‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 111 sur 240 · Ch. X, st · texte numérisé non relu

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accouru avec huit mille hommes de troupes fraîches ; les Portugais ralliés se joignirent à lui, et bien que le roi d'Adel eût alors à sa disposition une armée de treize mille combattants, ils Tattaquèrcnt, le vainquirent, pillèrent son camp, et vengèrent la mort de Christophe de Gama en le tuant lui-même. Après cette victoire définitive, ils s*ctablirent et se marièrent pour la plupart en Ethiopie, où le pape, sur la demande du roi de Portugal, envoya bientôt un patriarche.

Etienne de Gama était revenu à Goa. Parmi les capitaines qui se trouvèrent alors sous ses ordres, il y en eut un, Antoine de Faria, qui se fît surtout remarquer par SOS courses lointaines et les luttes aventureuses qu'il engagea contre les corsaires les plus renommés de ce temps. Quant à lui personnellement, attristé de 1 echec qu'il avait subi à Suez, il n'entreprit désormais rien de nouveau, et, lorsque arriva le moment d'abandonner ses hautes fonctions, ce ne fut peut-être pas sans un certain sentiment de soulagement qull remit le pouvoir entre les mains de Martin Alphonse de Souza, que Jean III lui avait désigné pour successeur.

Le nouveau vice-roi avait acquis depuis longtemps une grande réputation. Dès Tannée 1530, il avait accompli sur la côte du Brésil les exploits que mentionne Gamoens; il y avait fondé la première colonie régulière et y avait introduit la canne à sucre, qui devait devenir la principale richesse du pays. De retour à Lisbonne, il avait été nommé capitaine général de la mer des Indes. Il s'était rendu à Goa vers la fin de l'année 1534, et avait reçu de Nuno da Gunha le commandement d'une flotte de quarante navires, avec laquelle il avait détruit la forteresse de Daman. Il avait ensuite efficacement protégé le fameux Bahdour contre la redoutable invasion des Mogols, et, après s'être élevé dans l'opinion des princes de l'Inde par pette glorieuse intervention, il

avait anéanti la puissance des Malabares dans Tile de Uepelim, ravagé tous les lieux maritimes qui reconnaissaient Tautorité du radjah de Galicut, secouru le roi de Gota^ vassal du Portugal, détruit la flotte auxiliaire du Samorin, remporté une grande victoire sur Pachi Marca, sauvé le roi de Colombo, et châtié les pirates qui infestaient tous ces parages. Ses services étant deyenus inutiles sous le gouvernement de llnerto Garcia de Noronha, il était retourné à Lisbonne, où Jean UI, après ravoir magnifiquement accueilli, lavait chargé d'une nouvelle mission pour les Indes. Il avait donc quitté de nouveau le Portugal au mois d'avril 1541, et, à son arrivée, il avait appris qu'il devait succéder à Etienne de Gama.

Son gouvernement ne répondit pas aux grandes eS"pérances qu'avait fait concevoir toute sa vie. 11 obtint encore quelques succès : la forteresse de Batecala, qui lui opposa une vive résistance, fut enlevée et rasée par lui. Mais la sanglante bataille de Tebilicare vint jeter un voile sur sa gloire militaire.

Si les tentatives qu'il fit pour améliorer l'administration ne restèrent pas tout à fait infructueuses, on ne peut dire qu'il réussit à réformer les mœurs et les abus qui s'étaient introduits dans tous les services de ce vaste empire. La corruption la plus éhontée avait envahi la société portugaise : le luxe et l'impudicité n*avaient plus de bornes; Tusure était pratiquée partout; et la justice, vendue au poids de l'or, laissait le crime impuni, quelque public qu'il fût. Les moines eux-mêmes, qu'on avait envoyés de Lisbonne pour donner aux indigf^nes l'exemple des vertus chrétiennes, n'avaient pas su se soustraire à cette corruption générale : ils vivaient dans une honteuse mollesse et ne faisaient rien pour la religion.

