‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 21 sur 240 · Mieui Kasr-el-Kebir, littéralement le grand ch&teau · texte numérisé non relu

Mieui Kasr-el-Kebir, littéralement le grand ch&teau

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le supplia de ménager sa vie et de se laisser prendre : il ne Yoolut pas qa*un orgueilleux ennemi pût promener captive, au milieu des bataillons vainqueurs, la majesté de sa personne : il n'avait pas su commander, mais il sut mourir.

Lorsque la fatale nouvelle se répandit en Portugal, la consternation fut universelle. Tous comprenaient que le moment du décUn était venu pour cet empire si rapidement acquis, jusque-là si glorieusement conservé, et Ton sentait, comme étendue déjà sur le royaume affaibli, la main puissante du redoutable Philippe II, dont les perfides conseils ' n'avaient pas été sans influence sur la conduite du jeune roi.

Couché sur son lit de douleur, Camoens, en apprenant la perte de la bataille , ne se fit point d'illusion sur le triste sort qui menaçait sa patrie. « Ah ! s'écria-tîl, ah! du moins je meurs avec elle^! » et dans une

1 . Dom Sébastien avait eu une conférence ayec Philippe H, qui 8*était bien gardé de condamner aon expédition en Afrique. Dans tous les cas, Piiilippe II devait en profiter ; car le succès des Portugais aurait dél>arrassé de la menace continuelle des Maures les rivages de PEspagne méridionale, et leur défaite pouvait livrer le Portugal à son ambition.

?. Plusieurs Portugais moururent de douleur à cette nouvelle. Hendoça en rapporte un exemple : « Il y avait alors à Tanger un moine nommé Prey Joam da Silva, religieux de Tordre des Prêcheurs, homme très-docte, auquel, à cause de sa noblesse et de sa vertu, dom SélMstien portait beaucoup d'affection; il n*avait point accompagné le roi, afin de prendre soin des blessés, et, outre cela, il se trouvait indisposé lors de Texpédition. 11 ne tarda pas à savoir la venue de Belehior do Amaral, et le pria, à cause de son indisposition, de venir le voir; puis, quand celui-ci fût arrivé, il lui dit : « Seigneur, j'ai une c chose à demander à votre courtoisie, et Je n'en veux pas savoir « d*autret : Le roi dom Sébastien, par malheur, eit-il mort ? s Bel-

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lettre, qu'il écrivit dans le même moment, il dit encore : « Enfin, je vais cesser de vivre : on saura que j'ai tant aimé ma patrie que, non-seulement je me trouve heureux de mourir dans son sein, mais encore de mourir avec elle * . » Il expira quelques mois après, dès le commencement de Tannée 1579, à Tàge de cinquante-cinq ans^. Chantre infatigable de la grandeur portugaise, il méritait de ne pas lui survivre.

Telle fut, selon Barbosa Machado, la fin de Luiz de Camoens. Quelques biographes, s'appuyant sur ce que Manoel Correa ne le cite pas dans l'énumération qu'il fait' des hommes illustres morts à Thôpital, ont supposé que le poëte, avant de mourir, était rentré dans son humble demeure. Mais Manoel Correa, qui a écrit plus d'une erreur, a pu commettre un oubli. Et d'ailleurs, nous ne pouvons récuser le témoignage d'un témoin oculaire qui confirme le récit de Barbosa Machado. Voici une note écrite de la main de Frey Jozé Indio sur un exemplaire des Lusiades, qu'il légua aux religieux du mont Carmel, à Guadalaxara, et que lord HoUand

chior répondit : « Il est mort, et Je Tai enterré de mes propres mains. » Lorsque Joam da Silva Teut entendu, et qu'il eut compris l'horreur de cette cruelle catastrophe, dans laquelle il vit marqués tous les maux de la patrie, sans dire une parole de plus, il se tourna de l'autre côté du Ut où il était couché, et rendit l'&mo à Dieu. »

1 . EmÛm acabarei a vida, et verâo todos que fui ta6 affeiçoado & minha patria, que naô somento me contentel de morrer nella, mas de morrer corn ella. ,

2. Madame de Staël, dans la notice qu'elle a écrite sur Camoens {Biographie de Michaud), dit qu'il mourut à l'âge de 62 ans. Elle avait été trompée, comme la plupart des biographes français, par Manuel Correa, qui le fait naître en 1517.

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