‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 186 sur 240 · CHANT SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHANT SEPTIEME

Les guerriers apercevaient enfin ces rivages qui furent autrefois la conquête de Baochus, de Sémiramis< et d'Alexandre : cette terre opulente qu'embrassent de leurs eaux Tlndus au cours impétueux, et le Gange dont la source embellissait le séjour du premier homme. Courage, nation valeureuse ! tu vas cueillir les palmes de la gloire. Voilà les bords heureux si longtemps désirés': voilà le terme de ta course.

Enfants de Lusus, vous n'occupez qu'un point sur le globe ; faible portion du troupeau rassemblé par le divin pasteur, c'est vous qui vous chargez de ramener au bercail les nations égarées ; et rien ne peut vous arrêter, ni la crainte du péril, ni les conseils d'une ambition profane, ni l'exemple de la rébellion contre cette mère commune dont l'origine est dans les cieux.

Vous suppléez au nombre par le courage, à la puissance par l'héroïsme; vous bravez mille morts pour étendre l'empire de la foi. Ainsi, le ciel a voulu que, dans l'intérêt d'une si belle cause, le plus petit des peuples se montrât le plus grand : tant le ciel réserve de gloire à la vertu soumise et courageuse I

1. Sémiramis avait souiAiB une partie de l'Ethiopie et de la Libje, l'Egypte, TArabie et TAsie jusqu'à l'indus où elle avait été airétée par une défaite.

2* iam tandem Italise fugientis prendimus oras.

(Wrg.^ Enéide, VI, v.61«)

LES LUSIADES. CH. VII (St. 4^7). 483

Voyez les Germains si fiers de leurs vastes domaines. Ils déploient, contre le successeur de Pierre, Tétendard de la révolte. A la voix d*un nouveau chef^ s'élève une secte nouvelle. L'orgueil enfante Terreur, et Terreur enfante la guerre : les bras qui devaient terrasser TOttoman sont armés contre une autorité divine.

Voyez le tyran d'Albion : il se dit roi de la cité sainte*, mais vit-on jamais un titre plus faux ? Lâchement renfermé dans son lie, enveloppé des frimas du Nord, il ne s'occupe qu'à défigurer la religion de ses pères*. Du sein des voluptés, il opprime, il égorge le chrétien fidèle*, et laisse en paix l'usurpateur de Sion.

Mais comment oserait-il la redemander à l'impie, lui qui foule aux pieds les droits de la Jérusalem céleste ! Et toi, monarque des Gaules*, roi très- chrétien, ce nom sacré n'est-il pour toi qu'un vain nom ? Ne Tas-tu pris que pour le profaner? Protecteur né des nations chrétiennes, tu les combats quand tu devrais les défendre.

Au lieu d'agrandir de leur dépouille tes domaines déjà si vastes, que ne vas-tu, dans ton ardeur belli-

1. Marlin Luther, chef de la réformaUon religieuse en Allemagne. 3. Le roi d'Angleterre, Henri ViU, portail, comme ses prédécesseurs, le titre de roi de Jérusalem.

3. Il se Qt d*abord décerner par le Parlement le titre de protecteur et chef suprême de l'Église d' Angleterre^ puis, ayant été excommunié, il déclara l'Angleterre séparée du Saint-Siège. Tous appels au pape furent défendus et durent être portés devant des commissaires du roi; toutes redevances, payées à la cour de Rome, furent abolies.

4. Jean Fisher, évéque de Rochester, et le chancelier Thomas Moins, qui refusèrent de se soumettre à la suprématie du roi en matière religieuse, furent condamnés à mort.

5. François !•', dans sa quatrième guerre contre Charles-Quint, avait conclu un traité d'alliance avec Soliman, sultan des Turcs, et avec les princes protestants d'Allemagne. La flotte française et la flotte turque s'étaient réunies pour bombarder la ville de Nice, et Ton avait même vu des Turcs , réfugiés à Toulon , obtenir du roi très-chrétien l'autorisation d'élever des moequées dans cette ville.

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queuse, conquérir les bords du Cinyphe ' et du Nil? C'est là que sont les ennemis du Christ et les tiens. C'est là que doit briller ta formidable épée. Heureux successeur de Charles VIII et de Louis XII, abandonne laguerre injuste qu'ils t'ont léguée^ : ton héritage n'en sera que plus beau.

Que dirai-je de ces peuples qui, sans respect pour la gloire de leurs ancêtres % laissent s'éteindre dans la mollesse les souvenirs d'une antique valeur? La politique de leurs tyrans achève d'user en querelles intestines ces âmes jadis si fortes. C'est à toi que je parle, Italie ! Les vices t'inondent, et tes fils dégénérés se déchirent sur ton sein *.

Chrétiens infortunés ! seriez-vous donc sortis de cette fatale semence que Cadmus, vainqueur du dragon, répandit autrefois sur la terre ? N'êtes-vous nés que pour vous entre-détrulre*? Et cependant la tombe sainte est au pouvoir des infidèles ; ils ont envahi la terre sacrée, et marchent, pleins d'arrogance, à de nouvelles conquêtes.

1. Le Cinyphe^ aujourd'hui Ouady-Quaham, arrosait l'Arrique Tri* politaine. Ce fleuve a son embouchure dans la Méditerranée.

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