Héliogabale
LES LUSIADE8. CH. III. (St. 93-97). 385
« la Sicile? Avait-il, commePhalaris, inventé dessuppli- « ces nouveaux ? Non ; mais un peuple fier, qui jus- « qu'alors n'avait obéi qu'à des rois dignes de ce nom, c( ne pouvait plus avoir pour maîtres que des héros ou « des sages.
« Du fond d'une terre étrangère, le frère de dom (( Sanche entend la voix du peuple. Il quitte Boulogne (( et Mathilde S et reparait aux acclamations de la patrie, « tandis que dom Sanche, encore chargé du vain titre de « roi, va finir obscurément dans Tolède une vie dont le « cours avait été trop long pour sa gloire.
« Le comte de Boulogne, Alphonse le Brave*, a reçu « les États de son frère : il saura les conserver et les « étendre. Gêné dans les étroites limites de la Lusitanie, « il marche à la conquête des Algarves, autrefois son « apanage , chasse devant lui le Maure usurpateur, le « renverse dans vingt batailles , et, d'une main triom- « phante, affranchit à jamais l'antique héritage des des- « cendants de Lusus.
« Denis, son digne fils, lui succède*. Avec lui, le Force tugal fleurit et prospère. La Paix, fille du ciel, ramène « sur cette terre, si longtemps agitée, les lois, les mœurs, « les arts et l'abondance. Les bienfaits du prince en coura- « genttousles talents. 11 renouvelle le siècle d'Alexandre.
« Coïmbre devient le séjour de Minerve et de ses lace borieux favoris ; les Muses abandonnent l'Hélicon pour « les bords fleuris du Mondégo : la nouvelle Athènes ce s'embellit de tous les arts de la Grèce. C'est là qu'Apollon « distribue des couronnes d'or, de baccharis et de lance rier.
ce De nobles cités sortirent de leurs ruines. Des forte-
1 . La comleMe Mathilde, qu*il répudia plus tard pour épouser Béatrix, fille du roi de Castille.
3. Voir le règne d*Alphoiue Wl, notice Muoriqiu^ p. 157 et tait. 3. Voir noiiee MêtoriqKt^ p. 161 elMàv.
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« resses, des remparts protégèrent le royaume ; de pom- « peux édifices Tembellirent; et, pour comble de félicité, « la Parque respecta longtemps les jours d'un monar- « que si cher à la Lusitanie.
« L'impatient héritier de sa couronne, le quatrième «Alphonse* saisit avec ardeur les rênes de TÉtat. « Fidèle au caractère portugais, fier, mais généreux, s'il « brave Torgueil des GastUlans, il saura les défendre « au jour du danger. Toute l'Afrique en armes menace a l'Hespérie. A peine les infidèles auront-ils touché les « terres de.Castille, qu'on le verra voler au secours de « son rival.
« Jamais Sémiramis ne couvrit de tant de guerriers les c( campagnes de l'Hydaspe; jamais ce conquérant si « terrible à l'Italie, cet Attila qui se proclamait le mi- (^nistre de la colère de Dieu, n'entraîna sur ses pas « tant de combattants, que les souverains de Maroc et « de Grenade en rassemblèrent dans les champs de « Tariffe.
« Ce déluge de Barbares épouvante le roi de Gastiiie. « Peu touché de son propre danger, il tremble pour son « peuple, pour l'Hespérie entière menacée de subir une « seconde fois le joug des Sarrasins. Lajeune reine alar- « mée, la belle Marie, fille du monarque portugais, court « elle-même implorer pour un époux le secours d un père.
<c Elle arrive dans le palais de ses aïeux. Un air de « tristesse se mêle à l'éclat de sa beauté. Ses yeux sont « remplis de larmes ; sa blonde chevelure flotte en dé- « sordre sur ses épaules d'ivoire. Tendrement accueillie « par Alphonse, elle lui adresse, en pleurant, ces paro- «les suppliantes :
« Tout ce que l'Afrique a enfanté de peuples barbares « est descendu sur nos bords. Le tyran de Maroc est à
I. Voir le règne d^Alphonse IV, notice hUtorique, p. 166 el suiv.
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« leur tète. Jamais, depuis que TOcéan embrasse la terre « de ses flots, jamais on ne vit une armée si formidable. « L'outrage et la fureur raccompagnent ; les vivants « pâlissent d'effroi, les morts se troublent dans leurs « tombeaux.
a Le prince que tu m'as donné pour époux, combat « presque seul contre l'épouvantable armée des infidèles. c< Il va mourir pour la défense de son peuple ; et moi, « veuve désolée, j'irai pleurer dans un exil obscur, sans « époux, sans royaume et sans espérance.
« p toi, dont le seul nom porte la terreur sur les bords c( du Moluca^ hâte-toi de secourir un peuple malheureux, « entends les cris de la Gastille gémissante. Ah I si ton « cœur ne dément point la bonté qui respire dans tes « yeux, ô mon père, hâte-toi, cours, vole : demain peut- « être il ne sera plus temps.
