EtduiLii longe, doDec curvata coireot
Inter se capiU, et manibus jam langerel œquis.
(Virg., Enéide, XI, v. 860-8CI.)
548 LES LU81ADES. GH. IX (St. 5t-5&).
Cependant les Lusitaniens sillonnaient les plaines liquides. Encore loin de leur patrie, ils cherchaient à découvrir un rivage qui leur fournît une onde pure, quand, dans un transport de joie, ils aperçoivent Tîle enchantée que TAurore éclairait de ses premiers feux.
L'île, avec ses frais bocages, leur était amenée sur les flots, semblable à la voile légère qui obéit au souffle des vents. Toujours s'offrant à leur vue, toujours guidée par une main divine , elle suivait les mille détours de leur route incertaine et mobile.
A peine eut-elle fixé leurs regards, qu'elle cessa d'être flottante, comme autrefois Délos' à la naissance des enfants de Latone. Elle présente aux Lusitaniens une large baie, dont les eaux tranquilles venaient mourir sur un sable blanc parsemé de coquillages aux mille couleurs.
Trois collines, d'un aspect aussi gracieux qu'imposant, étalent leur verdure émaillée de fleurs, et dominent ce riant séjour. De leur sommet jaillissent de clairs ruisseaux. Les ondes fugitives murmurent à travers les rochers, et de cascade en cascade vont se réunir dans un vallon délicieux.
Ils y forment un lac dont l'étendue égale la beauté. Autour de ce vaste bassin sont groupés des arbres charmants. Leur tète, couronnée de verdure, flotte suspendue sur le cristal liquide : on dirait qu'amoureux de leur feuillage, ils se plaisent à le voir répété dans ce fidèle miroir.
1. Déloj, île de la mer Égëe, une des Cjclades, aa nord de NaiMy entre Rliénée et Mjcone, s'appelle aujourd'hui Dili ou Sdili, Suirant la Fable, Neplune, d'un coup de son trident, la fit sortir du fond de la mer, et Jupiter la flxa par des chaînes de diamants. Latone, persécutée par Junon, y avait mis au jour Apollon et Diane.
Delos, jim stahili revincU terra, Olim purpureo mari iiatabat, Et inoto le vis tiiuc et iude vento Ibat fluciibus inquiéta summis.
(Pétrone, Fragm,)
LES LUSIADES. CH. IX (St. 5C-58). 549
D'autres portent dans les airs leurs rameaux chargés de fruits odoriférants : Toranger, dont les pommes d*or ont Téclat de la chevelure de Daphné; le cédrat, qui plie sous son brillant fardeau; le citronnier, dont le fruit jaunissant parfume le verger qu'il embellit.
Une verte chevelure couronne le front des collines. Là, s'élèvent à la fois les peupliers d'Alcide , les lauriers d'Apollon, les myrtes de Vénus , les pins de Cybèle, témoins autrefois de l'inconstance d'Atys* : le cyprès enfin, qui dirige vers le séjour des dieux sa tète pyramidale.
Sous un -ciel si beau, la nature ne vend point ses bienfaits. Là, se reproduisent sans culture la cerise aux teintes vermeilles , la mûre qui rappelle de funestes amours-; la pomme de Perse, qui, transplantée sur un sol étranger, n'en devient que plus chère à Pomone.