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sur les flots, elle en rase la surface. Nisa bondit; Nérine * s'élance à la cime des vagues. Effrayée de leur vivacité, Tonde se courbe et leur laisse un libre passage. Le geste animé, Toeil en feu, Vénus les précède, portée sur un triton. Plein d'orgueil et de joie, le triton sent à peine ce doux fardeau. Bientôt la troupe divine a rencontré les guerriers qui, les voiles déployées, voguaient déjà vers le port. Les immortelles se divisent, et, couvertes d'un nuage impénétrable, enveloppent la flotte et l'arrêtent dans sa course.
La déesse elle-même, avec l'élite de ses compagnes, se place au-devant de la nef où commande Gama. Le vent souffle en vain dans les voiles. Quelques-unes des nymphes appuient contre la proue leurs poitrines délicates, d'autres s'attachent aux flancs du navire, le soulèvent et le détournent du rivage ".
Telles, dans leur prévoyante activité, les diligentes
1 . Les cinquante NérêideB, flUes de Nérée et de Doris» déités inférieures de la mer, chargées de sauver les marins en danger, sont ordinairement décrites jeunes et belles, entourant Amphitrite, au miUeu des tritons.
2. La Harpe, qui ne flatte Jamais l'auteur des Lusiadei, dit, en parlant de ce passage où les nymphes sont représentées volant au secours des Portugais sous la conduite de Vénus, « qu'on ne peut 8*empôcher de trouver ce morceau plein d*une imagination poétique. » La description de Gamoens répond tout à fait aux préceptes que devait dicter Boileau dans son Art poétique:
Qa'Éiiée et set Taisseaux, par les tents écartés. Soient aux bords africains d'an orage emportés : Ce n'est qu'une atenlnre ordinaire et commune, Qu'un coup peu surprenant des traits de la Fortune. Mais que jonon, constante en son aversion, PoursuiTc sur les flots les restes d'Ilion ; Qu'Éole, en sa faTcur, les chassant d'Italie, OuTre aux tents mâtinés les prisons d'Éolie : Que Neptune en courroux s'élerant snr la mer. D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air, DéliTre les vaisseaux, des Syrtes les arrache ; C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache. Sans tous ces ornements, le Ters tombe en langueur; La poésie est morte, ou rampe sans vigueur.
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fourmis trainent péniblement vers leur cité souterraine le lourd butin qu'elles ont rassemblé pour la saison des frimas. Ardentes, infatigables, on les voit s'agiter à Tentour et déployer une vigueur inattendue. Telles se montraient les Néréides excitées par le péril des héros et par Tespoir de les sauver.
Le vaisseau rétrograde. Les nautoniers changent à grand bruit la direction des voiles ; ils les abaissent, les relèvent et les abaissent encore. Le gouvernail s'agite en sens divers sous les mains qui le tourmentent, et, dans ses brusques écarts, porte le vaisseau vers un écueil dont les pointes aiguës le menacent à travers les flots.
Un cri d'effroi part de la poupe : c'est la voix du chef des matelots qui les avertit du danger. Ils courent en désordre de l'un à l'autre bord, multiplient les manœuvres, et font retentir le ciel de confuses clameurs. A ce tumulte dont ils ignorent la cause, les Maures sont frappés d'épouvante comme à l'aspect d'une horrible mêlée. Us pensent que leur trame est découverte et que le supplice les attend.
Les uns se précipitent dans leurs tremblantes nacelles ; les autres se jettent dans les flots qui rejaillissent sur leur tète. Tout s'élance, tout part; la terreur a commandé la fuite. La vague menaçante est moins redoutable à leurs yeux que le châtiment dont ils ont cru voir les apprêts.
Telles ces bruyantes peuplades, monument de la colère de Latone ^ : elles reposaient imprudemment sur les bords d'un marais solitaire ; mais un bruit soudain les alarme : elles bondissent de frayeur, se replongent
1. Allusion aux Lyciens mélamorpliosêB en grenouUIes. Latone, persécutée par Junon, traversait la Lycie, lorsque, fatiguée de sa course et tourmentée par la soif, elle s'arrêta sur le bord d'un marais et demanda à des paysans, qui coupaient du Jonc, un peu d'eau pour se
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dans Tonde émue, et, réfugiées dans leur commun asile, ne montrent plus à la surface de Teau que leurs tètes humides.
Tels apparaissaient les Africains fugitifs. Le pilote de Mozambique fuyait avec eux, poursuivi par les mêmes terreurs. Tandis qu'ils se dérobaient à la nage, Gama ne songeait qu'à se garantir de Técueil qui venait de causer tant d'alarmes. Il ordonne de jeter Tancre, calme ses guerriers, rallie sa flotte ; et les nefs réunies reposent enfin sur les eaux.
La conduite des insulaires, si étrange, si imprévue ; la fuite précipitée du pilote ; les vaisseaux repoussés du rivage malgré la faveur des vents et la tranquillité dQS flots, tout révèle à Gama le complot des Barbares et la protection miraculeuse à laquelle il doit son salut :
« 0 prodige ! s'écrie-t-il ; ô merveille inespérée ! Signe (c éclatant de la protection du ciel ! . . . Peuple lâche et barce bare , voilà donc Thospitalité que tu nous avais promise! « voilà le piège aflreux où tu nous entraînais, si le ciel (c lui-même n'eût daigné nous secourir.
