L. V. Cambroxne
ou le Vicomte Cambronne.
M. et M™* Canibronne n'avaient pas d'enfants et n'étaient guère destinés à en avoir, à Tàge déjà avancé auquel ils avaient contracté mariage. Ils avaient désiré en adopter un, de préférence une fille et s'étaient adressés tout d'abord à leur propre famille. M™* Lemerle pressentie avait refusé cette proposition, de là la brouille que nous signalions plus baut, puis ils frappèrent, alors qu'ils habitaient Lille, à la porte de Marc Cambronne^ un des cousins germains du général, qui s'était fixé vers 1810 dans cette ville et qui avait une fille Louise alors âgée de quatorze ans. Même refus de ce côté ainsi que de la part d'un autre rousin, Pierre Viéville dont la fille Adèle — de qui nous tenons; ces détails — vit encore aujourd'hui à Arras.
(l'est alors que M. et M™» Cambrunne durent chercher en dehors de leur famille. Il y avait à cette époque à Lille une famille Adamson, d'origine anglaise, dont la mère était venue s'établir en France pour compléter rinstruction et Téducation de ses enfants. Uappelée l)rus(|uement en Angleterre, M™® Adamson se trouva fort embarrassée ; sa plus jeune enfant, alors Agée de deux ans à jHMue, «'lait atteinte de la coqueluche et tout d<'placem<'nt ])uuvait être dangereux pour la santé et
même pour la vie de cette fillette. M»« Cambronne offrit de la garder provisoirement, ce qui fut accepté, mais, elle s'attacha bieo vite à l'enfant et c'est ainsi que le provisoire devint définitif. Le général habitait alors à Lille, fue des Tours, 12, il se fixa plus tard rue de THÔpital-Militaire, où était le quartier général.
La jeune Sophie-Catherine Adamson grandit et en 1836, au mois de mai, elle épousait à Nantes M. Victor- Marie Roussin, alors avocat, dont le père était directeur des domaines. L'acte de mariage porte que la jeune . mariée^ née le 14 août 1818, à Lambeth (Angleterre) — elle n'avait donc pas encore dix-huit ans — est fille de M. John Adamson, négociant et de dame Elisabeth- Catherine Weber, son épouse.
En témoignage de leur tendre affection pour la future qu'ils avaient élevée et qu'ils manifestaient l'intention d'adopter dans la forme légale dès qu'elle aurait atteint sa majorité, M. etM™« Cambronne lui faisaient don, pour en jouir au décès du dernier d'entr'eux, de leur propriété de La Baugerie et d'une somme de 20,000 fr. à prendre sur la succession de M™« Cambonne. D'autres donations éventuelles lui étaient également faites dans le contrat de mariage.
M. et Ma»^' Roussin vivent encore dans leur beau manoir de Keraval en Plomelin, sur les bords de l'Odet, à quelques kilomètres au-dessous de Quimper. Nous avons eu la bonne fortune d'être reçu par eux avec une extrême bienveillance et de recueillir de leur bouche plus d'un renseignement, dont nous avons fait usage au cours de ce volume. Point n'est besoin de dire qu'ils ont conservé le souvenir le plus touchant du général Cambronne et de sa femme, et que plus d'un objet leur rappelle cons-
tamment la mémoire de ceux que M™* Roussin n*hésite pas à considérer comme son père et sa mère. C*est ainsi qu'elle les traite quand la conversation revient sur eux, et elle n'en parle jamais sans une émotion communicative. Là se gardent encore leomme autant de précieux souvenirs, des lettres intimes de M. et M™« Cambronne, les épaulettes de général de brigade de Cambronne, son crachat de commandeur de la légion d'honneur, sa croix d'ofiîcier, sa croix de chevalier de Saint-Louis, reliques précieuses, les mèches blanches de ses cheveux bouclés, son buste d'après Amédée Ménard, là se gardait aussi une épée de parade offerte depuis par M. Roussin, à la ville de Nantes, déposée au musée départemental d'archéologie, mais que Cambronne n'a jamais portée à Waterloo, contrairement à l'indication du catalogue de ce musée.