Prosequitur pavitans, et flcto pectore fatur
(Virg., Enéide II, r. 107.)
Camoens compare lui-même la trahison du pilote à celle du perfide Sinon qui, lorsque ses compatriotes feignirent de renoncer au siège de Troie, se laissa prendre par les Troyens, et les décida, par ses mensonges, à introduire dans leurs murs le cheval gigantesque dont les flancs recelaient les soldats grecs. (Virg.,i}fi^tde, II, v. &7-198.)
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la déesse qui les avait défendus dans TOlympe. Tremblant pour ses héros, elle appelle les vents contraires. Les vents accourent du rivage, se précipitent sur les navires, et les repoussent au loin sur les ondes '.
Vaincu par un invisible pouvoir, le pilote n'abandonne point son affreux dessein. « Les flots agités nous en- « traînent, dit-il à Gama ; cédons à leur violence. Ils « vont nous porter vers d'autres bords, vers une île cf hospitalière où des familles chrétiennes vivent en (c paix au milieu des musulmans. »
Nouveau mensonge, nouvelle trahison. Le dieu des chrétiens n'avait sur cette terre profane ni temples, ni disciples ; Mahomet y régnait sans partage. Gama cependant se laisse encore éblouir par les paroles du perfide ; mais Timmortelle amie des Lusitaniens vient les sauver une seconde fois. Les flots soulevés par Vénus défendent aux vaisseaux l'entrée du port.
L'île n'était séparée du continent que par un étroit canal. Du côté de la mer apparaissaient des édiflces somptueux dont les toits élevés frappaient de loin les •yeux du navigateur. Un vieux prince la gouvernait. Mombaze était le nom de l'Ile et de la cité.
Gama, dans son illusion, jouissait d'avance du bonheur d'y rencontrer des chrétiens et des frères. Déjà de légers bateaux s'avançaient vers la flotte, apportant aux guerriers un message du roi de Mombaze. Bacchus,
U La flotte portugaise était devant Quiloa, lorsque tout à coup il s'éleva des vents contraires qui l^écartèrent du rivage, malgré tous les efforts du pilote qu*elle avait reçu de Mozambique. Les liistoriens portugais ont cru voir, dans cette circonstance, un véritable prodige : il appartenait de droit au poète. Du reste, la trahison du pilote, les perfidies des Maures, les moyens même qu'ils emploient, d'après le récit de Gamoens, pour tromper les Portugais, tout cela est historique et se trouve raconté fort au long par Jean de Barros et Osorius. L'auteur des Lusiades n'a fait ici que donner à l'histoire les ornements de la poésie.
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SOUS un nouveau déguisement, rayait prévenu de leur arrivée.
Le message annonce des cœurs amis ; mais la haine Ta dicté. Le serpent repose sous les fleurs ; il y prépare ses mortels poisons. 0 perfidie I 6 dangers ! 6 carrière de la vie toujours semée d'écueils ! Un piège affreux attendait Gama aux lieux mêmes où Tespérance lui montrait un abri.
Triste condition des humains * ! Sur mer, les tourmentes et les naufrages, à chaque instant la mort sous les yeux I Sur terre, les combats, les trahisons, Tindigence et toutes ses horreurs ! Où fuir? où trouver un asile pour cette existence si malheureuse et si courte ? Dieu débouté ! que nos misères te désarment. Épargne , dans ta clémence , ta faible et gémissante créature qui s'anéantit devant toi.