‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 2 sur 240 · II * INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II * INTRODUCTION

La matière ne manquait pas aux chants des poètes. L'histoire des Portugais est une des plus dramatiques et des plus merveilleuses. D'abord, pour se constituer, pendant deux siècles ils luttent tout à la fois contre l'orgueil castillan et la puissance des Maures : de village en village, ils s'avancent des bords du Minho jusqu'à l'Océan, et nulle part peut-être la chevalerie chrétienne ne produit de plus beaux et de plus nombreux exemples de bravoure, d'indépendance et de fierté. Eappelons seulement Alphonse Henriquez, Egas Moniz , Bernard Froias, Ferez Oorrea, Martin Freitas, et Giraldo Giraldez.

Puis, à peine ont-ils conquis leurs frontières naturelles, ils rejettent sur la terre musulmane la guerre qu'elle leur a si souvent envoyée. Et bientôt les rivages de l'Afrique sont reconnus, le cap des Tempêtes est doublé, le Brésil découvert, le grand Océan traversé, les Indes retrouvées, l'Asie soumise depuis Socotora jusqu'à Malacca, jusqu'à Macao, jusqu'aux Molnques. Maîtres

sulter la Bibliothecalu&Hann, hinorica^ criiica e cronologica^ de Diogo Barbosa Machado (Lisbonne, 1741-52, 4 vol. in-folio); VHistoire dt la poésie et de V éloquence chez les pettplts modernes^ de Boutcrneck, professeur à l'université de Goettingue (I801-18l9, 12 vol. in-S»); VHistoire de la littérature du midi de r Europe, de Simonde de Sismondi (Paris, 1813, 4 vol. in-S» , 3» édit., 1829); le Résumé de VhiUoire littéraire du Portugal, par M. Ferd. Denif (Paris, 1826, I vol. in-r2); plusieurs noilccs de V Annuaire des Deux-Mondes; VEssai statistique de Balbi, qui conlienl (t. Il, p. 23 et appendice) une histoire abrégée de la langue et de la littérature portugaises; le Tableau politique et commercial de la monarchie portugaiset de M. Charles Vogel (Paris, Guillaumin, 1860, 1 vol. in-S»), dans le chap. III, §§ 3 et 4.

JNTRODUCnON lil

de rHiâdonstan^ils étendent lenrs entreprises sur l'Arabie, sur la Perse, sur l'Indo-Chine , sur l'Océanîe. Par eux des voies nouvelles s'ouvrent au commerce des nations, et Lisbonne apparaît un moment comme le centre de toutes les affaires du monde.

Les noms de leurs navigateurs, avec celui de Christophe Colomb ', resteront inunortels. En travaillant pour leur patrie, dom Henri, Barthélémy Diaz, Vasco de Grama, Alvarez Cabrai, Almeida, Albuquerque ont travaillé pour l'humanité ; ils lui ont fait connaître sa demeure tout entière.

On comprend quel aliment nouveau, quelle impulsion considérable tant de découvertes merveilleuses et tant d'exploits^ donnèrent tout à coup à la poésie nationale. Quel dut être en effet l'enthousiasme de ce petit peuple si {aihh par le nombre, devenu, en un siècle, si puissant par ses conquêtes lointaines ! Quelle impression dut

1 . ChriBtophe Colomb s'était lié à LisbonDe avec un marin nommé Peresirello, qu'il avait accompagné à l*orto-Santo et dont il avait épousé la fille. Lorsque les Génois eurent rep'oussé ses offres, il vint s'adresser à Jean II de Portugal, et ce ne Tut qu'après avoir été éconduît par ce prince qu'il passa en Espagne, où il postula pendant huit années auprès de Ferdinand et d'Isabelle avant d'obtenir les trois vaisseaux avec lesquels il partit de Palos, le 3 août 1492.

2. Ce fut à cette époque aussi que le latin qui jusque-là avait été pour les Portugais, comme pour tous les autres peuples de l'Europe, la langue des savants, théologiens, philosophes, jurisconsultes et historiens, fut remplacé par la langue du pays dans les œuvres écrites en prose. Jean de Barros, dans son grand travail sur rAsie portugaise, qui est une histoire, divisée en quatre décades ou quarante livres, des découvertes et conquêtes en Orient, contribua beaucoup à imprimer à la langue portugaise un caractère, une physionomie distincte.

~ te* '

Page 1