‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 20 sur 240 · Ce qui représentait & peu près &00 Troncs de nos Jours · texte numérisé non relu

Ce qui représentait & peu près &00 Troncs de nos Jours

Dernières années

Il passa, les dernières années de sa vie dans une misère déplorable, honoré de Testime et de Tadmiration générale, mais dénué de toutes ressources, et relégué dans une petite chambre au bout d'une rue obscure , voisine de l'église de Santa-Ânna. Aucune famille des gentilshonunes qu'il avait connus, ne vint à son aide ; les parents mêmes de ce Yasco da Gama ', dont il avait fait le principal héros de son poème , ne firent rien pour lui. « Il n'est pas un Portugais , dit le Portugais D. José-Maria de Souza-Botelho , qui, au souvenir des souffrances que ce grand honmie endura pendant les sept dernières années de sa vie , n'en ait le cœur serré et n'en rougisse pour la nation. La mis^ où le réduisit Tingratitude de ses concitoyens fut telle, qu'un Javanais, nommé Antonio , qu'il avait amené de l'Inde, plus humain et plus sensible qu'eux au mérite de Camoens, parcourait le soir les rues de Lisbonne, implorant pour son illustre maître la charité des passants^. » A ce nom du vieux et fidèle ser-

!•. « Que Gama rende grâce aux Muses de leur ardeur désintéressée à consacrer une gloire dont l'éclat rejaillit sur sa race. Il n*avait rien f ait pour elles. Ses desoendanls les ont-ils mieux servies ? ATaient-ili mérité que les nymphes du Tage abandonnassent, en leur faTCur, le fùseait d*or pour la lyre, et l'art de Minerve pour les jeux savants d* Apollon ? L*aoK>ur de la patrie, le plaisir pur de célébrer les héros, ont SMib inspiré mes chants. » Lus,, à la fin du V* chant.

!^f L'auteqr <|'une traduction des Iwiadtt en vers anglais, W. MicUe,

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viteuT, Antonio, joignons celui d'une pauvre marchande mulâtresse , appelée Barbara , qui souvent lui donnait gratuitement un plat de ce qu'elle vendait. Voilà les deux seuls protecteurs qui le soutinrent.

Son unique plaisir était d'aller s*asseoiry comme un écolier, parmi les jeunes gens qui écoutaient les leçons faites dans le couvent de Santo-Domingo ' , ou d'aller converser avec un écrivain de mérite, le licencié Manoel Correa, curé de SaintrSébastien, avec qui il s'était lié d'amitié dès les premiers temps de son retour à Lisbonne.

Il travaillait toujours , mais il sentait qu'il ne pouvait plus écrire avec la même- verve , la même facilité qu'autrefois. Et il l'avouait avec tristesse*. Pedro de Mariz raconte qu'un riche chevalier, dom Ruy Dias da Camara', qui lui avait demandé une traduction des psaumes de la pénitence , étant venu le trouver dans sa pauvre demeure pour lui reprocher durement de

dit qae Camoens demanda lui-même Taumône aux passants sur le pont d'Alcantara. Mais ce fait n'est mentionné nulle part.

]. Nicéron, Mém., t. XXXVIl, p. 253.

3. Déjà, au dernier chant des LusiadeSy il avait dit : « 0 Galliope 1 soutiens mes derniers efforts : pour prix de mes chants et de mes stériles travaux, viens relever mon courage et ranimer on feu qui s'éteint. — Mes tristes années déclinent vers leur penchant. Encore quelques jours, et j'aurai vu fuir mon été. L'infortune a glacé mon génie. Ce génie, dont j'étais si fier, hélas 1 m'abandonne. Les noirs chagrins m'entraînent au fleuve de Toubli, au séjour de Tétemel lommeil. Reine des Muses, viens du moins, viens achever avec moi le monument que j'élève à la gloire de ma patrie. »

3. Faria e Sowa rapporte ce fait, en l'attribuant à Rujf fionçales, et il ajoute naïvement : « De là j'infère que ce cavalier {et les autreê itaimt de mime) serrait la bourse pour quatre manfédis, et ouvrait la bouche pour réclamer les sept psaumes, traduits en ven... »

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n'avoir pas encore achevé les vers commandés , Camoens lui répondit : a Quand je faisais des vers , j'étais jeune, bien portant, amoureux, entouré d'amis et chéri des belles, cela me donnait de la fsrve et de la chaleur; aujourd'hui je n'ai plus d'esprit, je n'ai le cœur à rito. Voici mon Javanais qui me demande ^ deux moedas pour m'acheter un peu de charbon, et je ne puis les lui donner *. »

