AlluBion aux mines de fer exploitées dans ces provinces
3. Ici a été retranchée une stance qui figurait dans le manuscrit dont nous avons parlé plus haut. Aux divers peuples qui formatent l'armée castillane, le poêle avait joint les Aragonais et les Catalans : « La noble cité qui s'honore d'avoir eu pour Tondateurs les Scipion; toutes les villes, tous les peuples de TAragon se précipitent sous les enseignes de Mars. L'illustre Barcelone fournit à la cause commune rèlite de ses guerriers : t'Rspagne entière est en marche contre la faible Lusitanie. > Mais Camoens reconnut qu'il avait commis un anachro' nisme , la Catalogne et l'Aragon n'appartenant pas alors au roi de Castille.
402 LES LUSIADES. CH. IV (St. 14«18).
« trie, et comme Pierre, s'il le faut, ils renieront leur <c Dieu.
« Nuno Alvarès se lève. La frayeur qui s'est commu- « niquée au cœur de ses frères, n'a point pénétré dans « le sien. Indigné de leur faiblesse, la main sur son épée « et bravant la terre, la mer et le monde entier, il gourde mande, avec rudesse, les volontés flottantes et les « perfides incertitudes.
« Quoi donc! s'écrie-t-il, des Portugais refuseront ce leurs bras à la patrie ! Quoi ! du sein de cette patrie a si renommée dans les batailles, il sera sorti des ence fants assez lâches pour l'abandonner au moment du « péril, pour démentir la fidélité, le dévouement, les « vertus guerrières des Portugais, pour consentir àTas- « servissement de leur pays !
« Eh quoi! n'êtes -vous plus les descendants de « ces guerriers qui, sous la bannière du fils de Henri, u surent triompher de ces fiers Castillans, enlever tant de « drapeaux, enfoncer tant de bataillons et ramener, « avec d'immenses dépouilles, leurs commandants charce gés de fers* !
« Les dernières victoires de Denis et d'Alphonse sont- « elles si loin de nous, que vous en ayez déjà perdu le « souvenir? Cet ennemi, dont le seul aspect vous épou- « vante et vous glace, n'est-il pas le même que battaient « vos aïeux ? Ah ! si la mollesse de Fernand endormit « votre valeur, réveillez-vous sous un roi plein de cou- « rage. Il ne faut qu'un roi pour changer un peuple.
« Et ce roi, vous l'avez; il est votre ouvrage. Montrez « un cœur aussi grand que le sien ; et vous serez in vin - « cibles, et vous verrez fuir encore devant vous l'ennemi « qui fuyait devant vos pères. Mais si ma voix ne peut « vous émouvoir, si la terreur vous enchaîne, restez,
] . SoaTenir de la bataille de Valdevèt.
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(( guerriers dégénérés, restez : j'irai^ moi seul, jlrai « combattre l'étranger.
« Moi seul avec mes vassaux et cette épée (son arme « à demi-nue étincela dans sa main), je défendrai d'une « injuste agression notre commune indépendance. Je « soutiendrai rhonneur du nom portugais, je vengerai « le prince et la patrie, je saurai vaincre enfin Tennemi « qui se présente et quiconque oserait trahir la cause de « mon roi.
« Tel, dans les murs de Ganusium', se montra le jeune « Scipion au milieu des soldats romains échappés au « vainqueur de Cannes. Ils allaient céder à la fortune « d'Annibal, quand Scipion releva leur courage, et les « fit jurer sur son épée de ne quitter les armes qu'avec « la vie.
1. Racine, {Iphigénîe^ acte 1, scène II) met ces paroles Ûëres dans la Jïoache d'Achille :
Et quand moi seul eaGu il faudrait l'assiéger, Patrocle et moi, seigneur, nous irions vous Tcnger.
Au IX« chant de l'Iliade, quand Agamemnon conBcilIc aux Grecs d'abandonner le siège de Troie, Dioioède lui répond que le chemin lui est ouvert, qu'il peut se retirer, et il ajoute : « Si les Grecs s'enfuient, eux aussi, vers la douce terre de la patrie, nous deux. Slhenclus et moi, combattrons jusqu'à ce que nous ayons trouvé le dernier jour d*lIion. »
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{Iliade, IX, t. 46.49.)
