‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 112 sur 240 · Cil. X, st. G · texte numérisé non relu

Cil. X, st. G

3. « Le bronze tonnant, dU Camoens, la batiste et le bélier^ les feux souterrains, rien n'ébranle leur courage ; ils se résignent avec joie aui horreurs d'un trépas qui leur paraît inévitable. » Ch. X, même stance.

en la mémoire ceux dont vou» sortez... Souvenez-vous quo, si nous naissons tous de m^>me sorte, ce qui rend plus tard les hommes inégaux, ce sont leurs œuvres; et rappelez-vous quo celui qui reviendra le plus chargé d*honneur, celui-là sera mon fils. » Dom Fernando, qui était naturellement brave, donna aux siens Texemple de la patience et de Tintrépidité. I^i petite troupe de Mascarenhas, surexcitée par l'arrivée de ces nouveaux compagnons, accomplit chaque jour une foule d'actions d'éclat qu*il serait impossible d'cnuméror. Les femmes elles-mêmes voulurent conquérir leur part de gloire dans cette défense héroïque : non-seuie'ment on les vit sur les remparts soigner les blessés en face de Tennemi et apporter aux combattants leurs munitions, mais il y en eut, comme Isabel' Fernandes, qui prirent les armes et se conduisirent en hommes au milieu de la mêlée.

Un boulet perdu atteignit Gogo Çofar au milieu de ses janissaires; mais, loin d'arrêter reffusion du sang, la mort de ce chef ne fit qu'activer la guerre. Son fils, Roume-Khan, qui lui succéda dans le commandement de Tannée, jura de le venger, et poursuivit avec fureur la ruine de la citadelle. D'immenses travaux souterrains avaient été commencés, il se hâta de les achever; puis, lorsque les mines eurent été creusées jusque sous le fort principal, nommé le Saint-Jean, il ordonna de les faire sauter. L'explosion eut d'effroyables résultats. Dom Fernando fut frappé à mort', et avec lui succombèrent Ruy de Souza, Diogo de Reynoso, Gil Gouthino, dom Francisco de Âlmoida et plusieurs autres guerriers que leurs hauts faits avaient illustrés. Ge jour-là, les musulmans faillirent s'emparer de la place : cinq soldats, postés

1. « FidMu aux le^ns du héroii, Fornand perd la Tiesur un rempart qu'iino explosion subite a fait vulcr en Achils. Ses membres dispersés retombent au milieu des débris, mais son Ame est daiw les cieux. » Cil. X, st. G9.

à rentrée, durent soutenir pendant quelque temps Tassaut de plus de cinq cei[^ts Turcs, et lorsque Mascarenhas se porta à leur secours avec quinze hommes, il lui fallut arrêter la furie d'une armée entière qui se croyait déjà victorieuse. De tout ce qu'on a dit et écrit sur les Grecs et les Romains rien assurément ne surpasse une pareille action I

Tant d'efforts et de sacrifices étaient pourtant sur le point de rester inutiles. Les Portugais, par suite des 'pertes qu'ils avaient continuellement subies dans leurs luttes quotidiennes, étaient do nouveau réduits au chiffre d'environ cent cinquante; les vivres étaient insuffisants ou corrompus ; les munitions allaient manquer. La défense ne pouvait plus se prolonger et le vieux commandant proposait de faire une sortie générsde qui permettrait à tous de mourir ensemble avec gloire, lorsque le second fils de Jean de Castro, dom Alvaro, qui avait eu à lutter contre les tempétes\ arriva avec quarante navires, des provisions abondantes et plus de quatre cents hommes.

Il sembla aux nouveaux venus que leur nombre leur permettait de tenter ce qu'on n'avait pu faire avant eux. Ils rougissaient d'attendre sur les remparts l'attaque des assiégeants; ils désiraient à tout prix se signaler à leur tour. Malgré les remontrances d'Alvaro et de Mascarenhas, ils ne voulurent pas comprendre combien une troupe de six cents hommes, qui suffit pour défendre une citadelle, est peu de chose en rase campagne devant une armée considérable comme celle qui se déployait à leurs yeux; ils opérèrent une sortie; ils se battirent avec acharnement; mais leur 'bouillante ardeur ne put leur donner la victoire ; ils furent écra-^és par la multitude de leurs ennemis et durent rentrer dans la forteresse à

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