Il était temps que le salut des Indes portugaises ttt

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confié à un esprit tout à la fois énergique et habile. Le choix du roi se porta heureusement sur Jean de Castro.'

Celui-ci appartenait à une des plus illustres familles du royaume*; il avait été le condisciple de Tinfant dom Luiz, et avait reçu les leçons de Pedro Nunez, le plus habile mathématicien du temps ; il avait fait ses premières armes à Tâge de dix-huit ans, sous Edouard de Menezès, et s'était ensuite signalé par sa valeur dans la Méditerranée, dans la nier Rouge et devant Ormuz. Sa probité et son désintéressement n'étaient pas moins admirables que sa science et son courage.

Il s*embarqua avec ses deux fils dom Alvaro et dom Fernando, le 17 mars 1543 ; après une traversée trèspénibic qui faillit lui coûter la vie sur la cùte de Guinée, il arriva à Goa, le 10 septembre.

A peine débarqué, il eut à trancher une question politique qui n'avait pas peu embarrassé son prédécesseur. A la mort de Bazarb , souverain de Balagate, un prince en bas âge, du nom de Meale, avait été désigné pour lui succéder et placé provisoirement sous la tutelle d'un homme intelligent et ferme, mais ambitieux, appelé Adel-Khan ; ce chef tout-puissant avait abusé du pouvoir pour évincer son pupille et usurper la couronne. Le jeune prince détrôné s'était réfugié à Goa. Des ambassadeurs partis de Balagate étaient alors venus demander au vice-roi l'extradition du fugitif. Us avaient offert de la part d'Adel-Khan cent cinquante mille pardaos^ les terres de Bardes et de Salsette, et, après celte riche proposition, ils n'avaient pas craint d'ajouter que, si leur roi possédait en son royaume des mines d'or pour ses amis, il y avait aussi des mines de fer pour ses ennemis. Martin Alphonse de Souza, qui re<loutait les embarras d'une lutte incertaine et que tentaient les offres positives des députés, avait été, dit-on, sur le point de leur livrer Meale. Mais Jean de Castro ne se laissa ni séduire ni in-

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timider ; il leur signifia nettement qu'il ne consentirait Jamais à sacrifier rhùtc des Portugais, que leurs menaces ne produisaient pas plus d'effet sur lui que leur or, et que si, pour son compte, il ne cherchait pas la guerre, il n en craignait nullement les conséquences. Puis, pour témoignera TAsie que ses paroles n'étaient pas une vaine bravade, il ne voulut pas faire à Adel-Khan Thonneur de l'aller combattre en personne ; il dirigea contre lui son fils Alvaro à qui il confia six navires avec neuf cents Portugais et quatre cents Hindous. L'audace et le bonheur du jeune chef justifièrent la confiance de son père. Le port de Cambre, qui ne contenait pas moins de cinq mille familles indiennes et dont la garnison venait d'être doublée, tomba presque aussitôt en son pouvoir. Adel-Khan, sous le coup d'une défaite si rapide, sollicita la paix. ,

Dans ce même temps, Jean de Castro fit les plus grands efforts pour améliorer l'administration, mettre plus d'ordre dans les finances, ravitailler les places, donner une salutaire direction aux esprits. Il chercha à faire disparaître les intolérables violences qui accablaient depuis longtemps les vassaux du Portugal. Il poursuivit les juges prévaricateurs ; il n'épargna ni les nobles ni les riches qui précédemment avaient trouvé dans leurs titres ou leur fortune l'impunité d'une foule d'abus de pouvoir. II réussît ainsi à rendre quelque force à la justice, quelque respect à l'autorité. Quant aux afl'aires religieuses, d'après l'avis du roi, if s'en référa au P. François-Xavier, et les vertus de ce religieux missionnaii'e, que l'Eglise devait révérer bientôt comme un saint, produisirent lemeilleur effet, non-seulement sur les Indiens et la population portugaise, mais aussi sur les moines. Dans la crainte que leur autorité ne diminuftl à mesure que celle deXavier augmentait, ils s'appliquèrent à l'étude, se mirent à prêcher et à parcourir toutes les côtes des Indes