< Céleste Providence 1 c'est ta main qui nous arrête au « bord du précipice, à l'entrée de ces ports infidèles « que l'amitié semblait nous ouvrir. C'est ton flambeau a qui vient de percer la nuit des complots formés contre a nous. Ahl n'abandonne pas d'infortunés voyageurs « qui n'ont que toi pour guide et pour appui.
c( Si déjà ta bonté tutélaire a daigné nous arracher a aux trames de la perfidie, si tu prends en pitié les
i^fraichir. Ils lui répondirent par des injures, en troublant TeanaTee leurs pieds, et elle obtint de Jupiter qu'ils fussent changés en gre*
nouilles.
jQTat esse snb undis.
Et modo tota cava submcrgerc membra palode, Nttnc proferre caput, sammo modo gurgite nare, Sepe super ripam stagni consistere, saepe In gelidos resilire lacus»....
(Ov^, Métam., VII.)
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« maux que nous souffrons pour ta gloire, achève ton « ouvrage : conduis-nous dans un port de salut ; ou « montre-nous cette terre que nous ne cherchons à dé- « couvrir que pour y faire adorer ton nom. »
Ainsi parlait Gama. Sa voix gémissante a retenti dans le cœur de sa divine protectrice. Vivement agitée, elle quitte les Néréides attristées de son départ, traverse l'espace immense où roulent les célestes corps, laisse bientôt derrière elle Torbe léger qui se meut sous ses lois, et se dirige vers la planète où réside Jupiter. • L*émotion que lui cause la rapidité de son vol, ajoute encore à sa beauté. Un doux frémissement parcourt les régions éthérées : Tastre insensible a frissonné d'amour. D'invisibles traits jaillissent des yeux de la déesse, et, par une double puissance, embrasent et glacent^ à la fois* et les mondes et les cieux.
Pour plaire à Jupiter, dont elle fut toujours chérie, elle parait devant lui telle qu'elle se montra jadis au jeune pasteur du mont Ida. Si le chasseur infortuné qui , pour un regard curieux, devint la proie des chiens trompés par sa métamorphose; si le téméraire Actéon eût aperçu Vénus en ce moment, sa fin n'eût pas été si cruelle : les désirs dévorants eussent soudain terminé sa vie.
Elle s'avance dans l'Olympe *. Sa chevelure ondoyante
1. Racine, dans la tragédie de Phèdre^ a exprimé avec une grande préciBion ce double effet de la puissance de Vénus :
Je sentis tout mon corps et trinsir et brûler.
3. Voilà encore un de ces morceaux que La Harpe est forcé d^admirer. Quel tableau! quelle chaleur 1 quel coloris 1 Le Tasse en a tiré les principaux traits de son Armide,L& 29«, la 30*, la 31* et la 32«oc(are du 4* chant de la Jérusalem en sont une imitation trè9-marquée. Les Portugais ont trouvé que le Tasse était resté au-dessous de son modèle ; mais ils n'ont pas assez remarqué peut-être que les difTérences qui existent entre les deux tableaux, tiennent à la nature môme du sujet. Le portrait d'Armide a plus de grAce et de coquetterie; celui de Vénus, plus de force et d'éclat. Le Tasse a représenté la plus séduisante des mortelles; Gamœns a peint une déesse. (M.)
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tombe à flots d'or sur ses épaules d'albâtre ; son sein palpite : c'est le trône de l'Amour. C'est là que, sans être vu, le folâtre enfant allume les traits dont il embrase les cœurs. Les Désirs voltigent sur les pas de l'immortelle ; ils l'environnent et la pressent, semblables au lierre amoureux qui serpente autour de l'ormeau.
Une ceinture divine, ouvrage de la pudeur et des grâces, couvre ses charmes sans les cacher : voile enchanteur qui tour à tour irrite et retient les désirs. A son aspect, tout l'Olympe est ému : la jalousie se réveille dans le cœur de Yulcain, et l'amour, dans le cœur de Mars.
Un air dje volupté se mêle à la tristesse qui respire sur son front. Telle, dans les folâtres jeux, pressée par l'amant téméraire, la timide beauté pleure et sourit en même temps : le plaisir brille à travers les larmes. Telle et plus séduisante encore, Vénus, d'une voix plaintive et tendre, adresse ces paroles au souverain de l'Olympe.
« 0 mon père, j'étais heureuse de ton amour, de la « préférence que tu m'accordais sur tous les dieux. « Tant de bonheur me semblait devoir durer toujours, a Aveugle que j'étais! Vénus, sans l'avoir mérité par « aucune offense, Vénus est devenue l'objet de ton « courroux. Tu l'abandonnes, tu la hais ; Bacchus l'ema porte sur ta fille : il triomphe et je pleure.
« Ce peuple que j'aime, ces héros pour qui je fais (( parler ici mes gémissements et mes larmes, c'est mon « amour qui les rend criminels à tes yeux ; c'est ma € tendresse qui les perd ; tu les sauverais si je pouvais « les haïr. Hé bien ! Je les déteste.
« Qu'ils meurent, qu'ils périssent sous la main des « Barbares. ».... A ces mots, un déluge de larmes coule de ses yeux : son teint vermeil en reçoit un nouvel éclat*.