‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 106 sur 240 · Ch. X, 8t. 53 et · texte numérisé non relu

Ch. X, 8t. 53 et

De Goulile, le vice-roi reprit la route de Ganaoor, où 51 arriva le 11 mars. Le souverain de Gananor, qui avait espéré le voir succomber dans son entreprise, dissimula son chagrin et lui offrit des présents considérables, qu*il Tl'accepta que pour les donner à Thôpital du pays. Il en :fit autant des dons magnifiques que lui envoya le roi d*Ormuz, et, sans égard pour les amis et les parents de Jacques Melo, commandant de la citadelle de cette dernière ville , il le punit des vexations exercées contre les habitants. Ce désintéressement et cette exactitude à rendre justice à chacun le firent craindre et estimer en même temps des Indiens et des Portugais.

Tout, d'ailleurs, lui réussissait : la victoire l'accompagnait partout, et les capitaines qu'il chargeait au loin démissions périlleuses, n'étaient pas moins heureux que lui. Les Turcs de Daboul avaient éprouvé leur valeur. Brito, dans une seule afi'aire, avait tué quatre cents mahométans. Antoine de Mirande, après avoir détruit plu- ^

sieurs navires dans le port de Sael, était rentré à Mascate avec un très-riche butin. Plusieurs attaques successives du roi de Bintam contre Malacca avaient échoué par la vigilance de Georges d'Albuquerque et de Pierre Mascarenhas.

Il se préparait à déclarer la guerre au roi de Gambaye, dont il avait à se plaindre, lorsque son attention fut encore une fois appelée vers Calicut. Le roi de cette ville, levant tout à coup le masque d'amitié dont il s'était couvert depuis quelque temps, assiégeait avec soixante-dix mille hommes la citadelle, que défendait le courageux et prudent Jean de Lema. Il était à craindre que ce capitaine, malgré son mérite, ne succombât faute de monde. *i^ Menezès ordonna aussitôt à Manuel Gornige, à Edouard de Fonseca et à Ghristophe Jusarte, de partir sur leurs vaisseaux avec 140 soldats chacun; quelques jours après, il chargea François de Vasconcellos de s'embarquer avec

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une pareille troupe; il fit dire à Hector de Sylveira, qui était à Cananor, de se diriger à la hâte vers le même point; puis lui-même, au commencement d'octobre» quitta Cochin avec deux mille Portugais, commandés par Georges de Menezès, Tristan de Norogna et plusieurs autres capitaines qui avaient tous vieilli dans les armes. Il se présenta, le 15 du même mois, devant Galicut, descendit à terre avec toutes ses troupes, malgré les efforts énergiques que firent les Maures pour empêcher le débarquement, fit sa jonction avec les forces de la citadelle et livra aux ennemis une bataille terriblei qui se termina pour eux par une déroute désastreuse. Le roi de Galicut implora la paix, mais le vice-roi, persuadé qu'il ne la demandait que pour la rompre à la première occasion, la lui refusa. Gonvaincu, d'ailleurs, quelasituar tion de Diu devait être beaucoup plus favorable à la puissance des Portugais que celle de Galicut, Henri de Menezès décida d'abandonner absolument cette dernière ville, après en avoir détruit la citadelle, et de conquérir la première pour s'y établir,

Idalcan, roi de Diu, pour prévenir le danger qui le menaçait, ne manqua pas d'unir ses forces à celles du roi qui venait d'être vaincu. Mais, tandis que leur ligue, & peine formée, se dissolvait devant la jalousie des petits princes indiens, leurs voisins, qui, redoutant leur puissance, les attaquaient de tous côtés et les contraignaient à se séparer pour adler défendre leurs frontières réoi* proques, les Portugais amassaient à Goa les vivres, les poudres, les armes, les instruments de bois et de fer nécessaires au siège qu'ils avaient décidé.

Ce fut sur ces entrefaites que, pour se reposer des fatigues delà guerre et faire soigner une de ses jambes, qui était considérablement enflée, le vice-roi dut se retirer à Gananor. Son mal augmenta rapidement ; la gangrène s'y mit. Il expira le 2 janvier 1526. Les honnêtes gens le

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x^egretiërent. U aimait la justice et la rendait sans passion ^ tout le monde indifféremment. Jaloux de son honneur, :£1 n'acceptait jamais le moindre présent, de crainte de se ^Kaissar surprendre. Uniquement occupé du bien public, SI ne prenait pas le temps de songer à sa fortune, et son désintéressement était tel que, lorsqu'il mourut, on ne ^trouva dans ses coffres que cent ducats : il fallut em- 7)runter de l'argent pour les frais de ses funérailles*.

Pendant le temps de sa vice-royauté, un différend singulier s'était débattu, en Europe, entre le roi de Portugal et l'empereur Charles-Quint. Après avoir traversé le détroit qui porte son nom^ Magellan, à la tète d'une expédition espagnole, avait navigué vers l'occident en remontant vers l'équateur, dans l'espoir d'arriver aux Moluques, et lorsque ce célèbre navigateur, dont Gamoens fait un brillant éloge ', eut été assassiné dans l'Ile de Mata, les deux seuls vaisseaux, qui étaient restés de sa flotte, avaient en effet réussi à aborder à Tidor. De leur côté» les Portugais, trouvant cet archipel à leur portée, s'y étaient établis sous la conduite do Brito et avaient b&ti une citadelle à Temate. Gharles-Quînt réclama leur départ; il était persuadé que ces lies étaient comprises dans la partie du monde qu'avait attribuée à l'EIspagne la fameuse ligne de démarcation tracée par Alexandre YI. Déjà des commissaires avaient été nommés, et leur décision, qui avait mécontenté les deux parties, n'aurait sans doute été acceptée par aucune d'elles, lorsque les alliances qui, dans le même temps, unirent les deux familles d'Espagne et de Portugal, arrêtèrent la querelle et placèrent les Moluques au nombre des possessions portugaises.

Après la mort de Menezès, les ofQciers s'assemblèrent

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