‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 185 sur 240 · Collectaaque Tugai uubes, solemque reducil · texte numérisé non relu

Collectaaque Tugai uubes, solemque reducil

(Vlrg., Enéide, I, v. 113.)

2. Dans V Enéide, Neptune, lonquMl voit la mer bouleversée et les Troyens en péril, reconnaît aussi les complots et les fureurs de

Junon :

Difjeetani £neae toto TÎdet squore claaseiD, Fluctibuf oppressot Trots cœliqae ruina.

Nec latneredoli fratrem Junouiset ira.

(Yirg., Enéide, I, t. 128-130.)

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les flots. Qu'il te suffise d'avoir troublé le cœur de Galathée. » Ces mots font tressaillir Notus. Depuis longtemps il aimait la tendre Néréide , mais il Taimait sans espoir de retour. Étonné de son bonheur, il oublie et Neptune et les ordres d*Éole, et, fier d'obéir à la beauté qu'il adore, il se calme soudain.

Gomme Orithye, comme Galatée, les autres nymphes ont désarmé les fougueux Autans. Tous viennent se livrer entre les mains de Gythérée. Un pacte heureux, garanti par un serment solennel, rétablit la paix entre eux et la déesse. Vénus protégera les enfants d'Éole ; et les enfants d'Éole respecteront les favoris de Vénus.

Déjà le soleil naissant éclairait les collines qui entendent murmurer à leur pied les eaux du Gange. Le calme régnait sur les flots, et la joie dans les cœurs, quand, de la cime du grand mât, les nochers aperçurent la terre qui s'élevait devant eux. « Amis, s'écrie le « pilote de Mélinde, si j'en crois mes yeux, c'est la terre « de Galicut. »

« Oui, c'est elle ; et si l'Inde est le terme de vos trace vaux, réjouissez- vous, vos travaux sont finis. » A ces paroles du pilote, à l'aspect du rivage, Gama ne peut retenir ses transports. Attendri, hors de lui-même, il fléchit le genou, lève les mains vers le ciel, et lui rend grâces de son bonheur.

Deux fois heureux, il apercevait enfin cette terre si longtemps désirée, et venait d'échapper aux horreurs d'un naufrage qui semblait inévitable. Ge double bienfait le remplit de reconnaissance et d'amour. Tel un homme, oppressé par un songe horrible, se réveille tout à coup et bénit la lumière.

Amants de la Gloire, voilà les terribles épreuves qu'elle vous donne à subir. Ce n'est point sur des lits dorés, sous les molles toisons de la Moscovie* ; ce n'est

1 . Le Tasse a imité heureusement tout ce passage dans le discours

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point à Tombre des lauriers transmis par de nobles ancêtres', que vous obtiendrez ses immortelles faveurs.

Elle fuit loin des banquets de Topulence, loin de ces frais bocages où s'égare la volupté si fatale aux âmes généreuses. Son regard tombe avec mépris sur les esclaves de la Fortune'. Elle les appellerait en vain. Énervés par la mollesse, ils ne sauraient briser les liens de fleurs qui les captivent.

Vous êtes grands par vos aïeux ; osez Têtre aussi par vous-mêmes «. 11 faut, pour plaire à l'immortelle, ceindre Tépée, supporter les veilles, braver les tempêtes, endurer, sans abri, les glaces du pôle et les feux de Téqua-

qu*il met dans la bouche du vieillard d^Ascalon, s'adressaot à Renaud : a. Seigneur, dit-il , ce n'est pas sous de n*atclies ombres, parmi les fontaines et les fleurs, au milieu des nymphes et des sirènes, mais sur les cimes montueuses et escarpées de la vertu que se trouve le bonheur. Pour y atteindre, il Taut braver les froidures et les soeorf, il faut déserter les plaisirs. Voudrais- tu donc, loin des glorieux sommets, ramper dans les vallons, aiele superbe?... La nature t'éleva le front vers le ciel et t*inspira de généreux élans, afln que, les yeux levés sur lui, tu puisses arriver par tes hauts Taits aux plus illustres destins... Lève la tête, ô mon Qls... et vois les exploits de tes ancêtres! » (XVII, st. 61, 62, G4.)

1. Les descendants de nobles aïeux ne peuvent, dit Salluste, prétendre à deux choses si opposées, aux douceurs de Toisiveté et aux récompenses de la vertu ! « Nœ illi falsi sunt, qui divorsissumas res pariter cxspcctant, ignaviœ voluptatem et prœmia virtulis ! » (Sali, jugurtha, ch. LXXXV. Discours de Marius.)

