‹ Camille SpiessChapitre 23 sur 43 · OPINION · texte numérisé non relu

OPINION

DE M. GEORGE MONTANDON :

M. Spiess, en sa qualité de physiologiste, refuse au psychologue le droit d'être ou de se croire expérimental et n'admet pas une application parallèle des mêmes méthodes aux deux disciplines. Selon nous, avec raison, la psychologie ne pouvant arriver à résoudre scientifiquement les problèmes qu'elle étudie, quitte son domaine pour entrer dans celui de la physiologie au moment même où elle parvient à enregistrer une observation objective. Car la science est avant tout objective; elle ne peut exister sans un matérialisme « scientifique » en dehors duquel il n'v a pas de <^ réalité ». Libre en dehors d'elle, à l'autre discipline de se développer selon chaque « sujet » et de se dérouler à l'infini.

Telle est, croyons-nous, la pensée qui se dégage de cette étude {L'Ame et le Corps) touffue dans sa

brièveté, de ces pnges judicieuses ainsi que les appelle Sully Prudhomme.

L'auteur n'a pu cacher la communion d'âme qu'il se sentait en tant que physiologiste, avec Sully Prudhomme et nous dit ce qu'il ressent au contact de l'œuvre de ce dernier dans une brochure de venue impeccable ( Le Penseur chei Sully Pru^ dhomme). Nous y lisons la gratitude pour le poète qui respecte la science, l'étonnement de l'homme de science à constater que les phénomènes physiques apparemment équivalents produisent dans l'âme une telle variation et une telle précision de sentiments, la satisfaction de voir un penseur se livrer à la seule psychologie rationnelle, Tétudedu moi, — par opposition à la psychologie « expérimentale » pour laquelle l'auteur nous a déjà dit son aversion, — enfin la corrélation qu'il se sent avec celui chez lequel il devine un « savourement » tout spirituel des joies charnelles... L'ouvrage ne manquera pas d'intéresser tous ceux pour lesquels un essai a souvent plus de mérite qu'une œuvre maîtresse.

{Galette de Lausanne, décembre 1906 et 1907).

Si Gobineau a classé les hommes en deux grands groupes, les fils de roi et les autres, donnant à entendre que les fils de roi se recrutaient dans la race aryenne, Nietzsche, le philosophe polonais, a transporté ce point de vue racial dans le domaine de la spiritualité par sa création du surhomme qu'il oppose aux hommes.

Spiess enfin, tout en admettant pleinement la valeur de ces deux critères pour la classification des hommes, leur en adjoint un troisième: le sexe.

En faisant du sexe le critère de sa classification des hommes, Spiess n'entend pas opposer uniquement l'homme à la femme, — ce serait trop simpliste. Tout en différenciant nettement leur mentalité et même leur genèse physiologique, il leur oppose à tous deux, l'être qui, sous uneenveloppe d'homme, est, psychiquement, à la fois homme et femme, c'est-à-dire Têtre qui est complet, qui se suffit pleinement à lui-même, sans avoir à se compléter par communion avec un autre être.

L'amalgame des deux sexes dans un seul individu n'additionnera pas simplement les qualités d'un homme et d'une femme, it créera une tierce créature, un être de sexualité tout à fait psychique et non charnelle, être dionysien, uranien, surchrétien, l'être de génie, le héros. Cet être rare ne sera autre que le fils de roi de Gobineau et se trou-

vern surtout dans la race dite aryenne ; ce sera en même temps le surhomme de Nietzsche...

Telle est la pensée qui peut résumer la doctrine du philosophe dont il nous promet pour plus tard, un exposé complet. Impérialismes est donc un livre précurseur, éclos de cette doctrine au contact des circonstances actuelles de la guerre.

{Rfvue contemporaine, septembre 1917).

DE M. PILLGN :

M. Spiess n'admet pas que la psychologie soit considérée comme une véritable science; il nie qu'elle puisse en acquérir la valeur, quelque méthode que l'on y applique. . .

Il explique pourquoi, selon lui, le psychique, d'après la différence qui existe entre sa nature et celle du physique, ne saurait être « l'objet» spécial d'une vraie science.

{U Année philosophique, 1909.)

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