‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 18 sur 240 · Janvier · texte numérisé non relu

Janvier

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entendre sa voix austère. « Depuis quand , s*écriai1ril , une religion d'amour est-elle devenue une religion de glaives ?» Il écrivait aux deux frères da Camara , faisait à leur conscience un appel énergique : a Vous vous êtes rendus y leur disait-il, ainsi que la personne d'un jeune roi naturellement aimable y les êtres les plus abhorrés qu'il y eut jamais en Portugal avant et depuis dom Pedro le Cruel, et les Portugais jurent qu'ils préféreraient être gouvernés par deux Turcs. Nul malheur plus grand ne devait atteindre ce royaume , ni la propre personne du roi !.. . » Et il s'adressait au roi lui-même pour appeler son attention sur les misères de son peuple : « Les hommes prudents disent que l'office d'un bon roi consiste plus dans l'art de défendre les siens que dans la hardiesse d'attaquer l'ennemi; et c'est une vérité si reconnue, que les princes qui se sont illustrés dans les batailles n'ont rien gagné durant les luttes, s'il n'en est résulté aucune sécurité pour leurs vassaux. Or, beaucoup de gens se lamentent sur ce point, parce qu'ils voient que la guerre présente ne se fait pas aux Maures , mais qu'elle se fait aux Portugais, sans que Votre Altesse le sachet »

Dans ces circonstances , Camoens , qui avait besoin de protecteurs pour obtenir, au moment de la publica* tion des Lusiades^ la récompense méritée par. son grand et admirable travail, n'aurait eu que quelques sonnets à adresser aux frères da Camara pour devenir

1. Cartas Portuguesai de D, Hienmfftno Oiorio, (Paris, 18 19).

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immédiatement mi poète de cour, chalem*eusement appuyé. Mais , comme toujours , il ne considéra que rintérét de sa patrie. Non content de ne pas flatter les 'puissants du jour, il s'éleva contre la funeste influence exercée par eux sur Tesprit de dem Sébastien , et le poète joignit la voix mélodieuse de ses vers à la parole véhémente du vénérable prélat. Ce fut en 1571 qu'il récrivit tout le X* chant de son poème, et qu'il ajouta à l'adresse du roi cet épilogue, dans lequel , après avoir dépeint le morne silence qui, comme un voile de tristesse, s'étendait sur le pays tout entier, il implore la bonté du prince pour son peuple opprimé , il ose conjurer de laisser les prêtres dans leurs temples et de ne pas leur confier la direction de l'État.

« C'est assez, muse, c'est assez. Ma lyre n'a plus d'accords, ma voix n'a plus d'accents. Et pour qui chanterai-je encore? La patrie ne m'entend plus. Un voile de tristesse a couvert son noble front. Insensible aux charmes des arts, morne et silencieuse, l'amour de l'or est la seule passion qui lui reste.

ce Quelle maligne influence nous a donc ravi, dans les jours de la paix, cet air serein qui ne nous abandonne jamais au milieu des fatigues de la guerre ? Dis-moi pourtant, toi que les décrets du ciel ont placé sur le trône , dis-moi s'il est un peuple qui, plus que le tien,

ait le droit d'aspirer à tous les genres de gloire et de

bonheur

. « Que ta bonté soit le prix des efforts de tes sujets ;

qu'elle tempère la rigueur des lois qui les enchaînent :

c'est la bonté qui consacre les rois. Que nos vieux

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guerriers puissent te voir, te parler et t'entendre. Ils ont blanchi dans le métier des armes : eux seuls pourront t'indiquer le temps, les lieux et les moyens favorables au succès de tes desseins.

(( Récompense tous les services, encourage tous les talents ; mais que chacun de tes sujets se renferme dans les vertus de son état. Que les enfants du cloître prient pour la prospérité de ton règne; que leurs saintes austérités expient les péchés du peuple. Le vrai ministre du ciel n'aspire point aux grandeurs humaines : l'or, la gloire et ses prestiges , tout est vil à ses yeux

« Et qui suis-je , moi-même , pour oser te parler ainsi? moi, le plus obscur de tes sujets; moi, qui n'attirai jamais ni tes regards, ni ta pensée I 0 mon roi! pardonne à mon audace »

Dans le VHP chant , il avait déjà exprimé la même pensée sur l'inconvénient d'appeler les prêtres dans les conseils des rois :

« 0 vous que la Providence a chargés du soin de gouverner les peuples , armez-vous de prudence et de sévérité dans le choix des hommes que vous appelez à vos conseils. C'est par eux que la vérité doit parvenir jusqu'à vous. Que des mœurs pures, qu'une vie sans tache vous répondent de leur fidélité.

« Mais gardez-vous d'un autre écueil. L'humble vertu des anachorètes ne doit pas être la vertu de vos ministres. De grandes vues, un grand caractère doi-. vent s'unir en eux à la probité scrupuleuse. Et si le génie lui-même , éclairé par l'expérience , s'est égaré

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