CHAPITRE XXIII
Cambronne était mort le 29 janvier 1842. Presque aussitôt, un grand mouvement se produisait dans la population, pour consacrer le souvenir du vaillant général en lui érigeant une statue. Les procès-verbaux fort sommaires alors des séances du conseil municipal, nous révèlent cet état des esprits :
SÉANCE DU CONSEIL MUxNICIPAL
Du 7 février 1842
Présidence de M. Ferdinand Favre
Monument à la mémoire du général Cambronne
M. le Maire entretient le conseil du désir qui lui a été manifesté par un grand nombre do Nantais, de voir élever un monument à la mémoire du général Cambronne.
Le conseil invite M. le Maire à faire faire par M. rarchitecte voyer dos études sur remplacement et la forme convenables à donner à ce monument et il décide, à l'unanimité, que la commune contribuera en tout ou partie aux frais do cette érection, suivant ses ressources financières et suivant l'importance qui sera définitivement donnée à cette œuvré de reconnaissance pour les glorieux services rendus à la France, par le héros que la cité nantaise s'honore de compter au nombre de ses enfants.
A peine cette décision avait-elle été rendue publique que la municipalité recevait des propositions de la part d'un certain nombre d'artistes qui faisaient valoir leurs titres spéciaux à être chargés de cette œuvre importante.
C'était M. Lanno, sculpteur rennais d'origine, qui, dès le 27 mars, offrait, non sans rappeler ses nombreux travaux, de faire une statue de Gambronne de 2 mètres 40 de hauteur, pour le prix de 16,000 francs, exécution fonte ou bronze, emballage et transport, le tout parachevé dans un délai de dix-huit mois.
Venait ensuite Suc, l'éminent artiste nantais. Il était, disait-il « l'artiste désigné par la famille de l'illustre général, pour faire revivre ses traits. » Du reste n'étaîtil pas un de ceux dont on avait parlé pour le monument de La Tour-d'Auvergne ? Il aimerait faire la statue du « deuxième grenadier de France », comme il songeait à faire celle du « premier. »
Sa lettre se terminait ainsi :
« Dans peu de jours, je pars pour Paris, où le buste du général Cambronne est d^à soumis aux observations de cette haute critique, sans laquelle les œuvres de Fart manquent de perfection. »
Suc avait été effectivement autorisé par M«e Cambronne à prendre un moulage sur la figure du mort» mais le buste qu'il en fit, qu'il ait plu ou non à la critique parisienne, ne parut pas à la famille d'une ressemblance frappante. La meilleure preuve, c'est qu'elle s'adressa au sculpteur Amédée Ménard qui, à Taide d'indications de la veuve, de portraits et de ses souvenirs personnels, réussit à faire un buste en terre, de grandeur naturelle, qui appartient encore aujourd'hui à M. Roussin et qui rappelle admirablement la physionomie du général.
Justement fier d'une pareille commande, Amédée Ménard, que la ville de Nantes s'enorgueillit de compter au nombre de ses artistes les plus distingués, sollicita lui aussi l'honneur de faire la statue de Cambronne. Il invo-
qaait son titre de compatriote du défunt, ses succès antérieurs comme statuaire et le buste du général dont il venait de terminer une copie t sur la demande de la famille. »
Enfin, le sculpteur De Bay, un nantais également, dont le nom est bien connu, écrivait le 15 mars 1842, au maire de Nantes, une lettre dont voici les principaux passages :
Né à Nantes, élevé dans son sein, je suis le premier et
jusqu'à ce jour le seul parmi les Nantais qui se sont adonnés à Tétude de la sculpture , qui ait remporté tous les prix do 1* Ecole Royale de Paris et enfin le grand prix de Rome.
A mon retour d'Italie, les études que j'avais faites dans cette terre classique, exposées à l'exposition de Paris, m'ont valu la grande médaille d'or de lr« classe.
J'ai pour la ressemblance de la statue une garantie que nul autre ne peut offrir désormais. Mon père a fait en 1815 d'après le général Gambronne qui venait poser chez lui, un buste em-. preint d'une ressemblance frappante et de ce beau caractère que mon père sait si bien mettre à sa sculpture. Ce buste, mon père me Tabandonne. Avec un si précieux document, je puis presque assurer le succès de la statue.
