‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 178 sur 240 · LES LUSIADES. GH. VI (SU · texte numérisé non relu

LES LUSIADES. GH. VI (SU

« Que Texemple de vos compatriotes vous excite et vous a enflamme. Admirez avec moi les douze chevaliers « dont TAngleterre elle-même estima la valeur.

« Jean I" n'avait plus d'ennemis à combattre. Les (( Castillans respectaient sa puissance, et le monde « honorait ses vertus. Ses guerriers reposaient sur des u trophées, quand la nébuleuse Albion vit éclater une « querelle qui devint pour la Lusitanie une nouvelle « source de gloire.

« Un grand débat s'était élevé entre les jeunes sei- « gneurs et les jeunes beautés de la cour d'Angleterre. « La discorde secoua sur eux son flambeau ; et les no- « blés chevaliers, avec cette arrogance si familière aux « hommes de* cour, exhalèrent leur courroux en paro- « les outrageantes contre l'honneur des dames.

« Et si quelqu'un ose nous démentir, avaient-ils « ajouté, qu'il paraisse : nous le combattrons en rase « campagne, en champ clos, l'épée ou la lance à la (( main. A ce langage insultant, à ces menaces, que pou- « vait opposer un sexe faible et timide? Les dames a n'avaient pour défense que leur douleur et leurs larmes.

« Leurs parents, leurs amis, n'osent entreprendre de « les venger, tant les offenseurs sont puissants dans le « royaume! L'amour lui-même, l'amour méconnaît la « voix de l'honneur. Au désespoir, elles courent implo- « rer le duc de Lan castre. Les pleurs dont leur visage u est inondé semblaient devoir intéresser à leur cause « et les mortels et les dieux.

« Lancastre est né sur les marches du trône. Grand a par sa naissance, plus grand par son courage, il avait « naguère, avec le secours des Portugais, disputé le « royaume de Cas tille au successeur de Transtamare. « D'autres liens encore l'attachaient aux guerriers iu « Tage : leur belle souveraine, l'épouse du roi Jean, « devait le jour à Lancastre*

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<( 11 ne pouvait, sans provoquer une guerre intestine, (c s'armer lui-même en faveur des dames; mais il leur « dit : quand j'osai prétendre à la couronne dlbérie, je « vis, je connus les Portugais. Modèles de courage, ado- « rateurs de la beauté, ils ne balanceront point à vous « offrir leurs épées et leurs bras.

« Belles offensées, dites un mot, et vous les verrez « accourir. Que vos plaintives épîtres les instruisent de « l'injure qui vous afflige. Qu'elles soient dictées par la a réserve, mais que la grâce y domine. Parlez à leur « cœur, intéressez leur gloire, et comptez sur d'héroï- « ques défenseurs.

« Elles étaient douze. Un nombre égal de chevaliers « leur est indiqué par le prince, et le sort assigne à « chacune d'elles le guerrier qui doit la défendre. Elles « écrivent chacune à son héros, et toutes ensemble au M roi Jean. Un message de Lancastre accompagne leurs « messages.

« Ils sont partis; le zéphyr les porte à Lisbonne. Leur « arrivée excite à la cour une agitation générale. Jean , « l'invincible Jean , serait le premier à voler à la dé- (( fense de la beauté ; mais la majesté du trône enchaîne « sa valeur. Chacun des courtisans brûle de s'associer à « la noble aventure : cet honneur n'appartient qu'aux « guerriers que Lancastre a choisis.

« Dans la cité fidèle où l'antique Lusitanie a pris le « nom de Portugal *, un léger navire attend les cheva- « liers. Ils disposent à l'envi les armes brillantes, les « chevaux de bataille, l'habit de guerre, les casques, les « cimiers, les devises d'amour et les armoiries aux mille « couleurs.

« Déjà le monarque a reçu leurs adieux. Déjà leur « nef légère est prête à les porter aux bords de la Ta-

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