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pour y porter l'Évangile. « Ainsi, dit rhistorien de la Gièdc, ce que n'avait pu faire la religion, la vanité et rintérêt Texécutèrent : on vit ces fainéants remplir pour la première fois leur destination. »

Jean de Castro menait à bien toutes les réformes qu'il avait entreprises, et confiant dans la tranquillité récente qui régnait aux Indes, il s'apprêtait déjà à diriger une puissante expédition vers les Moluques sur lesquelles l'Espagne élevait de nouveau d'injustes prétentions, lorsque se produisit, autour de la ville de Diu, un fait inattendu, qui faillit ruiner tout d'un coup Timmensc empire des Portugais, et qui amena un des épisodes Icb plus émouvants et les plus merveilleux de leur histoire militaire en Orient.

Mahmoud, héritier du sultan Bahdour, subissait avec douleur les conséquences de la lutte autrefois engagée entre son prédécesseur et le fameux Nuno da Gunha. Le renégat Goge Çofar, son principal ministre, qui ne négligeait rien pour exciter sa haine contre les chrétiens, fit si bien que la guerre fut résolue. Il fallait un prétexte pour motiver une première agression : il en trouva iln dans l'inexécution d'une clause d'un ancien traité qui permettait aux musulmans de construire un mur de défense entre la .ville de Diu et la citadelle occupée par les Portugais. Jean de Mascarenhas, un des hommes les plus intrépides que le Portugal eût produits, était alors investi du commandement de cette foileresse. Dès que les prétentions do Goge Çofar lui furent signifiées, il lui répondit nettement qu'il n'admettait aucun changement dans le? anciennes constructions militaires : « Il y avait, disait-il, entre le fort et la ville un rempart plus si\rque la muraille qu'on voulait édifier, c'était la fidélité des Portugais à garder leurs serments. » Irrité de la fierté de cette réponse, Goge Çofar se jeta aussitôt dans Diu avec huit mille hommes de troupes bien exercées, mille jani^

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saires fournis par la Sublime-Porte, et soixante pièces d'artillerie de fort calibre^ Mascarenhas n'avait avec lui qu*une garnison d'environ deux cent cinquante hommes et ne possédait qu'une provision de quarante barriques de poudre ; mais sa grande âme était supérieure aux événements. 11 écrivit à Jean de Castro pour l'informer de ce qui ce passait et lui exprima sa ferme résolution de défendre jusqu'à la mort la place importante dont la garde avait été confiée à son honneur-. Les hostilités commencèrent un vendredi de l'année Io40,

De longues semaines se passèrent au milieu de luttes incessantes. Les musulmans montraient une habileté, une tactique militaire dont ils n'avaient pas fait preuve dans les guerres précédentes : leur /irtillerie tirait avec une précision toute nouvelle ; ils inventaient des machines d'une force considérable telles que Cette esplanade ambulante dont parlent les historiens du temps et qui était disposée de façon à abriter à la fois près de deux cents combattants. Tja brave garnison portugaise, que ne rebutait aucun travail, que n'effrayait aucun péril, supporta et repoussa tous les assauts. Mais, à mesure que les attaques se renouvelaient, ses rangs s'éclaircissaient davantage. 11 ne lui resta bientôt plus d'autre espoir que celui de vendre chèrement sa vie*.

Dans ce moment critique, des voiles parurent à l'horizon : c'était le fils aine du gouverneur des Indes, dom Fernando, qui arrivait avec neuf vaisseaux et deux cents hommes. Jean de Castro, en lui donnant l'ordre de partir, lui avait dit: « Je vous recommande, ô moi>fils, d'avoir

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