Mais, si les demandes des artistes arrivèrent promptement, les réponses se firent longtemps attendre, puisque Tannée suivante, le 11 juillet 1843, De Bay insistait dans les termes suivants :
Je suis seul dépositaire du buste généralement admiré fait
d'après nature en 1815 par mon père.
La famille unanime sur le mérite de ce buste, unique
portrait fait du vivant du général, le seul qui le rappelle à l'époque la plus glorieuse de sa vie, appuie de tous ses vœux une décision conforme à celle que je sollicite.
M. De Bay ajoutait qu'il était appuyé par M. Gavé, directeur des beaux-arts au ministère de l'intérieur. Il
rappelait aussi la décoration faite par lui du passage Pommeraye.
Que s'était-il donc passé à la municipalité qui avait retardé à ce point une décision définitive ?
Le conseil municipal quj, le 7 février, s'était occupé pour la première fois de Taffaire, se réunit le 2 juin suivant pour prendre une résolution pratique :
Séance du 2 juin 1842 Présidence de M. Ferdinand Favre
M. Dérivas donne lecture de Texposé de radministration concernant Térection d'un monument à la mémoire du général Cambronne, puis du rapport rédigé par M. Jégou, au nom de la commission chargée de Texamen préalable du projet présenté par M. Driollet, architecte voyer.
Lo Conseil après on avoir délibéré,
Sans se prononcer sur le plus ou moins de mérite dudit projet qui devra ctro ultérieurement étudié sous le rapport de Tart oC du mode d'exécution par des hommes compétents choisis à cet effet,
, Mais considérant que, pour obtenir l'approbation de l'autorité supérieure, il ynporte de lui soumettre un projet indicatif du monument à ériger, accompagné d'un devis de la dépense présumée.
Adopte en principe le projet présenté dont le devis s'élève à 70.000 fr. et arrête à l'unanimité, conformément aux conclusions de la commission :
lo Qu'une statue en bronze du général Cambronne sera élevée sur une des places principales de la ville de Nantes ;
2o Que ce monument sera national et établi au moyen de souscriptions ouvertes dans toute la France et que la ville de Nantes sera inscrite en tcte de la souscription pour une somme de 10.000 fr.;
3o Que le bronze nécessaire à l'érection du monument sera demandé au gouvernement.
M. lo maire est invité à faire toutes les diligences pour obtenir la sanction royale laquelle doit précéder nécessairement la
formation d*une haute commission qui devra être chargée de recueillir les souscriptions, d'arrêter définitivement le programme do monument et d*en diriger l'exécution, avec le concours du Conseil municipal et sous l'approbation de Tautorité supérieure.
Ainsija ville votait un premier crédit de 10,000 francs et arrêtait la formation d'une commission supérieure chargée de rédiger un programme et de recueillir les souscriptions. Cette commission, qui subit d'assez fréquentes additions ou modifications, comprenait au début : MM. Trézel, lieutenant-général, commandant la 12« division militaire, président ; A. Ghaper, préfet de la Loire- Inférieure, vice-président ; Gémeau, maréchal de camp, commandant la subdivision; Ferdinand Fabre, maire de Nantes; Desperrois colonel de la Garde nationale; Bignon, député de la Loire-Inférieure ; JoUan, ancien député de la Loire-Inférieure ; Dechaille, membre du conseil général ; A. Garnier, membre du conseil général ; Le Cour, membre de la chambre de commerce ; Chenantais, Jégou, Henry, Thébaud, membres du conseil municipal ; Fontenillat, receveur général des finances, trésorier^ et St.-Félix Seheult, conseiller municipal, secrétaire,
La question de l'emplacement préoccupa vivement la population, ainsi qu'en témoignent les propositions souvent extraordinaires reçue par la commission et conservées aux Archives de la mairie. (Dossier de la statue de Cambronne.)
On avait pensé à la place du BoufTay (rejetée à cause du marché), à la place Cincinnatus, aujourd'hui Duchesse- Anne (écrasée par le cours Saint-Pierre), à la place Pirmil (irrégulière, insuflisante et excentrique), à la place Dclorme, voisine du cours du Peuple où les compagnons
d'armes de Cambronne assistaient à de fréquentes réunions militaires (trop exigûe et trop éloignée du centre), à la place Royale (dont les immeubles écraseraient la statue).
