‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 15 sur 240 · Povo indomilo · texte numérisé non relu

Povo indomilo

Coslumado â largueza, e à sollura Do pesado governo' que acabava.

( Eitancias a D, Const, de Bragança),

2. « C*eflt dansée temps que, rendu toul à fait à la culture des lettres, il réunit dans un banquet poétique plusieurs gentilshommes de ses amis, et leur offrit à chacun, pour premier service, un léger tribut de sa muse ressuscitée. » (J. M. de Souza-Botelho). — Ces gentilshommes étaient : dom Francisco d'Alme^da, Francisco de Mello^ iolo Lopes Leit&o, dom Va^co de Atayde et Heitor de Sylveira.

26 VIE DE CAUOENS.

qu'aux malheurs successifs dont il fut frappé. « Il était, dit son biographe Manoel de Fana e Souza, naturellement enclin à la joie et fort ^ègre ; il lui arrivait de dire et de faire mille plaisanteries galantes, dignes d'un cavalier. »

La tranquillité dont il jouit alors dura bien peu de temps ; dès le mois de septembre 1861 , son protecteur partit pour Lisbonne, laissant le pouvoir au comte do Redondo. Celui-ci n'était pas défavorable au poëte; il estimait son talent ; mais il ne l'avait pas connu personnellement et ne lui devait pas une bienveillance aussi active que dom Constantino. Les ennemis de Camoens, ceux qui, cinq ans auparavant, s'étaient sentis atteints par les vtfs satiriques des Disparatas^ jugèrent le moment propice pour le persécuter de nouveau. Ils l'accusèrent d'avoir commis certaines malversations dans ses fonctions de curateur des successions à Macao ; ils le firent incarcérer et mettre en jugement. Camoens n'eut pas de peine à se justifier; mais au moment où, sorti pur de cette calomnieuse accusation, il devait recouvrer sa liberté, un gentilhomme de Goa, qui, sous le gouvernement de Barreto, avait eu le commandement de dix vaisseaux de guerre, Miguel Rodriguez Coutinho, surnommé Fios seccos (fils secs), à cause de sa dureté et de sa sordide avarice, lui intenta une nouvelle poursuite judiciaire en se constituant créancier, et le fit retenir en prison pour une ancienne dette de deux cents creuzades. Sans prendre au sérieux cette seconde accusation, Camoens se contenta d'adresser sur son persécuteur une épi-

VIE DB GAMOBIIS. 27

gramme spirituelle ' au vice-roi, qui s'empressa de le délivrer.

Nous n'avons pas beaucoup de renseignements précis sur sa vie pendant les quelques années qui suivirent. Nous savons seulement qu'il passait l'hiver à Goa, où il se livrait à l'étude, et qu'au retour de la belle saison y il s'engageait dans les expéditions maritimes que les Portugais dirigeaient de cette ville vers les diverses parties de leur empire. Il est certain qu'en lui le soldat ne fut jamais inférieur au poète ' et que ses compagnons d'armes ne vantèrent pas moins son courage que son esprit. Ils auraient pu vanter aussi sa généreuse amitié ; car, tandis que, malgré sa pauvreté, il ne réelamai$ pour lui-même aucune récompense de ses services, il profita plus d'une fois de la grande estime dans laquelle on le tenait, pour appeler la bienveillante attention du comte do Redondo sur ceux de ses amis qui en avaient le plus besoin. Nous voyons, par une de ses odes, qu'il recommanda de cette façon un ancien professeur de l'université de Coîmbre, le savant Garcia da Orta qui, par amour de la science, était venu à Goa et préparait un grand travail sur les plantes de l'Inde ; nous avons également de

1. Redondilhas a Miguel Rodriguez Goutinho de alcunha fios seccos. Celle pièee est la seule où le poëte indique le nom d*un de ses ennemi! : elle est écrite d^ailleura sur le ton de la plaisanterie et joue tout entière sur le samom de/ios seccos,

2. Il a pu dire lui-mému à la fin du X* chant des Lusiades : • J'ai* pour te serrir un bras fait aux armat^ pour te chanter, une voix chère mi Muses. »

Para serrir^Tos, braço as armât feito, Para cantar-TOt, meote is Musas dada.

lui quelques vers par lesquels il sollicita quelque argent en faveur d'un brave gentilhomme, Heitor * da Sylveira.

De 1S62 à 1S67, ce fut ainsi que vécut Camoens, tantôt combattant, tantôt écrivant, et mêlant parfois, il faut le dire, à tous ses travaux de passagères amours. Il ne resta pas insensible, paratt-il, aux charmes d*une certaine dame portugaise qui, peu après l'avoir connu, dut quitter les Indes pour retourner à Lisbonne, et qui périt par un naufrage au milieu de la traversée. Dans plusieurs poésies, il nous a exprimé successivement comment sa beauté Tavait surpris, quels regrets lui causa son départ et combien il pleura sa mort ^. Il célébra aussi, un peu plus tard, une belle esclave noire, nommée Barbara '.

Mais vers la fin de son séjour à Goa, il s'opéra dans son caractère un changement très-notable. Cette gaieté naturelle, dont nous avons parlé, et que jusqu'alors il n'avait jamais perdue momentanément que dans ses plus grands malheurs, fit place à une mélancolie, à une tristesse continue. Ses ennemis, il est vrai, étaient réduits au silence, et le comte do Redondo, mort le 19 février 1564, avait eu pour successeur l'ancien

1 . C'esl en jouant sur le prénom de son ami Hector que le poCte sollicite pour lui cette faveur : « De doctes livres nous apprennent que la colère du grand Achille donna la mort à l'Hector troyen. Voilà maintenant que la faim va tuer notre Hector lusitanien. Il court risque d*étre accablé par son adversaire, si votre main secourable ne s'interpose et ne met les combattants hors de lice. »

Page 1