2. Vigilando, agendo, bene consulendo, prospéra omniacedunt: ubi socordise te atque ignaviae tradideris, nequicquam deos implores ; irati infestique sunt. (Salluste, Caf î/ina, chap. LU. Discours de Caton au Sénat )

3. Juvénal dit à Rubellius Plautus : « Si tu veux jouir d'une estime personnelle, montre -nous des vertus que nous puissions ajouter aux titres que nous donnons et donnerons toujours à ceux à qui tu dois tout. »

Ergo ut miremur te, non tua, primoin aliquid da, Qnod possim tituli» iocidere prster honores Quos illis damuf et dabimus, quibusoronia debes.

{Sat, VIII, ▼. 68-70.)

Et il ajoute en s*adressant à Ponllcus : a J'aurais regret, Ponticns, de te voir infatué de la gloire de tes ancêtres, au point de ne rien

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teur, et vivre du pain grossier que la faim dévore et que la fatigue assaisonne.

Sachez, au milieu des combats, garder un front serein en face du plomb meurtrier qui vole en sifflant dans les airs, et vient frapper à vos côtés le compagnon de vos exploits. Que peuvent, sur une âme ainsi préparée, les séductions de la richesse et de la grandeur? Grandeur, richesse ! vous êtes les présents du hasard * : mon héros ne doit rien qu'à la vertu *.

faire pour t^illustrer toi-même. Qu'il est triste de n^avoir pour appui que le mérite des autres! Les colonnes supprimées, TédiGce s'é-

eroule. t

Sed te censcri laude tuorum,

Poolice, Doiuerim sic, ut nibil ipse futurse Laadtt af^ai. ]tf iserum e%l aliorum incumbere ftmae* Ne cvUapsa ruant lubductis tecta columoit.

{Sat. VUI, T. 74-77.)

C*est ici le cas de rappeler la belle réponse que (It Iphicrate à uo descendant d'Harmodlus, qui, Qer de sa naissance, reprochait à ce grand homme la bassesi^e do la sienne : « Ma noblesse, lui répliqua- Uil, commence en moi; la vôtre unit en vous, n

1. « QuMmporlent les généalogies? s'écrie Juvénal ; c'e«t en Taio -qu*un vestibule m'offre de toutes parts d'anciennes efflgies ; la seule noblesse, c'est la vertu. »

Stemmata qnid faciaiil ?

Tota licet teteres eiorneot undique cerœ Atria, nubiliias tola e»t atque nnica virtut. {Sat. VIII, y. 1 ; 19 et 20.)

3. On peut rapprocher de ces deux belles stances les vers suivanU de Boileau :

On ne m'éblouit point d'une apparence vaine : La Tertu, d'un cœur noble est la marque certaine. Si vont êtes sorti de ces héros fameux , Montrez-nous cette ardeur qu'on vit briller en enx, Ce zèle pour l'honneur, cette horreur pour le rice. Bespectez-Tous les lois ? fuyez^Tous l'injustice? Savez-Yous pour la gloire oublier le repos, Et dormir en plein champ le haniais sur le dos ? Je TOUS connais pour noble à ces illustres marques. Alors soyez sorti des plus fameux monarques. Venez de mille aïeux ; et si ce n'est assez, Feuilletez à loisir tous les siècles passés ; Voyez de quel guerrier il vous plaît de descendre ; Choisissez de César, d'Achille ou d'Alexandre. En vain un faux censeur voudrait vous démentir, Et si vous n'en sortez, vous en devez sortir.

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C'est elle, c'est sa force divine qui l'élève au-dessus des vulgaires humains. 11 voit d'un œil tranquille s'agiter à ses pieds l'inquiète ambition ^ Heureux et libre, il n'aspire point aux dignités ; mais un prince ennemi des flatteurs, un gouvernement généreux saura bien l'arracher à son indépendance, et le porter aux honneurs qu'il ne demandait pas.

1 . Camoens disiiogue forl bien les timunis de la (jluhc et ceu& que possède une inquiète ambition. Massillon a établi cette distinction avec un grand bonheur d*ex pressions. « Je sais^ dit-il, qu'il y a une noble émulation qui mène à la gloire par le devoir:... c'est elle qui donne au\ empires des citoyens illustres, des ministres sages et laborieux, de vaillants généraux, des auteurs célèbre.^, des princes dignes des louanges de la postérité... Mais l'ambition, ce désir insatiable de s^élevur au-dessus et sur les ruines mêmes des autres, ce ver qui pique le cœur et ne le laisse jamais tranquille, cette passion qui est le grand ressort des intrigues et de toutes les agitations des cours, qui Torme les révolutions des États, et qui donne tous les jours à Tuniveni de nouveaux speclacles; cette passion qui ose tout, et à laquelle rien ne coûte, est un vice encore plus pernicieux aux empires que la pareirse môme, n (Sermon pour le pnmier dhnaudic de ccéme sur les tentations des grands, 3« partie.)

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