Il y eut même une lettre de M. A. Goêau-Brissonnière qui proposait une pile du milieu du pont de la Bourse. II demandait également l'apposition d'une plaque de marbre à l'endroit où le général était né et une autre sur la maison où il était mort — ce qui ne s'est pas encore fait à l'heure actuelle, mais ce qui serait désirable.
D'autre part, une pétition d'habitants du quartier de Launay — dont le promoteur était l'infatigable J.-B. Gk)ullin — demandait la statue sur la place de Launay. Les gens de ce quartier avaient même souscrit i ,800 fr., mais à cette condition-là. La place de Launay était trop excentrique et cette proposition fut écartée, comme celle de se servir de la plateforme où s'élevait jadis la tour dn pont de Piniiil.
Bref, après de longues discussions, la commission adopta, dans sa séance du 20 octobre 1843, le centre de la place Grasiin ; le monument devait regarder la salle de spectacle.
C'était une fâcheuse idée, d'abord parce que l'éclairage de la statue devait, avec l'orientation de la place, être des plus défectueux, ensuite parce qu'à cette époque où le chemin de fer n'existait pas encore, c'était là que se trouvaient les deux bureaux de messageries et que la place n'était pas trop grande pour un pareil va-et-vient, sans aller l'encombrer d'un monument central.
La commission décida également de charger Jean De Bay de l'exécution de la figure en bronze du général et des accessoires qui s'y rattachaient, mais, pour ne pas évincei' deux autres artistes nantais qui avaient droit
aussi à sa bienveillance, elle partagea entre Suc et Amédée Ménard les quatre bas-reliefs du piédestal. Sue devait faire Zurich et léna, Ménard était chargé de Saragosse et de Waterloo.
Jean De Bay se mit aussitôt à Tceuvre. Le 27 décembre de la môme année, il chargeait son beau-frère, Félix Crucy, architecte, de communiquer à la commission l'esquisse du monument. Il lui écrivait en même temps comment il l'avait conçu :
J'ai pensé que l'illustre soldat devait ôtre représenté afTronlant la mitraille et prononçant les immortelles paroles : La Garde meurt et ne se rend pas, et, pour rendre cette action palpable à tous les yeux, à toutes les intelligences, il m'a semblé que le drapeau dont Cambronne sauvait l'honneur devait jouer un rôle dans cette composition... J'ai donc pensé que Cambronne couvert d'un drapeau déchiré, percé, criblé par le feu ennemi, enveloppé dessous en quelque sorte comme sous un linceul, résistant toujours quoique blessé (car je lui ferai sa noble blessure saignante) rendrait assez bien la chaleur de l'action.
Mais à partir de ce moment, les difficultés abondèrent. Le ministre de la guerre refusait le bronze, « attendu, » disait-il, que le bronze existant dans les arsenaux doit » être exclusivement affecté au service de la guerre ». La souscription n'avançait que péniblement et traîna pendant plusieurs années. Le roi avait souscrit sur sa liste civile pour 300 fr., le conseil général de la Loire-Inférieure avait donné 1000 fr., le ministre de l'intérieur avait distrait 3000 fr., sur les fonds de son département. Bref, au 25 août 1847, les souscriptions, y compris les 10,000 fr. de la Ville de Nantes, n'arrivaient qua un total de 20,412 fr. 97 et encore fallait-il y compter un don de 3,000 fr. dû à la générosité de M™» V^e Cambronne.
Or, la statue coûtait 18,000 fr., le piédestal était éva-
lue à 13,000 fr., plus pour imprévu 300 fr., au total, 31,300 fr. Il manquait donc 10,887 fr. 03 pour achever la statue .
