‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 17 sur 240 · ChroDiqae de Sfto Domingos, VI · texte numérisé non relu

ChroDiqae de Sfto Domingos, VI

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trer à Lisbonne : îl y avait plus de dix-sept ans qu'il en était sorti.

Mais que de changements, depuis son départ, avaient eu lieu dans sa ville natale I et que de tristes pressentiments durent assaillir son cœur patriote, lorsqu'il se rendit compte du gouvernement de son pays.

Le roi Joao III était mort * depuis treize ans déjà, laissant la régence à sa veuve dona Catharina. Cette reine, qui accomplit tout ce qu'un esprit droit et ferme pouvait faire dans l'intérêt des peuples, avait confié l'éducation du jeune prince à l'intègre Aleixo de Menezès, et tous deux s'étaient efiorcés de faire de lui un des rois les meilleurs et les plus instruits. Mais ils avaient senti une influence secrète miner peu à peu leurs travaux : Luiz Gonçalves da Camara, de Tordre des jésuites, confesseur du prince, et son frère, Martim, également jésuite, avaient pris sur lui un pouvoir absolu ; non contents de lui inspirer la profonde piété de ses

1. Le 11 Juillet 1&57, à Tàge de cinquante- cinq ans. Sans s'être fiiit remarquer par aucune grande action personnelle, il s'était attiré Tamour de son peuple, qui le regretta beaucoup, et Camoens, dont il n'avait Jamais encouragé le génie, composa en son honneur une magnifique épilaphe : « Qui git dans ce grand sépulcre ? Quel est celui que nous rappellent les signes illustres de ce massif bouclier P — Rien 1 car c*çst à cela qu'arrive toute chose ; mais ce fût autrefois un être qui eut tout et qui pouvait tout.

« 11 fut roi, et fit tout re qu'un roi doit faire ; il fit avec un soin égal la paix et la guerre. Que la terre lui soit aussi légère maintenant que son bras (ùt autrefois pesant au Maure grossier !

c Est-ce Alexandre ? — Nul ne s'y trompe : on estime plus ceux qui savent conserver que ceux qui n'ont voulu que conquérir. — Serait-ce Hadrien, ce puissant maître du monde? —

« 11 observa mieux les lois d'en haut. — C'est donc Numa? — Non : c'est Jo&o 111 de Portugal, et jamais il n*aura de second. »

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ancêtres^ ils avaient exalté son âme jusqu'à Tintolérance la plus ardente ; ils lui avaient fait accorder par le pape le titre de roi très-obéissani, dont il se montrait très-fier, et ils avaient obtenu de lui rengagement de ne jamais se marier, ne craignant pas de livrer plus tard le royaume aux luttes intestines de plusieurs prétendants. Dès 1S62, la vertueuse dona Catharina , dégoûtée du pouvoir par leurs ténébreuses intrigues , avait abdiqué la régence , et , six années après', dom Sébastien, devenu roi à Tâge de quatorze ans, ne s'était hâté de s'emparer du gouvernement que pour le laisser entre les mains de ses deux courtisans.

Ainsi Camoens retrouvait son pays attristé par tous les deuils domestiques qu*avait causés la peste, alarmé surtout par la prévision des malheurs publics dont un avenir prochain semblait le menacer. Les jésuites faisaient invasion de tous côtés; l'inquisition, avec ses déplorables effets, s'étendait chaque jour davantage. Le jeune roi qui , par son intelligence naturelle et son activité , aurait rendu les plus grands services, s'il avait été bien dirigé, n'était entretenu que dans des idées mystiques et ne rêvait que croisades, expéditions colossales en Afrique, alors que l'empire d'Orient s'affaissait sensiblement et aurait eu besoin , pour se soutenir, de toutes les forces disponibles du Portugal.

En vain le noble évêque Hieronymo Osorio faisait

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