‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 113 sur 240 · Cil. X, fln du la stance C · texte numérisé non relu

Cil. X, fln du la stance C

moitié ruinée, après avoir éprouvé des pertes irréparables.

Roume-Khan triomphait. IjCs radjahs voisins s'empressèrent de hii envoyer leurs félicitations et la nouvelle du désastre des Portugais se répandit si rapidement que Jean de Castro l'apprit avant même d'avoir reçu l'avis ofRciel que lui avait immédiatement adressé Mascarenhas.

Il était impossible de laisser tant d'espérance renaître au cœur des populations ennemies. Le gouverneur, sans hésiter, décida une grande expédition qu'il déclara devoir diriger lui-même. Tous les Portugais répondirent avec empressement à son appel; la municipalité de Goa fut admirable de dévouement. Grâce à ce mouvement patriotique, les ])réparatifs se firent rapidement et Jean de Castro put partir dès le 18 octobre. Ses forces navales consistaient en douze gros galions et en soixante bâtiments à rames ; son armée, après <|u'il eut opéré sa jonction avec dom Manoei de Lima qui arrivait de Portugal, comptait plus de quatre mille soldats. C'était encore bien peu, si l'on considère que ilounic-Khan pouvait alors mettre en ligne quarante mille hommes de trou[)es aguerries par un long siège et exaltées par de réciMits succès.

Pour diviser l'attention du général musulman entre la forteresse et la flotte , le gouverneur, arrivé devant Diu, fit opérer le débarquement de ses troupes durant la nuit et le phis secrètement possible. Puis, il réunit dans la citadelle le conseil des officiers. Les avis, dit-on, étaient partagés : les uns voulaient sur-le-champ marcher à l'ennemi; les autres ne pensaient p(»int qu'il fût prudent de confler le sort de l'Inde à l'événement incertain dune bataille. Un vieux guerrier, Garcie de Sa, aussi connu par son courage que par sa prudence, se leva tout à coup et dit : « J'ai écouté; il faut combatire. » Castro se rangea de son avis et la bataille fut engagée dans la

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matinée du 11 novembre 1346. Elle fut terrible; plusieurs fois les Portugais furent sur le point d'être écrasés sous le nombre de leurs ennemis. Mais les habiles dispositions du gouverneur, la bravoure des trois chefs qu*il s'était adjoints, Jean de Mascarenhas, dom Âlvaro et dom Manoel de Lima, Theureuse diversion de la flotte que lloumc-Khan supposait encore remplie de combattants, tout assura définitivement le succès de cette mémorable journée. Ce fut en vain que, pour sauver sa vie, Houme-Khan cssava de se cacher au milieu des cadavres sanglants dont la plaine était couverte : atteint par une pierre, il resta parmi les morts. La ville de Diu, envahie tout à coup par les vainqueurs, fut livrée au pillage. Les musulmans avaient perdu cinq mille hommes et quarante pièces d'artillerie*.

Après cette victoire qui ruinait le roi de Gambaye et qui relevait encore une fois aux veux des Orientaux toute la gloire du nom portugais , Jean de Castro songea à réédiiler la citadelle de Diu et à la rendre plus imposante que par le passé. Comme un pareil travail exigeait de grandes dépenses et qu'il manquait d'argent, il écrivit aux habitants de Goa pour leur en demander et leur envoya ses moustaches comme seule garantie de l'emprunt qu'il voulait contracter. « J'ai fait déterrer, disait-il dans sa lettre, dom Fernando, mon fils, que les Maures ont tué dans cette forteresse. Je voulais vous envoyer ses ossements comme gage ; mais ils se sont trouvés dans un tel état qu'on ne pouvait encore les tirer de terre. Il ne me restait donc que mes propres moustaches : Diogo Rodriguez de Azcvedo vous les remettra. Je ne possède, vous le savez, ni meubles, ni biens-fonds sur lesquels je puisse assurer mon emprunt : je n'ai que la sincérité sèche et brève que Dieu m'a donnée. » Les banquiers de Goa

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