Au point de vue artistique, les choses n'avaient pas no» plus marché toutes seules. De Bay , qui avait exposé sa statue au salon de 1846, n'avait pas eu une bonne presse. Gustave Planche qui faisait autorité, l'avait malmené dans le salon de la Bévue des Deux Mondes (4® livraison, 15 mai 1846) :
La statue do Cambronne do M, Do Bay, est une erreur que j*aî peine à m'oxpliquer. Do quoique côté, en effet, qu'on regarde cette statue, il est impossible de trouver un enseniblo de lignes satisfaisant. Il y a dans l'attitude et la physionomie du général une emphase théâtrale qui peut convenir au Cirque Olympique, mais dont la statuaire ne saurait s'accommoder. La bravoure et l'énergie do Cambronne, pour se manifester clairement, n'ont pas besoin do cette pantomime exagérée. Si nous laissons de côté la composition pour nous occuper de l'exécution des morceaux, nous no pouvons nous montrer moins sévère. Sa tôle, les mains et le vêtement sont restés à l'état d'ébauche. Si cette slalue doit être coulée en bronze pour la Ville de Nantes, l'auteur fera bien, avant de la livrer au fondeur, do donner à la parilomirao de sa figure un peu plus de simplicité. Quant à rexécution de la lête et des mains, je suppose qu'il no la considère pas comme définitive.
La commission s'émut de ces critiques. De Bay promit des retouches, les fit et le 18 septembre suivant, il envoyait à Nantes une épreuve daguerréotypée de la slalue modifiée, non sans solliciter l'examen définitif de membres de rinslitut.
L'épreuve plut, mais, pour dégager saresponsabiliir». ];i commission pria l'Académie (U) désigner trois de ses membres en viin dun dernier examen, avant que la statue fût coulérj vn bronze, (le furent Nanteuil, Petilol et
Dumont, statuaires, que rAcadémie investit de cette mission délicate. De Bay avait repris entièrement Ja figure et, d'après les experts, les changements considérables qu'il y avait apportés, l'avaient fort améliorée.
Le général Trezel qui avait autrefois présidé la commission de Nantes, était au cours des années qui s'écoulaient, devenu ministre de la guerre. Il avait connu Cambronne, il alla voir dans l'atelier de De Bay la statue rectifiée et il écrivit à la commission pour la tranquilliser tout à fait.
C'est une belle œuvre, lui disait-il.
Plusieurs arlisles de renom, entr'autres Horace Vernet, font gi'andc estime du talent qu'a montré M. De Bay dans cette statue <lu général Cambronnc.
Il n'y avait plus qu'à en terminer. On fit, par raison d'économie, un piédestal plus modeste, on supprima d'abord deux des bas-reliefs promis à Suc et à31énard, puis on les supprima tous quatre et c'est ainsi qif on parvint à joindre les deux bouts. Il est même probable que la municipalité frappa encore à la porte de M»»* Cambronnc.
Enfin, le i novembre 1847, le bronze arrivait à Nantes par bateau à vapeur et, avec les moyens de déchai^gement et de transport un peu primitifs de l'époque, il prenait le chemin du cours Henri IV. La commission avait en eU'et heureusement renoncé à l'emplacement choisi par elle. Elle laissait la i)lace Graslin libre et se décidait à ériger la statue, non loin de là, au milieu du cours, tournant le ilos au théâtre et aux visiteurs (^ui entrent par cette porte du jardin, mais par contre en belle lumière et le visage dirigé vers l'ouest, c'est-à-dire vers l'Angletei're, face à l'ennemi «pie Cambronnc avait combattu à Waieiioo.
II ne restait plus qu'à attendre les beaux jours pour inaugurer la statue.
Le 4 mars 1848, séance extraordinaire du Conseil municipal qui se réunissait à la suite de la chute de la monarchie de juillet ; nous en détachons les lignes suivantes :
Présidence de M. Ferdinand Favre
L'administration demande au Conseil de donner son approbation aux plans adoptés par la commission pour le monument de Cambroniie ; cette formalité est nécessaire afin que les sommes duos aux entrepreneurs puissent être ordonnancées.
Celte approbation est votée par le Conseil.
Les travaux d'installation avançaient.
Une plaque de cuivre renfermée entre deux lames de plomb avait été incrustée dans la première pierre des fondations du monument du général Cambronne. Elle portait cette inscription :
L'an 18i7, sous le règne do Louis-Philippe ler, cette première piorrc a été posée pour érection d'un monument national élevé à la gloire «lu i^énéral Cambronne.
Etaient niombrcs do la Commission do haut patronage chargée do rérocliou de ce monument, MM. :
De Har, lieutenant-général, commandant la 12» division niililaire, président ;
Roulleaux-Dugage, préfet de la Loire-lnférioure, vice-président ;
1)0 Hréa, maréchal de camp, commandant le département ;
Ferdinand Favre, maire de Nantes.
