Voir noUce htsloriquei p
3. Voir le règne d'Edouard, notice historique, p. 193 etsuiv.
LES LUSIADES. CH. IV (St. 5?-56). 4i3
« Un règne plus fortuné suivît le règne d'Edouard. « Sous le sceptre d'Alphonse s la Lusitanie releva son « front humilié ; Teffroi rentra dans le cœur des Barce bares. Heureux ce prince , si Tambition ne l 'eût entraîné « dans ribérie ! Mais si les campagnes de Toro* furent « témoins de ses revers, les bords africains ne connurent « que ses victoires.
« Rival d'Alcide, il sut joindre à ses lauriers les « pommes d'or des Hespérides*. Les Maures n'ont point « secoué le joug que leur imposa la main d'Alphonse; il « porte encore sur le front les palmes qu'il moissonna « sous les murs d'Alcacer, de Tanger et d'Arzilla.
« C'est en vain que l'Afrique entière était accourue au « secours de ces fières cités ; leurs impénétrables rem- « parts tombèrent devant lui. Jamais les guerriers de la « l^usitanie n'avaient montré plus d'audace et d'intrépi- « dite ; jamais le nom portugais n'avait brillé de plus « d'éclat. Gomment ces jours de gloire se changèrent-ils « en jours de deuil?
« La Gastille et l'Aragon florissaient sous un sceptre « commun. Alphonse a vu d'un œil jaloux la puissance « de Ferdinand. Enivré par la victoire, il marche contre « lui. L'Espagnol appelle aux armes les différents « peuples qui lui obéissent depuis les rivages de Cadix « jusqu'aux cimes des Pyrénées.
« Le fils d'Alphonse rougirait d'être oisif quand son « père va combattre. Il s'élance sur ses traces et court « le soutenir au jour de la bataille. Les étendards des « deux nations flottent dans les plaines de Toro. Une
1. Voir le règDe d'Alphonse V, notice historique, p. 197 et suif.
2. La ville de Toro, située sur la rive droite du Duero, est à Textrëmité méridionale d'une immense plaine limitée par le cours de ce fleuve et que les anciens ont nommé les Cnmpos de Toro,
3. On place généralement le jardin des Hespérides, avec ses[>ommef d'or, dans la Mauritanie, au pied de l'Atlas.
4i( LES LUSIADES. GH. IV (St. 57-61).
« lutte ardente s'engage. La victoire, longtemps incer- « taine, abandonne les drapeaux d'Alphonse el reste « fidèle à son fils.
« Le jeune héros ensanglante le triomphe des Castil- « lans, arrête leur impîâtuosité, soutient, un jour entier, « leurs efforts, et couvre l'honneur de son père. Tel, aux « plaines de Philippes, on vit Antoine victorieux sauver u Octave vaincu, dans cette grande journée où leurs « armes réunies vengèrent la mort de César.
« Lorsque Alphonse eut fermé les yeux à la lumière c( pour ne les rouvrir que dans les cieux, le sceptre passa « dans les mains de Jean second ^ le treizième de nos « rois. Son règne vit éclore une entreprise audacieuse, « inouie, et qui semblait au-dessus des forces de l'homme. «. Le roi Jean résolut de pénétrer jusqu'au berceau de « l'Aurore, jusqu'à ces régions où j'aspire moi-même.
« Animés de son esprit, dépositaires de ses pensées, « d'intrépides voyageurs traversent l'Espagne, la France « et l'Italie. Ils s'embarquent au port de Parthénope, de « cette grande cité que les Destins ont fait passer sous « tant de jougs diff<érents pour la relever enfin sous le « glorieux empire de l'Espagne.
« La mer de Sicile les porte rapidement vers les plages « sablonneuses de Rhodes. Bientôt ils parviennent aux « rivages qui furent témoins de la mort de Pompée. Ils « visitent la nouvelle Memphis et les plaines que fé- « coudent les eaux du Nil, les campagnes désertes où gît (c Thèbes aux cent portes, et l'Ethiopie qui garde encore « la loi du Christ.
