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LA RETRAITE A SAINT-SÉBASTIEN

C'est peut-être ici le moment de faire un retour en arrière et de se rendre compte du rôle que la mère de Camhronne avait rempli pour la sauvegarde de ses intérêts, pendant qu'il était retenu aux armées. C'est ainsi que nous la voyons figurer, comme mandataire de son iils dans un certain nombre d'actes notariés, notamment le 28 août 1811 dans un acte au rapport de M^ Morin. d'Yvonière, qui constatait un prêt de 5,208 fr. 75 c. consenti h Joseph-Jacques Vallin, ancien receveur-général du département de la Loire-Inférieure avec affectation bypotliécaire sur la maison de la Haute Forêt et ses dépendinces, devenues célèbres depuis par le séjour que rhistorien iMichclet y fit en 1852.

Quand Cambronne revint s'installer à la côte Saint- Sébastien, il ne cessa de témoigner à sa mère devenue soulîrante les marques de la plus vive tendresse. Il semblait qu'il voulût lui rendre à son tour la sollicitude qu'elle lui avait autrefois prodiguée quand il était enfant. La collection d'autographes de M. Cheguillaume contient des lettres trop intimes pour être publiées, mais qui sont la preuve vivante des sentiments de Cambronne. Sa mère se plaignait-elle de la moindre indisposition, vite il écrivait au docteur Fouré qui jouissait à Nantes d'une

véritable célébrité, lui donnant les détails les plus minutieux sur les symptômes extérieurs de la maladie et lui demandant jusqu'au moment de sa visite, les remèdes nécessaires pour calmer les douleurs qu'éprouvait la pauvre maman. Ces attentions toutes filiales, M"« Cambronne dut s'y montrer d'autant plus sensible qu'elle ne trouvait pas de la part de sa fille Justine Lemerle brouillée avec elle les mêmes témoignages de tendresse.

Quand elle mourut le 2 février 1819, (1) la maison de la Treille fut mise en vente.

Il faut croire que cette maison était avantagement située, car dès les premiers jours les acquéreurs se présentèrent assez nombreux à Tétude de M« Francheteau, notaire. M. Pesneau, rue Grétry, revint jusqu'à trois fois à la charge, offrant tour à tour 6,000, puis 8,050 francs, enfin 9,000 fr. de l'immeuble qui fut vendu à M. René François Tuai, propriétaire, quai Turenne, n« 7, pour le prix de 10,000 fr. dont 3,000 fr. versés à titre d'arrhes et 7,000 fr. portés à l'acte.

Les époux Lemerle touchèrent leur part comptant ; Cambronne accepta un billet payable le 1®^ mars 1821. L'acte de vente porte la date du l**" mars 1819.

C'est à cette vente que se rapportent les quelques

l\) Actes (le l'élat-civil de la commune de Saint-Sébastien. Refaire des décès do 1819.

« Du 3 février déclaration de décos par François Bastai'd, receveur des contributions directes à La Bée et Jean Âudigand, cultivateur à La Savariùre, non parents de la défunte, de Françoise AilélaYde Druon, Agée de "8 ans, oritfinaire de la ville de Noyon, département de l'Oise, fille de feu Charles Druon et de feue dame Marie-Loaise Frassens, veuve de feu ÏMerre Tiiarles Cambronne, négcH'iant à Nantes, nmrte le jour d'hier à 10 heures du soir en sa demeure au bourg. »

lettres d'afTaires conservées à la Bibliothèque publique de Nantes et qui n'oiïrent qu'un intérêt des plus doux. Dans Tune d'elles où il invite son notaire à déjeuner, relevons cette phrase amusante : (1)

Je ne vous offrirai que du gras, mon curé m^ Va permis tout le carême, mais ne pouvant se la donner à lui-même, je n'ose pas lui faire enfreindre cette règle qui les fait tant vénérer.

La vente de cette maison donna lieu à une difficulté. Les latrines de la maison étaient placées d*une façon assez singulière, moitié sur le terrain de la Treille, moitié sur un terrain voisin. De là des explications que le nouvel acquéreur, M. Tuai, sollicita du général Cambronne qui lui répondit par le billet suivant (2) :

Monsieur,

Les latrines ont toujours existées (sic). Je n'ai aucun titre h ce sujet.

Recevez, Monsieur, mes civilités.

Cambronne et sa femme continuèrent à recourir fréquemment aux conseils des notaires pour leurs divers placements. C'est ainsi que la rédaction de prêts hypothécaires, de main-levée d'inscription, de quittances, etc., les y amenait assez souvent. Presque tous les notaires de Nantes liront des actes pour eux : celui du général était Me Francheteau, celui de M"® Cambronne était M<»ChaiIlou

(\) Bibliothèque publique de Nantes. Autographes de Cambronne Lettre du 27 février 1819.

