‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 141 sur 240 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

Maintenant, Galliope *, apprends-moi ce que Gama raconta au roi de Mélînde. Daigne inspirer un mortel qui t*aime; donne-moi les accents de ta voix divine. Et que le brillant inventeur de Tart de guérir, le dieu qui te rendit mère d*Orphée, ne laisse plus s'égarer vers Daphné, Glytie ou Leucothoé, Thommage qu'il ne doit qu'à ta beauté.

Descends de la cime fleurie du Parnasse', accours sur les pas d'Apollon. Il a quitté la fontaine d'Aganippe pour l'onde sacrée du Tage ; il m'y plonge avec lui. Viens accorder ma lyre; ouvre-moi, pour les enfants de Lusus, tous les trésors de l'harmonie ; ou je dirai que,

1. Calliope, muse de la poésie héroïque et de Téloquenee, fut mère de Linus, d'Orphée, des Sirènes et des Corybantes. Elle est ordinairement représentée couronnée de lauriers, arec une trompette à la main, et des pofimes épiques placés à ses pieds.

3. A cette invocation de Camoens on peut comparer le début de l'ode de J.-B. Rousseau sur la naissance du duc de Bretagne.

Deieendt de la double colliDe, Nymplie dont le fils amoareax, Du fombre époux de Proeerpfaie Sut flédiir le cœur rigoureux.

Viens servir l'ardeur qui m'inspire ; Déesse, préte-moi ta Ijre, Ou celle de ee Grec tante Dont l'impitoyable Alexandre, Au milieu de Tbèbes en eendre, RespeeU la postérité.

362 LES LUSIADES. CH. III (St. 3-6).

jalouse en secret pour ton fils, tu crains de lui donner un rival qui le surpasse.

Les Maures attendaient en silence ^ que Gama commençât son récit. Il se recueille un moment, et, d'un air assuré, prend la parole en ces termes : «Tu m'ordonnes, «' grand roi, de te raconter l'histoire de mon pays. Tu ff veux connaître les Lusitaniens, leurs guerres, leurs « triomphes, et jusqu'à leurs premiers pas dans la car- « rière des nations.

a II est doux de célébrer les héros ; mais les Lusita- « niens sont mes frères, leur gloire est la mienne. Est-ce « à moi qu'il appartient de prononcer leur éloge ? Et a comment te peindre en un jour', cette longue suite « d'actions mémorables?... Tu le veux : j'obéis ; ce de- « voir, à mes yeux, l'emporte sur tous les autres. J'aurai n soin de resserrer mes tableaux.

« Une pensée, d'ailleurs, me rassure et m'encourage : « c'est que le mensonge ne saurait trouver place dans « une histoire si glorieuse et si pleine. Loin de créer ou « d'agrandir les événements, je ne dirai pas la moitié « des faits merveilleux dont elle abonde. Mais avant de « parcourir avec toi nos annales guerrières, je vais, « selon tes désirs, te montrer la grande région* où <f fleurit la Lusitanie.

« Entre la zone boréale où règne un éternel hiver, et « Tardent tropique où le soleil verse les feux qu'il re- <c fuse au septentrion, est située la superbe Europe. Au

1 . Contieuere omnea, intentiqae ora tenebant ; Inde toro pater Mneas sic orsusab alto.......

(Virg., Enéide, II, v. 1-2.)

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