‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 183 sur 240 · Una Eurusque Notusque ruunt, creberque procellis · texte numérisé non relu

Una Eurusque Notusque ruunt, creberque procellis

Africus,

Insequitur clamorque virûm slridorque rudeotum.

(Vir?., Enéide, I. v. 85-87.)

3. Jamque labant cunei, spoliataque tegmine cens Rima patet, prœbelque viam letalibus undis.

(Ov.,ir(fram.,Xl, v. 514-515.)

474 LES LUSIADBS. GH. VI (Si. 76-79).

mêmes cris s'y faisaient entendre; la même terreur y régnait.

L*onde en furie les soulève au-dessus des nuages ou les ramène aux portes des enfers ^. Borée, Notus, Auster, Aquilon, semblaient avoir conspiré la ruine du monde. Cette nuit ténébreuse, effroyable, ne s'éclairait que des sillons de la foudre qui, par intervalles, embrasait la mer et les cieux'.

Sur la cime des rochers, les alcyons élevèrent leur chant plaintif. Ils se rappelaient une antique infortune causée^ par la fureur des ondes. Les dauphins, amis de rhomme, se sont réfugiés dans les grottes profondes de rOcéan, où les poursuivent encore et les vents et les flots.

Lemnos, où Yulcain forgea la brillante armure du fils d'Anchise et de Vénus, Lemnos et ses noirs arsenaux fournirent contre les Titans des foudres moins terribles; le maître du tonnerre annonça par moins d'éclairs et de feux le déluge immense qui n'épargna que Deucalion et Pyrrha.

Que de rochers battus, entraînés par les vagues*! Que

1 • Ipsa quoque his agitur vicibus Trachinia puppts : Et modo sublimis, veluti de vertice montis, Ddspicere in valles imumque Acheronla videlur: NuDC, ubi demissam curvum circumstetit œquor, Suspicere inrerno summum de gurgite cœ'am.

(Ov.. Métam., XI, v. 502-505.)

2. Ëripiunl subito nubes cœlumque diemque Teucrorum ex oculis ; ponto nox incubât atra. Intonuere poli, et crebris micat ignibus aelher.

(Virg., Enéide, I, v. 88-90.)

3. Géyx ayant péri dans la tempête, Alcyone se jeta à la mer el Téthys les changea en alcyons. Maintenant les alcyons, qui voient la flotte de Gama en danger, se rappellent cette antique infortune et font entendre leur chant plaintif.

4. Molibus incurrens validis cum viribus amnis, Dat sonitu magno slragem, volvitque sub undis Grandia saxa, ruit qua quidquid fluctibus obstat.

(Lucrèce, 1, v. 288-290.)

LES LUSIA0E8. CH. VI (St. 80-83). 475

d'arbres antiques arrachés par les vents ! Les profondes racines s'étonnèrent de voir le jour ; le sable bouillonnant s'étonna démonter^ en tourbillons jusqu'à la surface des eaux.

Gama périssait au moment de voir s'accomplir le plus cher, le plus ardent de ses vœux. Tour à tour précipité dans l'abtmeou reporté jusqu'aux cieux, glacé de terreur, sans espoir de secours, ne voyant autour de lui que des bras impuissants, il invoque le bras divin qui seul peut l'arracher au trépas '.

« Céleste Providence qui gouvernes les cieux, la terré « et l'onde, 6 toi qui sauvas jadis Israël au sein du <c golfe Erythrée, et l'apôtre des nations au milieu des « syrtes sablonneuses ; toi qui, dans le grand naufrage a où périt une race coupable, daignas épargner la « famille de ce juste qui devait être le second père ded « humains :

« 0 mon Dieu! n aurions-nous donc franchi tant « d'écueils que pour en trouver ici de plus terribles « encore ? Ne nous aurais-tu délivrés de tant de périls « que pour nous abandonner au terme de nos travaux ? « N'est-ce pas pour toi, pour ta gloire, que nous avons « entrepris ce long et pénible voyage ?

« Ah ! trop heureux nos frères qui, dans les champs

1 Quum fulvas ex imo verrit arenas.

(Ov., Métam., XI, v. 499.) 2. Extemplo iEneœ solvunlur Trigore menibra; Ingemit, et dupUces lendens ad aidera palma»,

Talia vocerefert:

(Virg., ÉHéidel, V. 92-94.)

Homère, dans les mêmes circonstances, peint Ulysse de la même façon : <c Alors, dit-il, les genoux et le cœur manquèrent à Ulysse : il soupira et dit en son cceur magnanime »

KolX TOT* Ô^ao^oç XÛTO ^o6v«Ta xat çi>ovi^TOp* àx^fntç ^' àpa elirt irpôç dv pj^oXiiTOpa Oujxtfv.

{OdjfSiée, V, ▼. 297-298).

476 LB8 LUSIADRS. CU. VI (St. 84-85).

« de la Mauritanie, sont tombés sous la lance africaine. « Ils sont morts pour la défense de la foi. Leurs exploits « ne resteront pas ignorés. En perdant la vie, ils « gagnaient une éternelle renommée : la mort dut leur « paraître douce à ce prix^ »

Ainsi parlait le héros ; et les vents continuaient de mugir; des sifflements aigus retentissaient dans les cordages; de sinistres éclairs sillonnaient les nues. On eût dit, au fracas de la foudre, que les deux tombaient* de leur axe, et que les éléments en guerre ramenaient le chaos.

Mais Tétoile du matin commence à rayonner à Textrémité de Thorizon. Brillant avant-coureur du jour, elle

1. CeUo derDière plainte de Gama reMemble tout à fait à eelle d'UljsM. n Trois et quatre fois heureux les Greca qui ont péri naguère dans la vaste Troie pour faire plaisir aux Alridesl Que ne snis-Je mort, que n*ai -Je accompli ma destinée, le Jour où les Troyens firent pleuvoir en foule !>jr moi leurs traits garnis d*airain, autour du eorps inanimé d'Achille! J'aurais obtenu de belles funérailles, le« Grecs auraient célébré ma gloire, tandis qu*aiijourd*hui ma destinée est de succomber à une mort dé|ilorable. »

Tpi; {A%Kapic Aavfliot, x«i rirpoucif, di t&t'5Xov70

«•« ^vi ^fM^* ^viXov 6TwEitv xat iroTpiov Imairûv îlfiiTt Tû , Sri pio*. irXit<rrci ^xXx'npta ^cûpa Tout; iviphn^M «toi OviXiiMvt Oavôvri.

7w X iXaxcv XTtpiMV , xftt |xiu xXtcc Vr^cv Ax^toi * vûv ^t pj Xtu^oXécA 6«yâTM itiMipTO àXûvai.

{Odys$é€, V» V. 306 31S.)

Ènée exprime aussi la même pensée :

0 terque quaterque beati,

Quif aote ora patrum, Trojor »ab mœuibus altis, Gontig:ît oppetere I 6 Danaûm fortissime gentis Tydide, meoe liiacis occumbere campis Non potuisse. tuaque aoimam hanc eÂTuadere dextra» Sstus ul-i JEacida; teio jacet Hector, ubi ingens SarpedoD, abi tôt Sîinois correpta sub uiidis Scuta virûm galeasque et fortia corpora volvil !

(Virg., Enéide, i, v. 9i-i01.)

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