Voir notice historique, p
2. On Jugerait que le poëte s fait trop d'honneur & Ribeiro en le comptant au nombre des hommes les plus célèbres de son pays, si Ton ne se reportait au temps où il vivait et à Timporlance qu'avaient les combats singuliers et les tournois.
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514 LES LUSIADES. CH. VIII (St. 30-33).
« quille, il ne vit plus que pour son Dieu. Ses anciens « compagnons d'armes volent àsa retraite. Il priait. Tout « est perdu, lui crient-ils, tout cède au torrent de Ten- « nemi ; viens ranimer nos courages, viens nous rendre « la victoire.
« Le ciel vous Ja rendra, leur répond le guerrier ; et, « d'un air calme, il continue sa prière. Tel autrefois u Numa Pompilius, au récit des ravages causés par « Tennemi dans la campagne de Rome, répondit sans « s'émouvoir : Qu'on me laisse d'abord achever mon « sacrifice.
c Quel nom donner au guerrier qui puisa tant de « force dans sa foi? L'appellerai-je le Scipion portugais ? « Le nom de Nuno Alvarès^ est plus illustre encore. « Heureuse patrie qui possède un tel fils ou plutôt un « si glorieux père I Tant que le soleil embrassera dans a sa course et les champs de Gérés et les plaines de « Neptune, la Lusitanie regrettera son libérateur.
« L'exemple d'Alvarès enfanta des héros dans tous les (( rangs. Vois ce hardi capitaine harceler les ennemis et « de leurs dépouilles guerrières enrichir ses compagnons. « C'est Rodrigue de Landroal'. Ici, il arrache à deux « chefs castillans les troupeaux que nous avait enlevés « leur audace. Là, plus terrible, il baigne sa lance dans « le sang espagnol et brise les fers d'un ami.
« Ailleurs, Fernand d'Elvas • vient de punir un Por-
I • Nano Alfarfts a été surnommé le Scipion portugah et le miut eonnétahle. Voir notice liistorique, p. 181 et suit.
2. La forteresse de Villa- Viçosa arait été livrée aui Espagnols par un Portugais du nom de Vasco Forçai lo. Ce traître avait en même temps mis entre les mains de l'ennemi un ami de Rodrigue de Landroal, nommé Cuytado; mais Tescortcqui emmenait ce dernier, fut atteinte et dispersée par Landroal, et Cuytado fut délivré.
3. Un chevalier portugais, appelé Marine, qui était depuis quelque temps au service du roi de Castille, simula de meilleurs sentiments et annonça qu'il allait défendre la cause de son pays. Fernand d'Elvas,
IiES LUSIADES. CH. VIII (Si. 34-36). 515
« tugais perfide. Vengeur de la foi violée, il porte le fer « et le feu dans les campagnes de Xérès et les inonde c< du sang de leurs maîtres. Admire à l'entrée du Tage « ce généreux Pereira ^ qui, seul, fait tète à une escadre « formidable, et sauve, en périssant, les navires qu'il « commande.
« Mais regarde ce prodige. Dix -sept Portugais, « groupés sur un tertre, opposent une invincible résis- « tance à quatre cents Castillans. L'ennemi, d'un cercle « étroit, les environne et les presse. Las de se défendre, « ils attaquent jà leur tour; et, le fer à la main, s'ou- « vrent un libre passage. Ce fait d'armes serait grand « dans tous les âges ^.
i^ouUnt foi à ses promesses, se rendit auprès de lui ; mais le traître le retint prisonnier et ne consentit à le mettre en liberté que moyennant une rançon assex élevée. Fernand ne tarda pas à le punir : il le tua dans une rencontre qui eut lieu quelques jours après.
!• Voir notice historique, p. 180.— La Harpe s^étonne, avec raison, que Camoens n*ait pas attaché plus d'importance à la mort héroïque de Pereira, et n'ait pas accordé à sa grande action plus de place qu'aux fliits, tout à ftiit secondaires, accomplis par Fernand d'Elvas et Landroal.
2. De la Glède, au livre X de son histoire du Portugal, raconte cet épisode de la manière suivante : « L'armée de Jean !«<' était campée BOUS Villalobo. Dix-huit Portugais, battant l'estrade, rencontrèrent un corps ennemi composé de quatre cents chevaux et de quelque infanterie. Les Portugais gagnèrent une hauteur, dans le dessein de périr plutôt que de se rendre, il était cependant nécessaire de Taire avertir le roi du danger qui les menaçait; mais aucun d'eux ne voulait se charger de la commission, dans la crainte d'être soupçonné de Youloir se dérober au péril présent. Après quelque contestation, dom piègue Pérès d'AvelIar demanda lequel était lo plus honorable, ou d'aller chercher du secours, en perçant au travers des ennemis, ou de combattre contre eux de pied Terme. Tous ses camarades répondirent que c'était le premier parti. Je serai donc aujourd'hui, leur dit-il, le plus vaillant d'entre nous. En même temps, il s'élance sur son cheval et le pousse du côté des ennemis, qui, étourdis de son audace, lui ouvrent un libre passage. Tandis (]u'il vole pour appeler du secours, les Castillans, revenus de leur surprise, chargent les dix-sept autres Portugais. Ceux-ci se défendent et attaquent tour à tour avec la plus grande intrépidité. Plusieurs Espagnols étaient déjà tombés sous leurs
516 LES LUSIADES. CH. VIII (St. 3C-38).
« Jadis trois cents guerriers de la Lusitanie osèrent « se mesurer avec mille Romains, et la victoire se dé- « clara pour les soldats de Viriate. Héritiers de leur « gloire, nous le sommes aussi de leur valeur. Jamais, c( tous nos fastes l'attestent, jamais le Portugais ne « compta ses ennemis.
« Voici les nobles fils du roi Jean, dom Pèdre et dom « Henri. Le premier s'immortalise aux champs de la « Germanie ^ Le second, plus célèbre encore, ordonne « et dirige nos glorieuses navigations. Geuta, que les « infidèles regardaient comme imprenable, Geuta le « voit entrer victorieux dans ses miirs *.
« G'est là que l'illustre Menezès* soutient deux sièges « contre tous les efforts de l'Asie. Regarde son fils : à « la fierté qui brille sur son front, à la vigueur de son « bras, on le prendrait pour le dieu des batailles. Il « repousse loin d'Alcacer d'innombrables bataillons, et, w de son corps couvert de blessures, fait un rempart à « son roi *.
« Une foule d'autres héros mériteraient d'avoir ici « leurs images. Mais où sont les récompenses, la gloire,
coups, quand le secoure arriva. A celle vue les rastillaDS se retirèrent en disant : « l'action de ces Portugais rend croyables toutes les merveilles qu*on nous raconte des douxe pairs de France. »
1 . Dom Pèdrc qui avait visité presque toutes les parties de l'Europe, avait eu occasion de combattre les Turcs sous les ordres de l'empereur Sigismond.