9. Ganusium, aujourd'hui Ganosa, fondée, dit- on, parDiomède, fut une des villes importantes de l'ItaUe ancienne. — Après la bataille , de Gannes, Scipion s'était réfugié à Ganusium avec lea débris d'une légion, dans laquelle il n'était alors que simple tribun. Ges légionnaires découragés avaient formé le dessein de s'embarquer et d'abandonner l'Italie. Scipion indigné de leur faiblesse, alla droit à la maison où ils étaient rassemblés, et, l'épée à la main : « Je jure, dit-il, sur cette épée, de n'abandonner jamais la république, et de ne pas souffrir qu'aucun de ses défenseurs l'abandonne. « Entraînés par son exemple, tous répétèrent le même serment.
404 LES LUS1ADES. CH. IV (St. 3t-2S).
« Tel Alvarès, par ses derniers accents, a ranimé dans « tous les cœurs Tamour de la liberté et Tardeur des <c combats. Les guerriers s'élancent sur leurs coursiers, « ils brandissent leurs javelots, et courent en criant « d'une voix triomphante : Vive dora Jean I Vive le « libérateur du Portugal !
« A cette clameur guerrière, la patrie a tressailli d'es- « pérance et de joie. On s'agite, on s'empresse, on repolit (( les armes que la rouille a noircies dans les loisirs de « la paix. Les casques sont préparés; les cuirasses, « éprouvées. Chacun prend l'armure convenable à son « rang. Les preux ont revêtu l'habit de guerre : il est « orné de mille devises, emblèmes de leurs amours.
« Abrantès voit accourir cette brillante milice : Abran- « tes* où le dieu du Tage épanche à grands flots ses « liquides trésors. L'avant-garde est guidée par un héros « qui méritait de conduire les formidables armées dont « Xerxès couvrit jadis THellespont, par Nuno Alvarès, « le fléau de la Gastille, comme Attila le fut autrefois de u la Gaule et de l'Italie.
« L'aile droite est sous les ordres de Vasconcellos. « Consommé dans l'art de la guerre, chéri du soldat, « il saura le conduire à la victoire. L'aile gauche obéit à « Vasquez d'Almada : le titre de comte d'Avranchezsera « le prix de sa valeur. A l 'arrière-garde se déploie l'é- « tendard royal avec ses tours et ses cinq écussons. Il préce cède le roi Jean, dont les exploits seront enviés du « dieu Mars.
« Sur les remparts* d'Abrantès se montraient, agitées M de crainte et d'espoir, les mères, les sœurs, les épouses,
1. A 110 kilomètres, N.-E. de Lisbonne, sur la rive droite du Tage, Abrantès est une ville qui compte actuellement 5,000 habitants. C'est une position importante, considérée comme un des boulevards» du royaume. Pendant Texpèdilion des Français en Portugal, le général Junot reçut de Napoléon le titre de duc d'Abranlès.
2. C'est ainsi que, dans PUiade, Hélène, au milieu d*an grand
LES LUSIÂDES. CH. IV (St. 2C-27). 405
« les amantes, levant les mains vers le ciel et s'engageant « aux jeûnes et aux pèlerinages pour le succès des guer- « riers. Maisdéjàrarméeportugaiseaparu dans les plaines « d*Aljubarota' ; les cohortes ennemies poussent un cri « formidable. De part et d'autre, on attend avec anxiété *i le sort de la bataille.
« Les trompettes, les fifres, les tambours se répondent a d'une armée à l'autre. Les bannières aux mille coui< leurs flottent dans les airs. C'était Tardente saison où « les granges du laboureur se remplissent des trésors de « Gérés, où la brillante liqueur de Bacchus inonde et a rougit nos pressoirs ; le soleil entrait dans le signe « d'Astrée.
« La trompette castillane donne le signal et porte au « loin répouvante et l'horreur. Les sommets de l'Artabre' « l'entendirent; la Guadiana, leDouro, later^eT^ansla- (< gane, en furent émus ; le Tage hésita dans son cours « vers l'Océan: et les mères alarmées pressèrent leurs en- <( fants contre leur sein '.
nombre de Troyennes, assiste, du haut de la tour, au combat de P&ris et de Ménélas :
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