‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 120 sur 240 · LES LCSIADES. CH. I (SL 18-M · texte numérisé non relu

LES LCSIADES. CH. I (SL 18-M

paix, Tantre dans lés jeax sanglants de Bellone. Leurs grandes âmes se confondent dans la tienne : ils aiment à retronver en toi leur image, et te gardent près d'eux ane place au séjour de Fimmortalité.

Mais, en attendant l'époque fortunée où tu reproduiras sur le trône leurs vertus guerrières et pacifiques, daigne sourire à mes tableaux ; daigne adopter mes Argonautes, et tu verras blanchir les mers sons leurs nefs obébsantes. Tes regards les soutiendront au milieu des orages : accoutume-toi, jeune prince, à recevoir les vœux des mortels * .

Déjà les enfants de Lusus fendaient les flots de Timmense Océan. L'onde émue s'agitait doucement autour des navires, un vent favorable enflait les voUes. Les proues, couvertes d*une écume argentée, sillonnaient les mers lointaines réservées jusqu'alors aux troupeaux de Neptune, lorsqu'au sein des célestes demeures ' où se préparent les arrêts qui règlent le sort des mortels, les dieux tinrent conseil sur les destinées de l'Orient.

L'agile petit-fils du vieux Atlas, Mercure, les a con-

1 . L*inTocation de Gamoens aa roi de Portugal finit comme celle de Virgile à l'empereur Auguste :

et Totis jam nonc assuesce Tocari.

{Géorg., I, v. 42.)

2. ImitatioQ d^Homère et de Virgile. Homère, au commencement dn IV« chant de 17/tad«, représente les dieux assemblés dans TOlympe et délibérant sur les destinées de Troie :

Ot ^t 6ioi it&p Ziivi xa0iiu.ivci ^cpo«AvTO

Xpotci) èv ^cLiti^tù

Tpuuv iroXtv eîocp&wvTic.

Au X« chant do VÉnéide, Virgile montre également les dieux de rOiympe réunis pour délibérer sur la lutte des Troyens avec les

Rutules :

Panditar interea dorous omnipotentis Olympi, Consiliumque Tocat divana pater atque hominum rex Sideream in sedem, terras unde arduus omnes Castraqne Dardanidum adspectat popalotque latinos. Gonsidant teetisbipatentibns; iacipit ipse (V. 1-5.)

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voqués au nom de Jupiter ; et le ciel de cristal qui s'em bellit autrefois des gouttes brillantes tombées [du sein de Junon, la voix lactée * , les a conduits dans TOlympe. Us ont quitté les sept régions éthérées que leur confia l'arbitre des mondes, arbitre souverain qui régit par la pensée le ciel, la terre et les mers.

A ces puissances du ciel se réunissent en un moment les divinités qui régnent sur le septentrion, celles qui régnent sur le midi, les dieux protecteurs des climats où naît l*aurore, et les immortels gardiens des contrées où le soleil éteint son flambeau.

Sur un trône resplendissant d'étoiles, parait le dieu qui lance la foudre '. Le diamant jette moins de feux

t. Oride, lonqa'U peint rassemblée des dieax, au chantier des Jftfiam., dit aussi que la voie lactée sert d'aveaue à la demeure de

Jupiter.

Est tia rablimis, cœlo manifesta sereno : Lactea nomen habet, candore notabilis ipso. Hae iter est Superis ad magni tecta Tonantis Regalemque domum

)• Ce portrait de Jupiter est d*une grande beauté. G*est le Jupiter olympien , le souTerain de la terre et des cieux, le suprême arbitre des mondes. Tous les autres immortels le contemplent dans un silence respectueux, qu'ils ne rompent que par son ordre. On sent que l'auteur, tout païen qu*ii est dans son épopée, écrivait sous Pinfluence des mêmes idées qui inspirèrent depuis à Chapelain les seuls bons vers peut-être qu'il ait faits :

Loin des murs flamboyants qui renferment le monde, Dans le centre caché d'une clarté profonde, Dieu repose en Ini-mèmei et vètn de splendenr. Sans bornes, est rempli de sa propre grandeur. Sous son trône étoile, patriarches, prophètes, Apôtres, confesseurs, vierges, anachorètes, Et ceux qui, par leur sang, ont dmenté la foi. L'adorent à genoux, saint peuple du saint roi.

Ces vers de Chapelain présentent un magnifique tableau : ils respirent cette gravité, cette tristesse majestueuse qui fonne, ainsi que l'a remarqué un écrivain célèbre, un des caractères les plus frappants du christianisme, et que Camoens ne pouvait introduire dans un ouvrage tel que le sien. Un poème épique dont toute Taction se développe et s'accomplit sur des mers orageuses ou sur des rivages barbares, avait besoin d'un merveilleux qui, par des peintures variées,

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qu'il n'«n jaillit de son sceptre et de sa couronne. Une majesté sévère est empreinte dans ses traits. De son front s'exhale une vapeur divine : le mortel qui Taurait ressentie deviendrait semblable aux dieux.

Au-dessous du trône s'abaissent par degrés des sièges brillants, émaillés d'or et de perles. L'âge et la dignité ont fixé la place de chacun des immortels. D'un œil respectueux, ils contemplaient Jupiter^ lorsque, élevant au milieu d'eux sa voix formidable, il fit entendre ces accents :

« Éternels habitants des radieuses demeures de TO- « lympe, si la haute valeur des enfants de Lusus est « présente à votre pensée, si vous avez suivi le cours « de leurs triomphes, vous ne pouvez douter que le des- « tin ne les appelle à effacer du souvenir des hommes ce les Assyriens, les Perses, les Grecs et les Romains.

(c Vous les avez vus. Hercules naissants, s'élancer (( contre le Maure usurpateur et lui arracher le beau « pays qu'arrose le Tage. Vous les avez vus affronter u ensuite le redoutable Castillan, humilier l'orgueil de « ses armes, et sortir de la lutte avec tous les trophées « de la victoire.

« Dieux de r01ympe,je laisse dans le passé leurs guerres (( mémorables contre les fils de Romulus; l'ardeur « généreuse qui les précipita sur les pas de Viriate; « la gloire dont ils se couvrirent sous les drapeaux du (c fameux proscrit qui feignait de marcher à la voix « d'une biche inspirée*.

vtat sourire à lUmaginaUon du lecteur; et Camoens avait de?iné celte judicieuse sentence du législateur du Parnasse :

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles. (M.)

Voir, sur l'emploi de la mythologie dans les Lutiadet^ notice littéraire, p. 77 et suiv.

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