‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 131 sur 240 · Virg., Enéide, lil, v · texte numérisé non relu

Virg., Enéide, lil, v

8. Le poëte rappelle ici un mot que rapporte Barros, dans sa troisième décade, et qui prouve toute la présence d*esprit de Vasco de Gama. Lorsque ce héros retourna aux Indes avec le titre de vice-roi, il fût surpris, sur la côte de Gambaye, par un calme auquel succéda tout à coup un mouvement extraordinaire de la mer. Les matelots ne

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« La terre qui lui refusait Teau des fontaines, toute « cette rive où se tramaient d'homicides complots, ou- « vrira ses ports aux navigateurs de TOccident. Elle (c deviendra pour eux un asile dans les tempêtes, un « lieu de repos dans leurs longs voyages et la source « des trésors dont s'enrichira leur invincible patrie.

« Tu verras les ondes Érythrées frémir d'épou- « vante *, le royaume d'Ormuz fléchir deux fois sous la « puissance portugaise, la flèche lancée par les Persans « retomber sur leur tète ^, et montrer aux nations que a le peuple assez téméraire pour combattre le tien, n'a (( pas d'ennemijplus terrible que lui-même.

« De formidables armées s'eff'orceront deux fois d'arec racher à tes guerriers les remparts de Diu ; et deux tt fois tes guerriers accableront les assiégeants. C'est là « que rhéroïsme lusitanien enfantera des exploits dont « Mars lui-même sera jaloux. C'est là que le Maure ex-

laehantèquoi attribuer cette agitation subite qui était l'effet d*un tremblement de terre souB-marin, étaient saiBis d'étonncmenl et de frayeur. • Qa*appréhendez-vou8? leur dit-il. Ne voyez-vous pas que U mer tremble sous ses maîtres? »

1. Le teite porte : Tu verras la mer Rouge jaunir d'épouvante. Vereis o mar roxo iomar^e4lte amarelio de enfiado, Camoens tombe rarement dans ce mauvais goût : e^est un tribut qu'il payait à son siàele. Ces ridicules jeui de mots, ces faux-brillants qui, selon Boileau, nous venaient de Tltalie, ont longtemps infesté toutes les littératures. On connaît ces deux vers de Taucienne tragédie de Pyrame et Thisbé :

Le voilà ee poignard qui du sang de son maître S'est souillé Iftehement... Il en rougit le traître I

Corneille lui-même fiût dire à Chimène :

Sire, mon père est mort. Mes yeux ont tu son sang, etc. Ce sang qui tout sorti fume encore de courroux De se voir répandu pour d'autres que pour tous.

Admirons les grands écrivains qui, malgré quelques taches, ont su donner tant d'éclat à la littérature de leur pays. Leurs défauts sont à leur siècle : leur génie est à eux. (M.)

2. Barros raconte que, dans un combat livré par Albuquerque sous les murs d'Ormui, il s'éleva un vent si violent que les flèches des Persans étaient repoussées contre eux-mêmes.

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« pirant poussera des cris vers le ciel et maudira son « prophète imposteur.

« Goa conquise sur les infidèles deviendra la reine de « rOrient. Portée par la victoire au faite de la puissance, « superbe, altière et couronnée de splendeur, elle sera « le frein des idolâtres, la terreur de TAsie et Torgueil u des enfants de Lusus.

« Cananor les recevra dans ses murs : ils les défen- « dront contre un déluge de Barbares. Calicut > tombera « sous leurs coups, Calicut aujourd'hui si fière de sa « puissance et du nombre de ses habitants. Et vous, » rivages de Gochin, vous serez témoins d*un triomphe « sans exemple : non, jamais la muse héroïque n*aura « chanté de plus mémorable victoire.

« Les mers de Leucate et les rochers d*Actium virent « éclater moins d'audace et de fureur dans la bataille « sanglante où Theureux Octave triompha de ce capi- « taine romain qui, vainqueur de TEuphrate et du Nil, « des enfants de TAurore et du Scythe infatigable, re- « venait chargé de riches dépouilles, mais vil esclave « d'un amour si fatal à sa gloire '.

« Llnde et TEgypte uniront en vain leurs fureurs : la « flamme dévorante anéantira les flottes de TÉgypte et M de rinde ; Tonde bouillonnera sous les débris ardents « de leurs navires foudroyés. Tu verras tes immortels il favoris traînant en captivité Tidolàtre et le Maure et « marchant de triomphe en triomphe ; la Ghersonèse « d'or ' leur livrant ses richesses ; la Ghine lointaine et

1. Voir, pour les siégea de Diu, la conquôte de Goa, CaBanor et Calicut, la notice historique.

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