« Ils franchissent les ondes sacrées qui s'ouvrirent « jadis sous les pas d'un peuple aimé du ciel. Derrière a eux fuient les monts Nabathéens qui rappellent le nom « d'un fils d'ismaël ; les rivages que la mère d'Adonis
1. Voir le règne de Jean II, notice historique, p. 208 etsuiv.
LES LUSIADES. CH. IV (St. 62-65). 415
« embauma de ses parfums S les champs de TArabie « Heureuse, et les deux autres Arables avec leurs rochers « et leurs brûlants déserts.
« Un détroit qui semble avoir conservé le souvenir de « Tantique Babel *, les conduit dans ce golfe où, fiers « d'une illustre origine, le Tigre et TEuphrate réunissent c( leurs ondes. Puis se confiant à cette mer que Trajan « n*osa franchir, ils s'avancent vers les bords de Tlndus, « bords fameux qui fourniront un jour à Thistoire ses « plus admirables récits.
« Déjà les peuples du Sind* et du Kerman^ avaient (( offert à leurs regards les mœurs, les usages variés qui « distinguent le monde oriental ; mais ce long et péni- « ble voyage ne leur promettait pas un retour facile. Ils « moururent sur une terre lointaine, les yeux tournés « vers cette douce patrie qu'ils appelaient en vain •.
« Heureux Emmanuel ! C'est à ton génie, c'est à tes « vertus héroïques que le ciel réservait la découverte « de rOrient. Héritier de la couronne et des grandes « pensées du roi Jean, Emmanuel se vit à peine sur le a trône qu'il projeta la conquête des mers.
« Ce glorieux dessein, si conforme à la noble ambi-
1 . Myrrha, fille de Ci nyras, roi de Chypre, après s^étre laissé entraîner par sa passion incestueuse, alla cacher sa honte dans les forêts de TArabie. Ovide qui raconte, au X* livre des Métamorphoses^ son crime et son désespoir, dit comment elle Fut changée en arbre, et il ajoute : Flet lamen, elle pleure encore : ce sont ses larmes qui nous donnent le parfum qui porte son nom, la myrrhe.
3. Il n*y a aucun rapport entre la tour de Babel et le détroit de Bab-el-Mandeb (porte des larmes) : simple rapprochement de mots.
3. Le Sind ou Sindh est T Indus des anciens, un des deux grands fleuves de l'Inde. Son cours a plus de sis cents lieues.
4. Le Kerman, Carmania, est une province d*Asie, dans la région persique, et dont les villes principales sont Kerman et Ormux.
5. C^est ainsi-que, dans Virgile, Antor meurt en Italie, loin d*Ar* gos, sa patrie,
Gœlamqae
Aspicit, et dolces morieof reminiicitur Argot.
(Énéidet X, t. 78S.)
416 L£8 LUSTADE8. CH. IV (St. 66-70).
tt tiou de ses aïeux, le poursuivait jusque dans les bras « du sommeil. Une nuit... c'était Theure où les étoiles « s'effacent aux approches de l'aurore, où Tair plus pur <( et rafraîchi par l'absence des feux du jour, invite les « mortels au repos ^
« Étendu sur sa couche dorée, dans ce calme profond « où l'esprit se dégage de l'obscurité des sens, le prince « repassait dans son âme ses royales obligations et ses « devoirs héréditaires. Le sommeil descendit sur ses yeux « sans interrompre le cours de ses pensées, et bientôt « de prophétiques images se déployèrent devant lui.
« Sur l'aile d'un songe, il planait dans les deux. Ses « regards plongaient sur des mondes inconnus, sur de « grands empires encore ignorés. Non loin des lieux où « naît l'aurore ,^il voit jaillir d'une longue chaîne de « monts deux sources vives et fécondes. Elles sem- « blaient dans le lointain se rapprocher et s'unir.
« Des oiseaux farouches, de féroces quadrupèdes c< habitaient seuls ces montagnes incultes. D'impéné- « trahies forêts en écartaient les pas des humains. L'as- « péri té de ces lieux solitaires faisait assez connaître que, « depuis le crime d'Adam, Je pied de l'homme ne les « avait jamais foulés.
« Emmanuel voit sortir du sein des eaux et s'achemi- « ner vers lui deux vieillards d'un aspect vénérable, « mais un peu sauvage. Ils marchaient à grands pas. « De l'extrémité de leurs cheveux l'eau coulait par « torrents; leur corps en était inondé. Ils avaient le teint « basané, la barbe limoneuse, longue et touffue.
« Leur tète était couronnée de rameaux * étrangers,