Ch. X, 8t. 45, 46, 47 et
aussi grave et du rôle que Ruy-Diaz avait joué dans cette . intrigue, donna l'ordre qu'on le pendît sur-le-champ. Ceux qui avaient partagé sa faute, coururent chez le général et lui demandèrent avec instance la grâce de ce malheureux. Sur le refus d'Albuquerque, ils se répandirent en plaintes amères, en invectives menaçantes : les choses en vinrent au point qu'il jugea nécessaire de faire emprisonner les coupables ; mais, craignant ensuite que l'absence d'un si grand nombre d'officiers n'affaiblit son armée, déjà très -peu nombreuse, il leur fit offrir, sous certaines conditions, de les remettre en liberté. Us répondirent avec indignation que ce retour d'indulgence n'était pas une réparation suffisante de l'affront fait à leur naissance, et que, loin d'accepter aucune condition pour recouvrer leur liberté, ils demandaient à être chargés de chaînes et conduits en Portugal, résolus qulls étaient de faire connaître au roi la conduite de leur tyran. D'après cette réponse, Albuquerque, les abandonnant à leur folie, les priva de leurs grades et confia leurs emplois à des hommes d'une égale naissance, mais plus soumis aux lois de la discipline militaire. » Les ennemis du vice-roi avaient tiré parti de cet acte de rigueur pour le diffamer dans tout le royaume, surtout à Lisbonne et à la cour. Ds l'avaient accusé d'abus de pouvoir et de cruauté.
Au moment donc où il se préparait à quitter Ormut pour se rendre à Goa, la nouvelle lui parvint que deux hommes, qu'il avait lui-même condamnés et fait reconduire en Portugal, avaient été réhabilités à Lisbonne; que l'un des deux revenait dans l'Inde, en qualité de gouverneur deCochin, et l'autre, comme secrétaire de ce nouveau gouverneur. L'élévation de coupables qu'il avait publiquement flétris, ne lui laissa aucun doute sur sa propre disgrâce. Affaibli par les années, les fatigues et les soucis, il se sentit atteint d'un coup mortel. Il leva
les mains au ciel et dit simplement : « Voici : je suis cnal avec le roi pour Tamour des hommes, mal avec les bommes pour Tamour du roi. Vieillard, achève de moumAt ; il importe à ton honneur que tu meures maintenant. » ^Mi il écrivit aussitôt au roi : « Seigneur, au moment où je vous écris, je sens un tremblement, vrai signe de la amorti Au royaume j*ai un fils; ce que je demande à ^otre Altesse, c'est qu'elle me le fasse grand, comme mes services Font mérité, et selon ce que j'ai pu faire «a égard à ma condition de serviteur. Je lui ordonne, au prix de ma bénédiction, de vous le demander. Quant aux choses de llnde, je n'en dis rien : elles vous parleront pour elle et' pour moil » Il s'embarqua; mais il était si faible que ses jambes pouvaient à peine le porter : la traversée épuisa de jour en jour ses dernières forces'; il ne demandait^lus qu'une chose, c'était de pouvoir arriver jusqu'à Goa. Ce vœu suprême fut exaucé : il aborda dans la nuit du 15 décembre 1515 et mourut le lendemain matin. Ses funérailles furent célébrées au milieu de la consternation générale : ses soldats, qui l'adoraient, se disputèrent à l'envi l'honneur de porter son corps; les princes de l'Inde le pleurèrent, et le peuple lundou, dans son admiration naïve, se plut à croire qu'il û'était point mort, mais qu'il était allé commander les Armées du ciel. Le souvenir de ses bienfaits, de sa génét^sité, de sa grandeur d'âme resta gravé dans le cœur de ces malheureuses populations, et beaucoup plus tard, lorsque des gouverneurs rapaces et cruels eurent succédé ^ux hommes vertueux et désintéressés qui avaient été les premiers vice-rois de l'Inde, elles se rendaient en pèlerinage au tombeau du grand homme, et imploraient %a protection, comme une protection divine, contre les exactions et les injustices de tous genres dont elles étaient victimes. Emmanuel lui-môme, lorsqu'il apprit ^a mort et la douleur qui l'avait causée, ne trouva de
soulagement à ses regrets qu^en faisant venir le fils d*Albuquerque auprès de lui pour le combler d^honneurs et de récompenses.
Lopès Soarès d'Albergaria succéda à Albuquerque sans hériter du titre de vice-roi : il n*eut que celui de gouverneur et le garda trois années, de 1515 à 1518. Il lui était impossible d'égalei* en gloire son prédécesseur : il fit du moins de nobles efforts pour suivre ses traces. U dirigea une flotte de trente-six navires vers le golfe Arabique et y remporta quelques succès, mais cette expédition importante, malgré la prbe de Zeîlaeide Barbora*, ne réalisa point toutes les espérances qu*eUe avait fait naître : la cité d*Aden ne put èlre prise. Il ramena alors sa flotte dans les mers de llnde et tourna SCS efforts contre Tile de Geylan où il soumit le roi de Colombo, et éleva une forteresse' qui fut d'une grande valeur pour les Portugais. Il réussit même à étendre ses relations commerciales jusque dans la Chine, et confia à Fernand d'Adrade la mission de conduire dans ce pays une ambassade magnifique, dont le chef, Thomas Pérès, fut reçu à Pékin par l'empereur chinois, et obtint de lui, pour le Portugal, le droit de négocier le long des côtes. Soarès d'Albergaria ne manqua donc pas de gran^ deur dans ses vues; mais son gouvernement intérieur laissa beaucoup à désirer : il n'avait ni la magnanimité, ni la modération d 'Albuquerque; il avait froissé par soa orgueil et son caractère hautain la plupart des princes hindous, et ceux-ci étaient sur le point de se révoltée* contre lui, lorsque Diego Lopès de Siqueira, nommé vice-roi par Emmanuel, vint le relever à temps de fonctions.
L'administration beaucoup plus douce de Siquelr«