‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 204 sur 240 · VU, T · texte numérisé non relu

VU, T

1. Au deuiième chant de Tlliade, Onirus, lo dieu des songes, apparaît à Againemnon endormi ; il a pris les traits de Nestor, celui des vieillards qu'Agamemnon honore le plus, et, sous ce visage trompeur, il lui adresse la parole : «Tu dors, fils du belliqueux A trée

Mais préte-moi vite une oreille attentive. Je te suii envoyé par Jupiter,

qui, tout éloigné qu'il est, veille sur toi 11 t'ordonne d*armer au

plus X6i les Grées. »

EtS^ii;, Àrptoç uU ^ai^povo;

Nûv 9* if&tOtv ^li Mica* Aiôc ^i roi «*pfiXo'; tiut 5c etu, àvtu6iv {mv, ^'^a.xi^ircLi i&^* iXtaûpti. BeftpvîÇxî et xtXiuet x«pv}xo{&ottvroic Àx^ioiiç icavoo^i?. (V. 2.1-29.)

Agamemnon se réveille, et, dès Taurore, il convoque rassemblée. Un conseil, formé de chefs magnanimes, se réunit près du vaisseau de Nestor, et le roi des rois concerte avec eux un habile dessein. (V* 41 -55).

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« du soleil éclairent Thorizon , on en supporte aisément <( Téclat : mais , lorsqu^au milieu de sa course il étin- « celle de tous ses feux, malheur à Tœil téméraire qui « tenterait de le braver. Et malheur à vous, enfants de « Mahomet, si vous laissez votre ennemi grandir et se « fortifier sur ses rives. »

A ces mots, il disparait. Llsmaélite a frissonné d'horreur. Il s'élance de sa couche \ et d'un cri terrible, éveille ses serviteurs. Impatient et farouche, il attend, à la lueur d'un flambeati, le retour de l'aurore. A peine a-t-elle paru, qu'il convoque les chefs de la loi. Un moment les rassemble, un moment les instruit de l'horrible songe.

Ils délibèrent en tumulte. Le fer, le poison, la violence et la perfidie , mille projets homicides sourient tour à tour à leur fureur-. Mais un dernier avis les entraine. « Abordons en secret les conseillers du prince, achetons

1 . TurDus aussi, après avoir entendu les paroles d'Alecton, frissonna (l'horreur et s*élance de sa couche.

Olli soinnum ingens runipit pavor, ou&que et artus

J'erfandit toto pruruptas corpore sudor.

Arma amens fi-cmit, arma toro tectiique requirit.

(Virg., Enéide, VU. v. 458-460.)

2. De môme Turiius, à son réveil, parle aux chefs de ses guerriersy et, dès qu'il a parlé, les Uutules s*animent à Tenvi au combat.

Indicit primis juvenum, et jubet arma parari.

Haec ubi dicta dédit,

Certatim sese Butuli cxburtautur in arma.

(Virg., Enéide, VII. v. 468-4" î.)

Le Tasse a imité tout ce passage des Lusiades au IX® chant de la Jérusalem délivrée. Aleclon , dans ce poëme, prend les traits d*un Ture très-Âgé et vient exciter Soliman à la ven. eancc. « Âlecton, dit-il. Tient à lui sous les traits d'un vieillard paie, le visage plein de rides: il a sur la lèvre une barbe épaisse et le menton rasé. Autour de sa t6te s'enroule un long turban; sa robe lui descend aux pieds. Il a leelmeterre au côté, le carquois à l'épaule, l'arc à la main.» Après avoir versé au c(pur de Soliman son ardenle fureur, Alecton disparaît, a Le héros, sans retard, assemble ses hordes d'.\rabes. Ses paroles stimulent la lenteur et la faiblesse, et le camp, qu'il embrase de ses propres défire, est impatient de le suivre. » Ch. IX, st, 8, U et 13.

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« leur secours ; et, par leurs mains, immolons les en- « nemis du Prophète. 9

L'assemblée se sépare, et bientôt Tor et la calomnie coulent par mille canaux chez les ministres du Samprin. Ces nobles navigateurs qulls venaient de recevoir en triomphe, ces ambassadeurs de TOccident, accueillis avec tant de magnificence^ sont devenus tout à coup à leurs yeux un fléau destructeur, un ramas de brigands, sans roi, sans culte et sans patrie, de vils pirates qu'il faut se hâter de punir.

0 vous que la Providence a chargés du soin de gouverner les peuples, armez- vous de prudence et de sévérité dans le choix des hommes que vous appelez à vos conseils. G*est par eux que la vérité doit parvenir jusqu'à vous^ Que des mœurs pures, qu'une vie sans tache vous répondent de leur fidélité.

Mais gardez -vous d'un autre écueil. L'humble vertu des anachorètes ne doit pas être la vertu de vos ministres. De grandes vues, un grand caractère, doivent s'unir en eux à la probité scrupuleuse. Et si le génie lui-même, éclairé par l'expérience, s'est égaré quelquefois dans la conduite des affaires , les confierez -vous à ce mortel pieux qui, tranquille à l'ombre du sanctuaire, ne médita jamais que sur les intérêts du ciel ?

1 .On peut rapprocher de celle stance les réflexions que faitTélémaque, au moment où Méthophis, ofQcier de Sésoslris, troufe le moyen de. tromper son roi : a Hélas I à quoi les rois sont-ils exposés 1 Les plai sages sont souvent surpris. Des hommes artificieux et intéressés lea environnent. Les bons se retirent, parce qu'ils ne sont ni empressés, ni flatteurs; les bons attendent qu*on les cherche, et les prinoes ne savent guère aller les chercher; au contraire, les méchants sont hardis, trompeurs, empressés à s^nsinuer et à plaire, adroits à dissimuler, prêts à tout faire contre l'honneur et la conscienee pour eontenter les passions de celui qui règne. Oh ! qu*un roi est malheureux d*étre exposé aux artifices des méchants ! Il est perdu s*il ne repousse la flaUerie, et s'il n'aime ceux qui disent hardiment la vérité. » (Fénelon, Télém., 11.)

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