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Gonha. De retour à Lisbonne, il fut poursuivi, condamné à une réparation pécuniaire envers celui qu*il avait privé du commandement, et cette amende fut si élevée que toutes les richesses qu*il avait rapportées des Indes furent à peine suffisantes pour la payer.
Nuno da Gunha, né d'une illustre famille, avait fait ses premières armes en Afrique sous Nuno Fernandès de Ataïde; tout jeune encore, il était venu une première fois dans les Indes, conduit par son père Tristan da Gunha, et y avait mérité d'être armé chevalier des propres mains d'Albuquerque. Parti de Lisbonne au mois d'avril 1528, il n'était parvenu à Goa qu'après avoir surmonté d'immenses dangers, et il avait, sur son passage, ruiné Mombaze, dont le souverain faisait une guerre offensive à plusieurs princes de la côte de Mozambique.
Son administration, qui dura dix ans, fut signalée par beaucoup de faits d'armes. Hector de Sylveira rendit tributaires les rois d'Aden et de Panane; Antonio de Saldanha soumit Goga et plusieurs petits pays; Salsette et Bardes furent cédés aux Portugais, tandis que la puissance du roi de Galicut succombait sous les coups de Martin de Souza et d'Antoine Brito, qui avaient pour allié le roi de Gochin. Mais, de tous ces succès, le plus important fut la conquête de Diu'.
Depuis longtemps les vice-rois épiaient le moment de se rendre maîtres de cette ville, située dans une tle du même nom vers l'embouchure de llndus, une des places les plus fortes du pays, presque inaccessible par terre et par mer» Nous avons vu, en effet, qu'après la prise de Galicut, Henri de Menezès n'en avait démoli la citadelle que dans le dessein de se porter à Diu, dont il jugeait la situation de beaucoup préférable ; à sa mort, Sampayo
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s'était emparé de son projet, sans avoir lui-même le temps de le réaliser.
Nuno da Gunha mit à la voile, en 1531, avec la plas puissante armée que les Portugais eussent encore levée dans les Indes. La place se rendit; Bahdour, roi de Gambaye, n*osa la défendre, et le gouvernement en fut donné à Antoine de Sylveira. Bahdour, après la perte d'une ville si considérable, demanda la paix aux Portugais, afin de pouvoir se défendre contre Tempereur de Mogol, qui venait de lui déclarer* la guerre ; da Gunha lui accorida cette paix, à condition qu'il renoncerait pour l'avenir à toutes ses prétentions sur Baçaim, sur Diu et quelques autres places de la côte. Il se soumit en effet aux nécessités de sa situation et consentit à tout ce qu'on voulut; mais, dès qu'il fut délivré de ses ennemis, il reprit les armes , déclara la guerre aux Portugais et assiégea la citadelle de Diu. Le vice-roi accourut rapidement; un combat sanglant s'engagea, les Gambayens furent vaincus et leur roi lui-même périt d'un coup de lance, à la fin de l'action.
Quelques années plus tard, Diu fut encore le théâtre de nouveaux exploits. Antoine de Sylveira y soutint un siège qui lui acquit dans le monde entier une gloire éclatante^. Soliman II, empereur des Turcs, qui avait conquis l'Egypte, souffrant impatiemment que la nation portugaise se fût rendue maîtresse du commerce de l'Orient, fit construire à Suez une flotte de soixante-trois galères» six galions et plusieurs autres bâtiments, et en confia le commandement à Soliman , pacha du Gaire, qui partit avec quatre mille janissaires, seize mille hom-^ mes d'autres troupes, une excellente artillerie et toutes sortes de munitions. Après avoir, sur son passage, livré au pillage la ville d'Aden^ le pacha arriva devant Diu le
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4 septembre 1538. Les habitants abandonnèrent aussitôt la ville, et les Portugais s'enfermèrent dans la citadelle au nombre de deux cents gentilshommes et de cinq cents soldats sous les ordres de Sylveira. Le nouveau roi de Gambaye^ qui ne cherchait que Toccasion de se venger des Portugais, envoya Coje Sophar, son premier ministre, joindre Soliman avec vingt mille hommes. Sylveira, qu'inquiétait ce grand nombre d'ennemis, dépêcha, pendant la nuit, un brigantin vers Goa pour instruire le vice-roi de ce qui se passait, et prit toutes les mesures nécessaires pour une résistance vigoureuse. Le H et le 20 octobre, deux assauts formidables furent livrés à la citadelle et repoussés avec de si grandes pertes que tout le rivage était couvert de cadavres et de débris de machines. L'ardeur des assiégeants s'en ralentit : ils passèrent plusieurs jours sans rien entreprendre. Sylveira paya d'audace : il fit faire une sortie par cent cinquante hommes, qui pénétrèrent jusqu'au camp, y répandirent l'alarme, tuèrent deux cent cinquante Turcs et se retirèrent, après n*avoir perdu que trois des leurs. Malgré ces succès partiels, Sylveira craignait de succomber à la fin. Cette crainte le détermina à envoyer un second brigantin au vice-roi.
