‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 11 sur 240 · V égl.; I2« et 229* sonnet · texte numérisé non relu

V égl.; I2« et 229* sonnet

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Mascarenhas, qu'il ne connaissait pas et qui lui-même ne devait garder le pouvoir que quelques mois. "

Le nouveau gouverneur, à peine installé, résolut une nouvelle expédition. Il arma trois navires de haut bord et cinq flûtes, dont U confia le commandement à dom Manoel de Yasconcellos, capitaine intelligent et expérimenté, qui déjà s'était distingué dans la mer Rouge.

Les républiques maritimes de Fltalie , la superbe Gènes et la dominante Venise, qui naguère allaient chercher en Egypte les richesses des Indes , accumulées par les Maures, et qui de là n'avaient qu'à les répandre sur l'Europe entière, en tirant de ce trafic un profit considérable pour elles-mêmes, avaient vu avec désespoir^ Yasco de Gama ouvrir une nouvelle route au commerce de l'Orient. Cette route, il est vrai, en contournant toute l'Afrique, était plus longue et plus dangereuse que l'ancienne : mais les marchandises , en échappant aux mains avides des Arabes, des Égyptiens et des Italiens, arrivaient en Europe, par l'intermédiaire des Portugais, à des prix beaucoup plus modérés. Il en était résulté que Venise, l'Egypte et l'Arabie, unies par leur intérêt commun, inquiétaient, autant qu'elles le pouvaient, la tranquillité du commerce portugais, et que les vice-rois des Indes, dès les premiers temps, avaient dû porter leurs forces du côté de la mer Rouge. Albuquerque s'y était surtout attaché. Dans l'Ile de Socotora, entre la mer Rouge et la mer d'Oman, à l'issue du redoutable détroit que les Arabes ont sumonuné la Porte des larmes (Bab-el-Mandeb), il

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avait élevé la forteresse de Coco, qu'il avait munie d'une bonne garnison. Puis, ayant reconnu plus tard, à quarante kilomètres sud de la riche Moka, dans l'Arabie Heureuse, que la ville d'Aden*, sur le golfe du même nom, assurait encore mieux que Socotora la possession de la mer, il avait voulu s'en emparer. Enfin, pour compléter son œuvre par la domination du golfe Persique, il avait occupé, à l'entrée de ce golfe, la petite lie de Géran, qui, célèbre depuis le onzième siècle sous le nom d'Ormuz, était pour les Maures le plus riche entrepôt du commerce indien. Dès lors, la suprématie des Portugais avait été bien établie ; mais leurs rivaux n'en continuaient pas moins de les inquiéter par des actes incessants de piraterie.

L'expédition ordonnée par dom Pedro de Mascarenhas avait précisément pour but d'arrêter ces pirates qui, sous la conduite d'un corsaire redoutable du nom de Safar, avaient récemment causé de grandes pertes aux Portugais. Camoens partit avec dom Manoel de Yasconcellos au mois de février 1S5S.

L'escadre, selon l'ordre qu'elle avait reçu, alla croiser à l'entrée de la mer Rouge, devant le stérile et triste mont Félix, au nord du cap de Guardafui. Elle y resta plusieurs mois et l'ennemi ne parut pas. Il fallut attendre la saison d'hiver, sous un soleil ardent, en vue de ces rivages incultes, sans occasion de se signaler. « Là, dit-il, dans cette lointaine et âpre partie du

1. Les Anglais ont reconnu, eomme Albuquerque, Timportance de cette position ; ils s'en sont rendus maftres depuis peu et en ont fait le Gibraltar de la mer Rouge.

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monde, la destinée a voulu que ma brève existence laissât une courte partie d'elle-même, afin que ma vie fût dispersée comme par lambeaux dans le monde entier'. » Et de cette affireuse - solitude , de ces flots irrités, c< qui se pressent pour entrer dans la gorge du détroit, » il reporte sa pensée aux rives du Tage^ à son pays natal, à celle qu'il y a laissée. Il demande de ses nouvelles aux vents qui soufflent de la contrée où elle habite ; il demande aux oiseaux qui volent au-dessus de lui, s'ils Font vue, ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait. « Âh I s'écrie-t-il, si du moins de tant de fatigues je retirais seulement l'avantage de savoir avec certitude qu'une heure viendra où les yeux que je voyais se souviendront de moi... Si, quoique bien tard, devenue compatissante, elle éprouvait un peu de regret et s'accusait elle-même de cruauté! Cela seul, si je le savais, pourrait être un repos pour ce qui me reste de vie et adoucirait mes souffi*ances. » Et ainsi son amour le suit partout. Les tempêtes et les combats, toutes les vicissitudes d'ime vie d'aventures, l'immensité des mers qui le séparent d'elle, ne . peuvent eflFacer de son esprit l'image qui le persécute.

Ce ne fut qu'après avoir hiverné à Ormuz que l'escadre revint à Gôa, en iSSS. Depuis quatre mois déjà, dom Francisco Barreto y avait succédé à dom Pedro de Mascarenhas. Pour le moment, il n'était plus question d'aucune expédition, et Camoens put espérer quel-

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