L'inaiii^iuation du monument fut fixée au 23 juillet 1848. La municipalité invita les membres de la commission, les anciens volontaires de 1792 et de 1793 qui avaient et'* Ifs premiers compagnons d'armes de Cambronne, M. Driollet, arcliitecte-voyer, auteur du projet
du monument, M. Fouquet, ancien officier des armée» impériales, le docteur Guépin, l'illustre Berryer qui avait défendu Gambronne en 1816, le sculpteur De Bay, le docteur Priou, enfin la veuve de Gambronne.
Malheureusement les graves événements politiques qui venaient de se passer à Paris, absorbaient l'attentioa publique. On inaugura quand même la statue, au jour convenu, mais on pensait à autre chose et la mort du général de Bréa qui venait d'être frappé à Paris, préoccupait bien plus les esprits que le général Gambronne.
Néanmoins une grande revue de la garde nationale et des troupes de la garnison fut passée sur le quai de la Fosse, puis les autorités civiles et militaires, suivies d'une foule immense, se dirigèrent vers le cours où la statue s'élevait, encore recouverte de son voile.
Le préfet s'adressa surtout aux chefs de corps et aux officiers, non sans évoquer les journées de juin et la mort du général de Bréa :
« L'intrépide guerrier dit-il, dont vous allez saluer tout à l'heure l'image, plus heureux que le général de Bréa, finit paisiblement ses jours entouré de sa famille et de ses amis, et s'il, versa son sang pour la patrie, ce ne furent au moins ni des armes, ni des mains françaises qui le firent couler. »
Le défilé commence et les différents corps se massent autour de la statue. Le voile est enlevé, et le maire prie le lieutenant-colonel de remettre aux vétérans de la garde nationale, le drapeau que les volontaires ont reçu de leurs frères de Paris.
Le maire, M. Evariste Colombel, s'avance alors au pied i
de la statue. Lui aussi fait dans son discours un rap-
prochement tout indiqué entre le général de Bréa et Gambronne.
Ce bronze, ajoulo-t-il, c'est l*imagc de ce soldai sans reproche, qui prit sa largo et digne pari dans la grande épopi»e révolutionnaire et impériale, c'esl l'image do ce guerrier qui fut entre les mains do la providence, un des mille instruments de celle propagande intellectuelle, dans laquelle chaque mousquet portait avec sa balle une idée française. Avoir défendu son pays, c'est li\ la gloire de Gambronne, c'est là la base de notre reconnaissance, base plus solide que le granit sur lequel sa slalue. repose....
Si jamais les jours de danger revenaient, s'il fallait comme Gambronne défendre son pays contre la guerre civile cl conlro l'étranger, que le détachement qui partira porteur de ce drapeau, se rappelle celle solennité ; qu'il pîirte avec le souvenir d(i Fieuvre due à l'habile ciseau du citoyen De Bay ; la victoire lui est assurée, car il saura comment on reçoit un drapeau, commenl on le défend, comment on l'étreint sur sa poitrine sans jamais le rendre îi l'ennemi. Vive la République !
C'est aux cris de vive la République ! vive Gambronne ! que s'acheva la cérémonie, non sans force félicitations au sculpteur De Bay.
A l'heure où nous écrivons, ce monument est un de ceux qui comptent parmi les plus intéressants de Nantes. Tète nue, foulant aux pieds des éclats de bombe, Cainl)ronne tient de la main droite son épée nue ; de la gauche, il serre sur sa poitrine l'aigle impériale, dont la hampo s'est brisée dans la lutte. Sur ces levures, un sourire plein d'amertume et d'ironie. 11 jette à la face des Anglais cette parole de résistance et de défi, dont l'histoire a enveloppé la triviale énergie dans une antithèse immortelle.
Nous serions incomplet si nous ne donnions les quatre in-L'iipLions gravées sur les côtés du piédestal de granit :
Sur la face antérieure :
Nantes a 1/ Armée Inauguré le 28 juillet i848
Sur la face postérieure :
La garde meurt et ne se rend pas
A Gambronne
Sur les deux faces latérales :
Volontaire nantais en iyg2 Waterloo i8i5
Une grillé de fonte, dont les angles sont surmontés d'aigles entoure le piédestal.