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ques jours de tranquillité dans cette capitale des Indes, où il débarquait pour la troisième fois, mais où il n'avait encore séjourné que bien peu de temps.
A cette époque, Goa resplendissait de tout Téclat de son opulence. Dans sa position presque inexpugnable, au centre de l'Asie méridionale, avec ses deux vastes ports, elle tenait superbement le rang que lui avait assigné le génie d'Albuquerque. Depuis qu'elle était devenue la place d'armes et l'entrepôt général de l'empire portugais, elle s'était couverte rapidement de constructions magnifiques, de vastes églises, de puissants arsenaux : elle était si riche qu'on ne l'appelait plus que Goa la Dorée.
Mais, en même temps que les richesses arrivaient aux mains des Portugais et que le luxe envahissait leurs demeures, les mauvaises passions s'emparaient de leurs esprits. Déjà disparaissaient la fierté des caractères, la pureté des mœurs, l'amour désintéressé du pays. Éblouis par leur trop grande fortune, ils oubliaient qu'elle avait eu pour fondement les vertus chevaleresques de leurs devanciers, et TAsie commençait à ne plus être à leurs yeux qu*une proie facile à partager : dans leurs exactions tyranniques, ils se montraient souvent sans pitié pour la misère des vaincus.
Camoens, indigné de cette dégénération des mœurs et de cet avilissement des Ames, ne put comprimer longtemps sa noble indignation. Il l'exhala dans une satire, qu'il intitula : Disparatas da Indiay dans laquelle il peignit vigoureusement les folies des Eu-
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ropéens en Orient. En conjurant ses concitoyens de mettre un terme à leurs excès , il leur fit entendre les accents sévères de la voix de Thonneur et du devoir.
Le vice-roi Ban'eto, quoiqu'il ne fût pas nommé dans cette satire, fut vivement choqué de la peinture trop vraie des désordres qu'il autorisait par son exemple, ou qu'il ne savait pas réprimer. Il se persuada que le poète n'avait pu flétrir le vice sans l'attaquer lui-même, et il se vengea. Camoens expia en prison sa vertueuse colère, et, bientôt après, dès le commencement de l'année 1556, fut exilé aux lies Moluques, à douze cents lieues au delà de Goa.
Son exil des Indes
Nous ne savons pas d'une manière précise ce qu'il devint pendant les trois premières années de son exil. Il est seulement probable qu'il s'arrêta un moment à Malacca avant de se rendre aux Moluques, qu'il visita l'Ile de Temate, dont il nous a fait la description dans sa sixième Cançâo, et qu'il habita ensuite dans l'île de Tidor. Il est à peu près prouvé que ce fut à cette époque qu'il reçut, à l'extrémité du monde connu, la nouvelle de la mort de celle qu'il aimait. Aucun malheur ne pouvait lui être plus sensible. Il en ressentit une profonde douleur, dont nous retrouvons l'expression dans les poésies qu'il composa sur ce lamentable événement. « Si là-haut, dit-il, dans la demeure céleste où tu es montée, il est permis de se
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souvenir de notre monde, n'oublie pas l'amour ardent que tu as vu briller si pur dans mes yeux ; et si tu crois que le chagrin qui m'est resté du malheur sans remède de t'avoir perdue mérite de toi quelque retour, demande à Dieu, qui a abrégé tes années, qu'il m'enlève d'ici, pour te revoir, aussi vite qu'il t'a enlevée *. »
Pendant qu'il se livrait à son affliction, un fait important pour lui s'étaitpasséà6oa,le 3 septembre 15S8 : dom Constantino de Bragança avait remplacé conune vice-roi Francisco Barreto.
Le nouveau gouverneur était frère de l'un des amis les plus dévoués de Camoens, et ne tarda pas à réparer l'injustice de son prédécesseur. Il ne rappela pas imniédiatement Camoens à Goa, mais -il le nonmia curateur des successions à Macao, et ce poste honorable, qui n'était pas beaucoup en rapport avec les goûts d'un poète, ami de la gloire militaire, lui offirit du moins le moyen de sortir de cette misère contre laquelle il avait eu sans cesse à lutter depuis sa sortie de l'université de Colmbre.
La ville de Macao, où nous le trouvons établi en 1 S89, avait été fondée récemment par les Portugais, qui en faisaient l'entrepôt de leur commerce avec la Chine : elle était loin encore de ce degré de prospérité qu'elle devait atteindre plus tard, mais déjà elle avait acquis
1. SonDel XIX. — Dom José Maria deSousa, dans une lettre quUI a écrite à John \danuon , a cherché à établir que Camoeoi n*aurmlt perdu sa maîtresse que vers Tannée 1S64 ; mais la plupart des eoni* mentatears n^ont pas admis cette conjecture*
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une certaine importance et offrait une résidence moins triste que TUe de Tidor. Il y passa tranquillement les deux dernières années de son exil, consacrant à la composition de son poème tout le temps que ne réclamaient pas ses nouvelles fonctions. C'est une tradition qu'il aimait à s'éloigner des bruits de là ville, et à aller, à l'abri de toutes distractions, en présence de l'Océan, travailler dans la grotte de Patané, que les habitants de Macao montrent encore aujourd'hui sous le nom de grotte de Camoens.
Reionr à Goa
Il avait amassé quelques ressources et pouvait espérer vivre désormais dans une modeste aisance, lorsqu'il obtint du vice-roi l'autorisation de revenir à Goa. Heureux de la fin de son exil, il s'embarqua aussitôt avec tout ce qu'il possédait. Mais sa mauvaise fortune voulut que, près de la côte de Camboge, à l'embouchure du fleuve Mécom, le vaisseau qui le portait touchât sur un écueil. Appuyé sur une planche brisée, avec l'aide d'im fidèle serviteur javanais ', appelé Antonio, qu'il avait depuis peu, il se sauva à grand'peine à la nage, n'emportant de ce naufrage que le plus cher de ses trésors, le manuscrit des Lusiades^. La petite