Son message parvint à Goa au moment où Nuno da Gunha recevait l'ordre de retourner à Lisbonne et de laisser le gouvernement des Indes à Garcia de Noronha. Malgré sa glorieuse administration, ce grand homme tombait victime de la calomnie : Jean III, acceptant une accusation indigne du caractère d'un souverain, avait ordonné, ditBarbosa, de le lui amener chargé de chaînes. Une telle disgrâce l'accabla douloureusement ; il se mit en route avec la conviction que sa vie ne se prolongerait pas, et il expira, le o mars lo39, en doublant le cap de Bonnnc-Espérancc. Comme son chapelain, au dernier moment, lui demandait s*il ne désirait pas
<]u'on ramenât son cadavre en Portugal, il lui répondit : ^( Puisqu'il a pJu à Dieu de me transporter au milieu de l'Océan, que la mer soit ma tombe : la terre ne veut pas de moi ; elle a si mal reçu mes services qu'il ne faut pas lui laisser mes os. » Et, selon son désir, son corps fut lancé à la mer.
Cependant, -peu de jours après que Sylveira eut expédié son second message, les Turcs résolurent de donner un assaut générai à la citadelle. Le 1" novembre, cinquante barques et douze galères vinrent se ranger contre la tour, tandis qu'un corps de troupes marchait par terre pour exécuter le même dessein. Sylveira s'était placé au poste le plus périlleux. Trois mille Turcs s étant élancés furent renversés dans le fossé ; deux mille janissaires, accourus pour les soutenir, éprouvèrent le même sort, mais non sans venger Uiur défaite : car ils tuèrent Hoderic d'Arange, Antoine Mendès de Vasconcellos, Martin et Gabriel Pacheco avec quelques autres des plus braves. Le pacha lit alors avancer un gros bataillon de vétérans. Ceux-ci donnèrent tète baissée et le firent avec tant d'impétuosité qu'ils gagnèrent tout d'un coup le haut de la brèche et pénétrèrent jusqu'à la cour du château. L<i mêlée était devenue effroyable. Mais la nuit survint, qui contraignit les Turcs à se retirer, lis laissèrent deux mille cinq cents des leurs sur la place, :!ans compter les blessés. Le lendemain, les assiégeants ayant passé la journée à ensevelir leurs morts, les assiégés en profitèrent pour réparer, autant que possible, les broches de l'intérieur de la citadelle, et, la nuit qui suivit, un grand bonheur leur arriva. Le secours que Sylveira avait demandé par le premier de ses deux bri- )U[anlins et que Nunu da Cunha lui avait expédié, alors qu'il était encore à Goa, lit son entrée dans la place. A cette nouvelle, Soliman craip^nit d'être attaqué et surpris dans son camp. 11 leva subitement le siège, aban-
donnant son artillerie, ses blessés, ainsi qu^mi millier irhommes qu'il avait envoyés fourrager dans la plaine et qui furent presque tous tués par les habitants de la campagne, qu'ils avaient maintes fois outragés.
Sylveira, délivré, s'empressa d'en donner avis au viceroi. Celui-ci, d'après le conseil (pie lui avait donné Nuno da Cunha au moment de son départ, acct)urait en personne, avec des troupes fraîches, et n'était plus éloigné de Diu que de soixante lieues. En a])prenant le départ précipité de Sohman, l'idée lui vint de lui couper la retraite. Il se dirigea en toute hâte vers TArabie ; mais le pacha l'avait devancé, avait déjà passé le détroit et gagné la mer Rouge. 11 revint alors à Goa.
Garcia de Noronha n'eut pas le temps de marquer son passage par des mesures importantes; car il mourut, en 1340, un an et sept mois après son arrivée dans les Indes. Il était d'ailleurs d'un âge déjà avancé, et l'indécision de son caractère ne lui aurait pas permis de montrer dans le gouvernement d'un tel empire toute la vigilance et la fermeté nécessaires.
Les lettres de succession «[u'on ouvrit, nommaient Martin Alphonse de Souza, qui précisément venait de partir pour le Portugal. Il fallut recourir aux lettres suivantes, et le nouveau vice-roi fut Etienne de Garaa^ iils du célèbre Vasco.
Etienne fit de louables efforts pour suivre les traces de son père : il n'usa que pour le bien de TEtat des richesses considérables dont il avait hérité. Les commencements de son gouvernement furent heureux. Son frère Christophe, envoyé avec six cents hommes contre le roi de Porca, qui avait enlevé aux Portugais nn vaisseau qu'il refusait de leur rendre, le battit complètement et lui imposa la paix ainsi qu'au roi de Pimienta. Dans