté de tout
(1) Archives nationales F 7 6919.
« ce qui devra, il le sent^ aceroitre toutes sefis peines^ en loi « rappelant des souvenirs douloureux et cruels, mais qui est u fait aussi pour accroître son courage, avec d'autant plus de « raison qu'Elle a à venger ce Père qui la chérissait et qui ne « Ta point oubliée à son dernier soupir.
« En dédiant cet ouvrage à Votre Majesté, si j*ai fait participer « la nation française à cette dédicace, c'est que ses intérêts soRt <( inséparables de ceux de son Souverain.
« Lorsque j'ai conçu l'idée de cet écrit, comme je n'ai eu « d'autre motif que celui que j'énonce ù la fin de mon introduc- « tion, qui a été d'assurer aux Français l'éloge le plus beauqoe « l'on ait pu faire du plus magnanime des Empereurs qu'ils ont « regretté trop tard, j'ose espérer que Votre Majeslé daignera « l'accueillir favorablement. C'est dans cet espoir et pénétré « des sentiments du dévouement le plus parfait que je suis, Sire, de Votre Majesté, le très-humble, très-obéissant et
ûdèle sujet,
Il est vraisemblable que l'individu qui a remis cet ouvrage à
M. le général Cambroune ignorait le secret de sa commission,
car ce général l'ayant invité à revenir le lendemain, il rcvixU,
on ignore encoi*e par qui ce livre est parvenu k celui qui s'est
trouvé chargé de le porter à M. le général Cambronne. On sait
seulement qu'il lui a été remis à Dunkenfue, on cherche à
connaître ce premier enti^emetteur. J'aurai l'honneur d'informer
Votre Excellence de tout ce qui sera découvert relativement k
ce message mystérieux.
Je suis avec respect, etc.
Le préfet du Nord.
Ce fut d'abord un commerçant de Dunkerque nommé Dury, « connu, disent les rapports de police, par les plus mauvaises opinions ^^, qui fut soupçonné d'avoir remis la brochure séditieuse an commissionnaire dont le général Cambronne avait reçu la visite (i). Dury fut même mis à
(1) Archives Nationales. Lettre du préfet du Nord, du 7 février 1822, au ministre de l'intérieur.
la disposition du procureur du roi. Mais on ne tarda pas à découvrir quels étaient les véritables auteurs de cette aventure. Une nouvelle lettre du préfet du Nord nous renseigne à ce sujet. La voici :
PRÉFECTURE DU NORD Lille, le 14 février 1822.