« Telle autrefois la triste Vénus implora Jupiter en « faveur d'Énée que la tempête avait égaré sur les flots. <c Le père des dieux fut ému d'une pitié si tendre que, « laissant tomber de ses mains les redoutables foudres^ « il exauça tous les vœux de sa fille. Que n'eût-elle pas, « en ce moment, obtenu de Jupiter?
« Mais déjà les escadrons portugais couvrent les plaines « d'Evora. Les lances, les épées, les harnais dorés réflé- <c chissent les feux du soleil. Les coursiers impatients (( hennissent et s'agitent sous leurs brillants caparaçons. « La trompette belliqueuse réveille les courages endor- « mis dans la paix, et frappe au loin l'écho des monc< tagnes.
« Au milieu de ses guerriers parait le valeureux ((Alphonse. Il marche précédé de l'étendard royal; sa (( tète altière domine toutes les autres ; sa fierté, son a courage enflamment les cœurs les plus timides. Bien-
1. FleaTe de Mauritanie qui prend sa source dans le mont AUa».
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« tôt il a dépassé la frontière de ses Etats. Marie Tac-* « compagne ; la terre des Castillans la porte avec « orgueil.
(( Les deuxÂlphonses se réunissent dans les campagnes « de Tariffe. L'armée africaine est devant eux, couvrant au « loin les plaines et les montagnes. Les plus braves sont « émus à la vue de cette innombrable multitude ; mais a la force du Christ soutiendra le bras de ses enfants.
« Fiers de leur nombre et vainqueurs en espérance, les (( Ismaélites se partagent déjà les terres des vaincus. « Leur sourire est insultant, leurs paroles menaçantes. « Obscurs enfants d'Agar , ils se disent les héritiers « d'Abdérame et d'Almanzor^ Possesseurs de quelques « déserts, ils se proclament les maîtres des nobles conc< trées de Tlbérie.
« Tel se montra jadis, dans la vallée de Térébinthe, « rénorme géant qui fit trembler Saiil. D'une voix dé- « daigneuse, il méprisait les armes grossières , la jeu- « nesse et Thumble vêtement du berger qui s'avançait « contre lui. Mais David agite la fronde, et, d'un bras « que dirige un invisible pouvoir, lance la mort à l'ar- « rogant Philistin.
« Enfants d'Agar, vous ignoriez que les chrétiens « étaient soutenus par une puissance à laquelle l'enfer « lui-même est contraint d'obéir! Cette force divine c( anime les deux rois. Le Castillan s'avance , à pas me- « sures, contre les guerriers de Maroc ; le Portugais, plus « ardent, se précipite sur l'armée de Grenade.
« Les lances, les épées résonnent sur l'orbe des bou- « cliers; les combattants se mêlent et se confondent,
1. Ces paroles de Gama sont adroites. Avant de raconter la défaite des Afi*icaiDS, il ménage la Ûerlé du roi de Mélinde, Arabe d'origine, en lui faisant remarquer que les Maures d'Afrique ne sont que la race ab&tardie de ces Arabes (|ui , sous le nom de Sarrasins , jouèrent un si gnmd rôle dans le moyen &ge (M.)
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« invoquant à la fois, les uns Mahomet, les autres le « belliqueux saint Jacques^. Les blessés poussent des « cris vers le ciel. Leur sang coule par torrents, et forme « un lac horrible où se noient leurs compagnons échap- « pés au tranchant du glaive.
« Les soldats de Grenade opposent vainement à Tim- (c pétuosité portugaise leur pesante armure ; ils tombent « et périssent sous l'acier qui les couvre. Le guerrier « lusitanien ne s'arrête point à ce premier triomphe ; il « vole au secours du Castillan, que pressaient encore les « soldats de la Maurilanic.
« Le char du soleil descendait vers le palais de Téthys ; c( son flambeau pâlissant annonçait le retour de Yesper, « quand la victoire se déclara pour les deux rois. Les « Maures, désespérés, s'abandonnèrent à leur destin, et « les derniers rayons du jour éclairèrent la plus épou- « vantable défaite dont le monde ait gardé la mémoire.
« Le vainqueur des Cimbres en immola trois fois moins, c( alors qu'il fit boire à ses soldats des eaux teintes du sang « des Barbares. Le Carthaginois qui, dès l'enfance, avait « juré la perte de Rome, signala sa fureur par un moin- « dre carnage, alors que trois boisseaux se remplirent « des anneaux des chevaliers romains.
« Toiseul, ô Titus, toi seul, as pu envoyer au tant d'âmes <( au royaume des morts, dans cette lamentable journée « où tu ensevelis tout un peuple sous les ruines de Jéru- « salem et de son temple. Mais n'en fais pas honneur à i( la force de ton bras. Il n'était que l'instrument des u vengeances célestes ; il accomplissait les paroles des « prophètes et les oracles du Christ.
(( De retour dans ses États, Alphonse ne songeait plus « qu'à jouir en paix de sa grandeur et de sa gloire, lors-
1, Le nom de saint Jacques de Compostello élail le cri de guerre des Espagnols.