NoUce historique, p
314 LES LUSIADES. GH. I (St. 27-31)
c Bravant aujourd'hui les caprices d*Amphitrite et le « courroux des enfants d*Éole, ils s'ouvrent des routes « inconnues à travers Timmensité des mers. Des bords c lointains où Phébus expire, ils ont prolongé leurs (( découvertes au delà des contrées qu'il échauffe au « milieu de sa course, et ne s'arrêteront qu'à son berce ceau.
<€ L'immuable Destin leur a promis la longue domina- <c tion de cette mer que rougissent les premiers feux du « soleil. Us viennent de passer sur l'onde la saison des (C orages; leurs matelots sont fatigués, abattus : n'est-il a pas juste enfin d'accomplir leurs vœux et de couronner (C leurs efforts?
« Assez longtemps leur courageuse patience a lutté « contre la fureur des flots et l'inclémence des cieux, « contre les vents et les tempêtes. Je veux que la paix et « l'hospitalité les accueillent sur la rive africaine ; qu'ils « y réparent leurs vaisseaux, et que, pleins d'une force (C nouvelle, ils reprennent le cours de leur glorieuse « navigation. »
D dit, et les dieux délibèrent. Les opinions se divisent, et sont tour à tour appuyées et combattues. Bacchus, eSrayé des paroles de Jupiter, s'élève avec violence contre les enfants de Lusus. Triomphateur de l'Asie, il déteste en eux des rivaux.
Bacchus avait appris des Destins que du fond de i'Hespérie un peuple belliqueux viendrait par la Grande Mer soumettre tous les rivages que baigne l'océan Indien ; que des exploits nouveaux éclipseraient d'antiques renommées, la sienne comme toutes les autres. Il n'entrevoit qu'avec douleur la perte d'une gloire dont Nysa' célèbre encore le souvenir.
t . Ancienne ville de Tlnde, sur le Gophès, près de son confluent aTOc l'Indus : on la nomme aujourd'hui Nagar. Elle avait été, d'après la mythologie, la résidence fovorite de Bacehus, DiO'nytui,
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Cette gloire fut jadis menacée par Alexandre; mais les victoires du Macédonien n'ont pu ravir à Bacchus le nom de vainqueur de Tlnde, ce nom fameux dont il est salué par tous les habitants du Parnasse. Des alarmes plus vives le pressent en ce moment : il craint que Teau dormante du Léthé n*ensevelisse à jamais ses lauriers, si la terre de Taurore est touchée par les guerriers de la Lusitanie.
Vénus prend hautement leur défense. Vénus depuis longtemps les favorise et les guide. Elle a vu leur valeur éclater sur la rive Tingitane ; elle aime à retrouver en eux les vertus héroïques des Romains qui lui furent si chers, et jusqu'au langage, à peine ctltéré *, de ces anciens maîtres du monde.
Un motif secret et plus puissant encore l'intéresse à leur cause. Il lui avait été prédit que la déesse de la beauté régnerait dans tous les lieux où s*étendrait leur empire. Ainsi le dieu qui craint pour sa gloire et la déesse qui prétend à de nouveaux hommages, s'obstinaient l'un et l'autre dans cette lutte animée qui partageait les immortels.
Quand TAuster en fureur ou l'impétueux Borée se précipite sur une antique forêt, la montagne en gémit, les arbres se brisent, les feuilles dispersées volent dans les airs, un bruit sourd se prolonge et murmure : toutes les cimes de la forêt semblent bouillonner. Tel l'Olympe ébranlé retentissait de la querelle des dieux.
De tous les amis de la déesse. Mars était le plus ardent. La cause des héros devait être la sienne; et peut-être aussi qu'un ancien souvenir se réveillait dans son cœur.
1. La langue portugaise est, en effet, de toutes les langues modernes, celle qui ressemble le plus au latin. Elle en a les tours yariés, la hardiesse et T harmonie, avec plus de grftce encore et de douceur. C'était l'opinion de Michel Geryaotès et de Lopes de Véga , tous deux Espagnols, et dont le témoignage en pareil cas ne saurait être suspect.
316 LBS LUSIADE8. GH. I (St. 37-40).
Il se lève. Sombre et courroucé, il rejette en arrière Timmense bouclier qui flottait sur sa poitrine; et, haussant avec fierté la visière de son casque de diamant, il s'avance tout armé vers le trône de Jupiter. D'un bras terrible, il soulève sa lance. Sa lance, en retombant, frappe les marches du trône. Le ciel en trembla; Apollon effrayé laissa un instant pâlir ses rayons.
a Père des dieux, s'écria Mars, toi dont la volonté fait « la loi de l'univers, toi que l'Olympe a vu si souvent « applaudir au courage des Lusitaniens, à leur constance a infatigable; si leur honneur t'est cher encore, si toi- « même a soufflé dans leur âme cet amour de gloire qui « les entraîne vers • un autre hémisphère , hâte- toi de « mettre un terme à d'inutiles débats.
«L'avis de Bacchus est suspect; une inquiète jalousie c( égare sa raison. Il s'élève, il s'emporte contre les desic cendants d'un héros qui fut jadis son compagnon a d'armes et son amil II appelle sur eux ta colère, lui « qui devrait ici les défendre I mais laissons-le se livrer « à sa fureur passagère. L'envie attaquerait vainement « les enfants de Lusus : leur triomphe est assuré ; Us ont « pour eux Jupiter et les Destins.
« Dieu puissant, ta sagesse a parlé : que tes oracles « s'accomplissent. L'inconstance n'appartient qu'à la « faiblesse. Ordonne, et que Mercure plus rapide que la a flèche, plus léger que les vents, descende sur la flotte (( guerrière çt la conduise chez un peuple hospitalier « dont les fidèles avis puissent enfin la guider vers les c contrées de l'aurore. »
Ainsi parla le dieu des batailles. Jupiter, en signe d'adhésion, inclina sa tête majestueuse, et l'Olympe fut parfumé d'ambroisie. Tous les dieux à l'instant courbent le front devant le maître du tonnerre, et, foulant de nouveau le pur cristal des cieux, regagnent les régions et les mondes où s'exerce leur pouvoir.