‹ CambronneChapitre 51 sur 73 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Il nous a paru intéressant de rechercher quels avaient ^té, depuis la mort de Gambronne, les témoignages publics ou privés de gratitude et d'admiration qui lui avaient été décernés à diverses époques.

Nous consacrons des chapitres spéciaux à la bibliographie et à l'iconographie du général nantais, mais en dehors des écrits et des images, peinture, gravure ou sculpture, qui rappellent sa vie ou ses traits, il est d'autres souvenirs qui méritent aussi une mention.

C*est ainsi que des 1845, le nom de Cambronne fut ■attribué par la municipalité de Nantes à une rue qui s'amorçait au cours Henri IV et qui, élargie considérablement et continuée depuis jusqu*à la rue de Flandres, est digne de celui dont elle remémore les exploits.

Le cours Henri IV lui-même, devenue sous TEmpire cours Napoléon et depuis 1870, cours de la République, n'est en réalité jamais désigné par les habitants de Nantes, malgré les plaques officielles, que sous le nom de cours Cambronne bien justifié par la statue du général qui occupe le point central de cette promenade.

Lorsqu'il y a (juelques années, une décision du ministre de la guerre donna aux casernes le nom des généraux qui avaient illustré à la fois la France et leur ville natale, la principale caserne de Nantes, connue jusque-là sous

î'appelation de caserne de Barbin à raison du quartier où «lie était située, reçut le nom de caserne Gambronne. C'est là qu'est installé le 65® régiment d'infanterie de ligne.

A Paris, dans le XV® arrondissement (Vaugirard), il n'y a pas moins de trois voies publiques qui ont reçu le nom <ie Gambronne :

La rue Gambronne ;

La place Gambronne ;

L'impasse Gambronie.

La rue, assez longue, puisqu'elle compte 127 numéros, <jui va de la place Gambronne à la rue de Vaugirard 230- 232 et la place qui se dessine à la rencontre des rues Gambronne, Groix-Nivert, Frémicourt et de l'avenue Lowendal, ont reçu leur dénomination %par un décret impérial date de Saint-Gloud le 24 août 1864.

L'impasse doit la sienne à un arrêté préfectoral du i^' février 1877.

Dans le Recueil des Lettres-Patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques, page 352, on lit :

Napoléon, etc..

Sur le rapport de notre ministre, secrétaire d'Etat au département de rintériour ;

Vu la délibération du Conseil municipal do Paris, en date du 20 mars 1863, relative à la révision de la nomenclature des voies publiques connues sous les mômes dénominations ;

Vu Tordonnanco du 10 juillet 1816 ;

Avons décrété et décrétons ce qui suit :

Article premier. — Les voies publiques ci-après désignées de la ville do Paris recevront les nouvelles dénominations portées au tableau suivant :

(Suivent 196 changements de noms de voies publiques).

Au XV« arrondissement, la rue de TEcole devient la rue Cambronne et la place de TAncienne Barrière de l'Ecole devient la place Cambronne.

D^autre part, dans \a Nomenclature des voies publiques et privées de Paris (4« édition 1891, page 105), on trouve que la rue Cambronne est ainsi appelée en mémoire dir « vicomte Pierre-Jacques-Etienne Cambronne, lieutenantgénéral, 1770-1842 » et que le nom de Cambronne a été donné à cet endroit, à cause du « voisinage de TEcole Militaire. »

L'arrêté préfectoral du l«r février 1877, signé Ferdinand Duval qui dénomme l'impasse Cambronne, s'appuie aussi sur le besoin d'éviter les confusions occasionnées par les répétitions de noms. L'impasse Cambronne joint naturellement la rue Cambronne.

Nous pensions que quelque rue de Noyon pouvait porter le nom du général. Il n'en est rien, mais le maire de cette ville songe à le donner à l'une des voies d'accès qui conduiront à une caserne en construction.

Des navires ont porté à plusieurs reprises le nom de- Cambronne. Nous en connaissons deux pour notre part, le Cambronne, armateurs MM. Brabeix frères, que commandait en 1858 le capitaine Ravilly, et le Cambronne^ armateur M. Bâtard.

On distribua même h Nantes il y a quelques années le prospectus d'un journal « fantaisiste et artistique » dont la première fantaisie avait été de s'intituler : le Cambronne. Peut-être en parut-il un ou deux numéros.

Cambronne était une pbysionomie trop populaire pouF ne pas inspirer quelque auteur dramatique. Sans parler des pièces militaires relatives au premier Empire et dans

lesquelles il figure au second plan (1), nous connaissons deux drames qui lui ont été exclusivement consaerés. C'est d*abord Cambronne , drame en cinq actes et neuf tableaux, dont l'auteur était M. Gaston de Riberprcy.

