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Cependant les belliqueux Argonautes suivaient paisiblement leur course entre Madagascar et la côte éthiopienne. Le sud fuyait derrière eux, l'orient brillait à leur droite. Le dieu du jour enflammait alors les poissons étoiles qui nagent suspendus dans les airs, depuis Tépoque mémorable où Vénus et son fils, à Taspect du géant Typhée, se cachèrent d'effroi sous les eaux*.
Les vents n'avaient que des souffles purs et légers; on eût dit qu'ils étaient dans le secret du ciel, et qu'ils respectaient ses amis. L'air était serein, l'onde tranquille, le ciel sans nuages. Déjà les héros avaient dépassé la cime verdoyante qu'on appelait jadis le promontoire de Prase ', lorsque des îles nouvelles vinrent s'offrir à leurs yeux.
Les flots qui se jouaient alentour semblaient ne mouiller que des plages désertes. Toujours occupé du noble but où l'appellent la fortune et son courage, Gama, le chef des guerriers, se disposait à laisser derrière lui une terre qu'il croyait inhabitée ; mais un spectacle imprévu changea tout à coup sa résolution.
De l'Ile la plus voisine de la côte arrivaient des barques légères surmontées d'une large voile. A leur aspect, une agitation générale se répand sur la flotte. Tous les regards, toutes les pensées se dirigent vers le même objet. « Quel est ce peuple nouveau? se disaient entre a eux les Portugais.. Quelles sont ses mœurs, sa religion, ses lois? »
Les rapides nacelles semblaient s'allonger sur les flots ;
1 . Dans la guerre des géants conlre les dieux, Vénus fuyait avec son Qls : arrivés sur les bords de TEuphrate et poursuivis par Typhée, ils se jetèrent dans les flots et furent recueillis par deux poissons qui les transportèrent à Tautre rive. Vénus, en reconnaissance de ce service, les plaça l'un et l'autre dans les cieux. Ils forment la dernière constellation du Zodiaque.
2. Aujourd'hui le cap DelgadOy situé au 10« degré de latitude sud, à Texlréuiité du Zanguebar, vers Mozambique. Les anciens le nom-
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leur forme étroite et dégagée favorisait leur essor; des feuilles de palmier adroitement tissues en composaient les voiles. Déjà Ton apercevait distinctement les insulaires. Leur figure basanée attestait Tantique imprudence de ce fils d'ApoUoVi*, qui brûla dans sa course les contrées qu'il avait promis d'éclairer. L'Éridan s'en souvient, et Phaëtuse en gémit encore.
Une étoffe de coton blanc, rayée de diverses couleurs, se repliait autour d'eux, ou, suspendue à leur bras, retombait en écharpe flottante. De la ceinture à la tête ils étaient nus; un turban couvrait leur front; ils étaient armés de dagues et de cimeterres, et voguaient au son de la trompette mauresque.
Leurs échappes agitées, leurs gestes impatients avertissaient les guerriers de les attendre. Mais déjà les Portugais tournaient la proue vers les îles. Le matelot montrait la même ardeur que s'il eût touché au terme de ses fatigues. Bientôt les voiles sont repliées ; la grande vergue s'dbaisse, l'ancre à grand bruit frappe la mer, et les flots jaillissent vers le ciel.
Les navires étaient à peine arrêtés que les insulaires y montaient par les cordages. Tous leurs mouvements annonçaient la confiance et la joie. Gama les accueille a\ec bonté. Des tables sont dressées, des coupes transparentes sont remplies d'un vin pur et pétillant : le plaisir rayonne sur ces visages noircis des feux de Phaéthon.
« D'où venez-vous? qui êtes- vous? disaient familièrece ment aux Portugais leurs convives encouragés. Quelle « est votre patrie? Quel est le but de ce voyage? Quelle?
maient Pra$um ou Prassum promontorium ( du grée ITpa'Tcv , espace; d'algue verte semblable au poireau) : c^est le cap Vert du Zanguebar. 1 é Sanguine tum credunt, in corpora sumnoia vocato
iËthiopum populos nigrum traxisse colorem.
(Ov., U^iam., II, V. 235.)
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« mers vous ont conduits sur nos bords ^? » Ils parlaient la langue des Arabes, si connue autrefois des nations de THespérie. Une sage réserve accompagne la réponse des guerriers : « Nous sommes les Portugais, peuple de TOc- « cident; nous cherchons les contrées orientales.
<( Cette vaste mer qui baigne les rivages de l'Afrique, « nous Tavons parcourue du nord au midi. De nouveaux « cieux ont brillé sur nos têtes ; des terres nouvelles ont « frappé nos regards. Les flots et leur immensité n'ont « rien qui nous arrête; un monarque chéri, le roi du M Tage, a parlé : nous descendrions^ pour lui plaire, dans « les goufî*res de TAchéron.
« C'est par son ordre que nous marchons vers la terre « de rindus. C'est pour lui que nous traversons des mers « qui n'ont encore été visitées que par les monstres de « l'Océan. Dites-nous maintenant, bons insulaires, dites- « nous avec sincérité, qui vous êtes, quelle est cette île ce d'où vous sortez, et quels chemins conduisent aux « rivages que nous cherchons? »
Un des insulaires répondit : « Ce pays n'est point le « nôtre. Le peuple qui l'habite est tel encore que l'a fait « la nature : il vit sans culte et sans lois. Pour nous que « la sagesse éclaire, nous suivons la loi sainte enseignée « par l'illustre descendant d'Abraham*, par ce prophète « conquérant qui naquit au désert, d'une mère juive et « d'un père idolâtre, et qui règne aujourd'hui sur le (( monde.
«L'île que vous voyez, Mozambique', n'est point