(2) L ori^nnal de ce billet figure aux archives de la fabrique de Saint-Sébastien, re <|ui s'explique parce que la propriété de la Treille est devenue le presbytère actuel.

qui avait rédigé son contrat de mariage (1) ; parfois même ils employaient M« Barailler (2).

Auprès de Cambronne vivait la sœur de sa femme, Agnès Osburn, dont l'état de santé précaire avait fournît en 182â, au général le prétexte qu'il cherchait peut-être pour cHre admis à la retraite. Agnès Osburn, qui était eiïecUvement très malade à ce moment, avait fait soo testament olographe à Saint-Sébastien, le l**" septembre 4822. Elle y instituait son héritière universelle « Madame la vicomtesse Cambronne, sa chère sœur )>. Elle ne mourut que deux ans et demi plus tard, le 3 février 1825^ rue Racine, 3, à Nantes (3), ne laisssant d'ailleurs rien.

C'est vers la fin de la môme année, le 31 décembre 4825, que se mariait une des nièces de Cambronne, Mariellacbcl Lemerle, née le 4G septcml)re 1808 (4). Elle épousait un étranger, Philippe-Jacob Vincent, né le 5 juin

(1) A(!l**.s pMSS<**s le 13 mai 1S20 (procuralion , hî 31 mai 18:20 (radûitioii tl'liy|)utliôqu<'«, le 12 juillrt 1S2() .[inuMiration donnée par M™»-" CambroniK';, \v î) juillot 1821 >ol)li},'aiion consentie par M°»û Oiiiibronnei, le (i février jSùi (tiuiltano! d(>nnee par M*"" Oîinibronm'), le 30 mai 182S (radiation consentie par M"»« Cambronne). Ces divers actes fii^Mirent an rang des miimtes de M<^ Chaillou, notaire, donl lesuccesseur actuel est M" KrUiud.

(2» Le 2."» mai 182i. vente, f»ar acte au rapport de M"^ Barailler, nritalre à Nanles, par Jean Vaillant, cnilivateur et Perrine Denou, sou éponsf. à la J.»)Uzini»*re, Cii Saint-Ktiermr-de-Mont-Luc, à M«^«î l:i vicomtesse Cand)ronne d'une n)é(airie à la Louziniére (maison e( jardin, pièce de terre à labour, vij^nes et irairios). moyennant le prix <!e G, 000 Irantts.

(3) 1/acte de décès lui donne 'M\ ans: il constate <|u'elle est l'épouse d'Alin Pollock, néirociant, domicilit' à (ilascow. Un des témoins de la déclaration de décès est François (Juidon. cocher de M™<^ (MinibriMioe.

(4) Son acte de naissance donne à son père, Armand-l*ien\* Lenu'He, (|ui devint plus lard employé des contribution^ direcîes, bi profession, piquante... à noter, de marchand de moutarde.

i798 à Fœlz (Bavière), mais le général, brouillé alors avec sa sœur, n'assista pas au mariage.

Autant Gambronne semblait alors mal disposé pour sa propre famille, autant il témoignait d'affection à sa femme qui le lui rendait bien. C'est à la réciprocité de ces sentiments qu'il faut attribuer la rédaction des testaments qu'ils se firent l'année suivante.

Celui du général, reçu par M« Barailler le 29 avril 1826, s'exprime ainsi :

Je révoque tous autres testaments et codicilles que je pourrais avoir faits, voulant que celui que je vais dicter soit seul <'\écutê comme contenant l'expression de ma dernière volonté.

J'institue ma légataire universelle M™e Marie Cambronne, mon épouse, demeurant avec moi, voulant qu'elle jouisse et dispose en pleine propriété de tous les biens meubles et immeubles (|ui se trouveront m'appartenir et composer ma succession, en quoi que le tout puisse consister, soit dû ou situé sans exception ni réserve aucune.

Le testament de M"»® Cambronne, également authentique au rapport du même notaire, est à la date du 31 mai 1826. Cambronne y était institué son légataire universel.

Pourquoi Cambronne eut-il des craintes quant à la validité du testament que nous venons de rapporter? nuus ne savons, toujours est-il qu'en 1835, il en lit un second olographe enregistré le 20 octobre de cette rinnée et qui n'était au surplus que la confirmatiop du premier dans ses dispositions :

Ceci est mon testament :

J Institue mon héritièn; universelle de tous les biens meubles et immeubles que je délaisserai, ma femme la vicomtesse Cambroniie, je veux qu'au moment de mon décès elle soit saisie de toute ma succession.

Le présent est fait en cas que le testament fait devant M. Baniillcr, notaire l'an dix-huit-cent-vingl-six, le vingt neuf avril, ait quelque difficulté ou quelque chose contestable; sans cela je ne l'aurais pas fait, ne voulant pas le détruire, au contraire lui donner plus de force.

Tous testaments ou donations faits avant ce temps sont nuls, c'est-à-dire ceux faits avant celui de M. Barailler. Le tout est écrit de ma main.

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