Cette pièce au cinquième tableau de laquelle avait été intercalé un pas de deux, la Dunkerquoise dansé par M. Domingie et M"® Guicbard, fut jouée pour la première fois au théAtre Graslin, à Nantes, le 22 janvier 1860. Le héros eut plus de succès que la pièce, s'il faut en croire le compte-rendu qu'en donna le lendemain le Phare de la Loire et dont voici quelques lignes :

Le Grand-Théâtre adonné hier la première roprésenlalion d'un nouvel ouvrage inédit en 5 actes et 9 tableaux, intitulé Cnitihronne, I^es spectateurs avaient répondu on grand nombre à l'appel de raffiche et il s'en trouvait parmi eux plus d'un pour qui le héros de la pièce était une connaissance porsonnollo cl les événements auxquels il allait être mêlé des souvenirs. Le litre du drame aussi bien que ceux dca tableaux annonçaient une biographie dramatique du soldat dont la statue on bronze figure depuis quelques années sur notre cours Napoléon ; l'altonlc a été un peu trompée.

Cambronne n'apparaît le plus souvent que d'une façon épisodique dans l'action laquelle n'est d'ailleurs par clle-mùmc qu'une succession d'épisodes, plutôt que la chaîne fortement nouée d'événements tendant à celle unité scénique sans laquelle il n'existe pas au théâtre de véritable intérêt.

L'auteur nous montre Cambronne simple volontaire, puis lieutenant, puis colonel et enfin général, traversant ainsi, montant de grade en grade, la période de il^ik ISio. Pendant cette carrière militaire, Cambronne est constitué protecteur d'un

(1) A rheure même où parait ce livre, une épopée militaire intitulée Napoléon fait courir tout Paris à la Porte-Saint- Martin.

Le clou de cette pièce est précisément la Défense du Dernier Carré. L'acteur chargé du rôle de Cambronne y crache le fameux mot à la figure des Anglais.

jeune homme, soldat comme lui et d'une jeune fille opprimée par un scélérat de la plus laide espèce. Voleur et assassin, ce misérable joue, en outre, avec un subalterne, son complice» lequel ne lui cède en rien, un rôle de traître consommé. A Jemmapes, en Espagne, à Waterloo, Tun et Tautre se prodiguent pour amener le triomphe de Télranger et la défaite de la France.

... Les tambours, les clairons et la fusillade font un tel bruit dans Cambronne qu'ils ont empêché à la fin d'entendre la fameuse phrase : « La garde meurt mais ne se rend pas » que la postérité â euphémiquement substituée au mot historique par lequel le général répondit à la sommation do l'ennemi. Cette phrase était cependant le dénouement de l'ouvrage qui a paru n'en pas avoir.

Les deux premiers tableaux sont les mieux faits de Cambronne, L'action s'égare après, sans qu'on puisse dire si elle suit le héros ou si c'est le héros qui la suit. On voit bien s'agiter les personnages du drame, mais on ne sait pas trop par quelle puissance supérieure ils sont menés...

En 1884, nouvelle tentative dramatique pendant la

saison d'été. Un des artistes de la troupe, M. Champagne,

brossa en deux temps et trois mouvements, Cambronne

ou le héros nantais, pièce historique à grand spectacle,

en trois époques et deux tableaux dont voici quelle était

la distribution :

Cambronne MM . Dorn

Le Nantais Champagne

Esaii E. Lassallo

Coco l'Amour Tony

Pitanchu Praud

Baco Uesban

Bernadolle Bricaire

Carrier Bonis

Masséna Bristol

Porhouet Bresset

La Tour d'Auvergne Bandés

Le comte Nerestaud

Le marquis Lcîbat

Le major Hortais

Lord Soymour Jamain

Le général russe MM . Carreau

Un paysan Souis

Un sectionnaire Lebat

Un soldat Poncha

Un breton Nerestaud

Un vendéen Bresset

Un général Hortais

Mme Gambronno ) w„.. r^ n v

^ „ 5 Mme» Dorn-Geslin

La comtesse d'Aulnay Mass

Simonelte Tonv

Marie Gautier de Loncle

Marguerite Bonis

Marthe Carreau

ii^ femme du peuple Brionne

2e femme du peuple Adrienne

Cette fois, les tambours, les clairons, la fusillade ne firent pas un bruit tel que le mot historique ne pût être entendu. L'auteur chargé du rôle de Cambronne le lança à bout portant aux troupes anglaises, mais la pièce était si faible comme inténH et comme action qu'elle ne tint pas longtemps l'alTiche.

Qui le croirait? Cambronne a enrichi la langue française. Dans une notice publiée sur lui, le Cabinet historique se sert quelque part de l'adjectif : cambronien comme il se fût servi de cornélien, pour indiquer un acte digne de Cambronne et vous trouverez à la page 60 des Locutions nantaises de Paul Eudel (Nantes, 1884, Morel, éditeur);, ces deux lignes significatives :

Encambronner. — Allusion au mot fameux du général nantais. « Tu m'cncambronnes. »

Ce vocable facile à traduire, nous rappelle la définition un peu grasse, mais amusante, que nous avons un jour entendu faire devant nous de Cambronne :

^ Célèbre général français qui, heureusement pour lui, ne mâchait pas ses mots.

Page 1