‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 16 sur 240 · Ode X · texte numérisé non relu

Ode X

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yice-roi dom Antonio de Noronha, qui certainement lui portait intérêt. Mais ce qu'il voyait aux Indes, ce qu'il apprenait du Portugal, lui causait les plus vives inquiétudes sur l'avenir de sa patrie. Et lorsqu'il faisait un retour sur lui-même, que de sujets d'abattement, de préoccupations douloureuses n'avait-il pas I Les illusions de sa jeunesse, les espérances de son âge mûr avaient été détruites. Un seul désir lui revenait au cœur : c'était de retourner dans ce pays natal qu'il s'était promis autrefois de ne plus revoir ; c'était de livrer à ses concitoyens ce grand poème auquel il avait travaillé vingt années, et qui enfin allait être terminé. Mais pourrait^ il jamais se rendre à Lisbonne? De quelles ressources userait-il pour un tel voyage? Et, une fois arrivé, quelle réception espérer ? Comment publierait-il l'œuvre en laquelle il avait confiance, et qui, dans sa fière conviction, devait immortaliser son nom?

Départ de Goa

Vers la fin de Tannée 1567, une occasion se présenta de quitter Goa. Pedro Barreto, qui venait d'obtenir la capitainerie de Mozambique, s'apprêtait à partir pour Sofala, et désireux, disait-il, de jouir de sa société, lui offrait de l'emmener avec lui dans cette résidence de l'Afrique orientale, d'où il lui serait ensuite plus facile de gagner le Portugal. Camoens s'empressa d'accepter une offre qui lui permettait de faire tout de suite la moitié du voyage tant désiré, persuadé qu'il

trouverait prochainement le moyen de l'accomplir jusqu'au bout. Il s'embarqua pour Sofala et y arriva sans encombre. Mais à peine débarqué, Pedro Barreto lui fit. payer cher le prétendu service qu'il lui avait rendu : il abusa de la dépendance dans laquelle il l'avait mis, à ce point qu'il prétendit bientôt ne voir en lui qu'une espèce de serviteur. Camoens, dont la noble fierté ne pouvait subir de pareilles exigences, rompit complètement avec lui, et fut alors réduit, dans ce pays qu'il ne connaissait pas, à la plus profonde misère. Plus d*une fois, il manqua de vêtements et de nourriture. Mais les souffrances qu'il eut à supporter, ne triomphèrent pas de sa tranquillité d'âme : Diogo do Couto ' nous raconte, dans ses Décades^ qu'en ce temps-là même il corrigea avec ardeur les Lusiades et trav£iilla également à un ouvrage ^ rempli de savoir et de philosophie.

Une circonstance inespérée vint mettre un terme à cette sorte de captivité. Dom Antonio de Noronha, qui avait été remplacé dans le gouvernement des Indes par dom Luiz de Atayde, en retournant à Lisbonne, relâcha sur la côte de Mozambique. Avec lui se trouvaient plusieurs amis de Camoens, cet Heitor da Sylveira dont nous avons déjà parlé, Antonio Cabrai,

1. Diogo do Couto, né à Lisbonne en 1842, a écrit la suite des Décades de J. de Barros. \\ mourut àGoa, en 1616.

2. W ajoute que cet ouvrage, intitulé Parnasse de Luiz de Camoens^ lui (ùt volé ; mais on croit généralement que ce manuscrit, auquel Camoens traTaillait en même temps qu^à ses Lusiades^ était le recueil de ses rimas varias, qu*i1 aurait bien voulu publier à la même époque que son po0me.

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Luiz da Veyga, Duarte de Abreu, Antonio Sarraô et l'historien Diogo do Couto. Us lui offrirent de l'emmener avec eux, et déjà il s'apprêtait avec bonheur à quitter Sofala, lorsque Pedro Barreto exigea, conmie condition absolue de son départ, le remboursement d'une sonune de vingt mille reis ' , qu'il prétendait avoir dépensée pour lui en le transportant de Goa jusqu'en Afrique. Ses amis ne reculèrent pas devant ce sacrifice; ils firent entre eux une collecte et payèrent l'avare gouverneur : t A ce vil prix, dit Manoel de Faria, furent achetés la liberté de Camoens et l'honneur de Barreto. » Il eut enfin la faculté de prendre passage sur le SaïUa-Fé et arriva en vue de Lisbonne à'ia fin de l'année 1569.

Rentrée à Lisbonne. Pnblicatton des Lnsiades

Cette ville venait d'être en proie à toutes les horreurs de la peste ; depuis quatorze mois , soixante-dix mille personnes avaient succombé^, et, bien que le fléau commençât à se calmer, les plus grandes précautions étaient encore prises à l'égard des voyageurs. L'embouchure du Tage était fermée, la quarantaine, que dut subir le Sanla-Féj dura plusieurs mois, et, pendant ce temps, Camoens eut la douleur de voir mourir auprès de lui son plus fidèle ami , Heitor da Sylveira. Ce ne fut qu'en juin 1 370 qu'il lui fut permis de ren-

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