Soumis à tant de privations, après tous les tourments d'une vie agitée, il ne pouvait avoir une longue vieillesse. Les infirmités doniFil souffrait depuis quelque temps et qui ne lui permettaient plus de marcher qu'appuyé sur un bâton, finirent par l'aliter complètement. Et la mort vint lui ravir son fidèle Antonio ! Alors que devint-il ? Nous retrouvons le tableau déchirant de sa misère dans un fragment de lettre qui nous a été conservé : a Vit-on jamais, ditril ^, un pauvre graba^4^venir le théâtre d'aussi grandes infortunes? Et, loin d'accuser Iterigueurs du sort, je prends son parti contre moi, je tuî abandonne sa victime. Il y aurait trop d'orgueil à vouloir résister à tant de maux. »

11 fallut qu'on le transportât à l'hôpital, de sorte

1. Quando eu ûz aquelles cantos, era mancebo, farlo, namorado, e querido de mailos amigos, e damas, o que me dava calor pootico : agora nfto tenho eapirito, nem contentamenlo para nada : ahi esta o

'jjlc. meu Jio que me pede doaa moedas para carvfio, e eu nfto as tenho

-'^ péra Ihas dar.

2. Quem Jamaii cuvio'dizer que em taft pe(^ueno theatro, como o de humpobre leito, quitesse à fortuna repretsntMTJio grandes desarenturas P E eu, como se tsllu nào bastaiiem, me'ponho ainds ^ sua

^ (parte ; porque piwmra reslstlr a tantos maies pareceria desa?eifQ||bi* * ' ttenki.

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que lui-méine semblait ayoir prévu la fin misérable qui Fattendait, lorsque, dans le X® chant de son poëme, 3 avait gémi sur l'abandon de Pacfaeco mourant : « Plus d'une fois anipre, avait-il dit, on verra les défenseurs du trAne et de l'hôtel languir dans l'obscurité d'une vie dédaignée et mourir sur le lit de la misère. Voilà l'œuvre des rois, qui, n'écoutant que le caprice qui les* guide, ferment l'oreille à la voix de la justice et de la vérité. » Ses malheurs n'étaient pas encore arrivés à leur terme : il lui était réservé d'assister à la ruine de sa patrie et de souffiîr, en Voyant cet immense désastre, la plus grande et la plus cruelle de toutes les douleurs de sa vitti-

Sa mort

Dom Sébastien, sourd aux conseils des hommes les plus expérimentés, aux supplications de sa mère êi de son oncle, avait donné suite à ses proj0ll sur l'Afrique, et, chose curieuse, le peuple, qui dans le premier moment résistait à ses desseins , s'était laissé tout à coup entraîner par son esprit d'aventures et s'était animé de tous ses rêves. Il est parfois, hélas! dans la vie d'une nation, à la veille des jours les plus néfastes de son histoire, une heure de délire où, chantant d'avance des triomphes imaginaire^ elle va sans pru- \ dence et tête baissée, comme à une proie facile, vers l'ennemi qui sVMrt longtemps replié sur lui-même pour la défier plus sûrement ; et si ato^, au milieu de cet ^ ^ engouement , quelque sage vieillard e^yaie de faire

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entendre la voix de la raison, cette yoîx, comme un instrument qui discorde au milieu d'un vaste concert, est aussitôt couverte par les huées de la foule. Ainsi les Portugais, méprisant les avis du vieux dom Joào Mascarenhas ' , s'étaient embarqués pour les côtes d* Afrique avec des provisions seulement pour huit jours, et l'on avait vu monter sur les vaisseaux des paysans, dépomv vus d'armes, mais munis de cordes qui devaient servir à lier les Sarrasins'.

Quand le jour du combat' fut arrivé, dom Sébastien, à qui manquaient toutes les qualités du capitaine pour ordonner savamment une armée, se laissa enfermer dans la plaine d'AJcaçar-Kebir* ; quatre heures suffirent pour ruiner son armée : trois mille des siens périrent, et le nombre de ceux qui furent faits prisonniers fut si considérable, que la flotte , qui croisait devant Arzila, ne put recueillir que quelques fuyards, n combattit du moins vaillamment : dom Albuquerque lui ayant donné son cheval pour fuir, il ne s'en servit que pour retourner au combat, et ce fut en vain qu'on

1 . D. Jofio MascarenhaB, l'ancien défenseur de Diu, ayant désapprouvé l*expédiUon, le roi lui fit l'injure de convoquer plusieurs médecins et de les faire délibérer sur la question de savoir si le courage ne diminuait pas avec les années.

3. Le roi emmenait avec lui un poëte attitré pour chanter sa vieloiro; il avait choisi Diogo Bernaddes, le môme qui devait être plus tard accusé par quelques commentateurs d'avoir altéré plusieurs poésies de Camoëns pour se les approprier. Grand poëte aussi, il resta quelque temps prisonnier on Afrique et mourut à Lisbonne en 1596 ; il fut enterré comme Camoëns dans la couvent de Santa- Anna.

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