‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 217 sur 240 · Aura refert oblala cilis talaria plantis · texte numérisé non relu

Aura refert oblala cilis talaria plantis

Tergaque Jactantur crines per eburnea

(Ov., Mélam.,\, v. 591-S92.)

LES LU»IADES. GH. IX (St. 70-72). 553

Les guerriers redoublent d'ardeur : on dirait de nouveaux Hippomènes disputant le prix de la course à de nouvelles Atalantes'. La victoire ne sera pas longtemps indécise : Vénus est au milieu des airs. Enveloppée d*un nuage d'or, elle jette, à pleines mains , les touffes de roses sous les pieds glissants des Néréides , et précipite les pas des guerriers.

Ailleurs, les déesses folâtraient dans les eaux. A la vue des chasseurs, elles jettent un cri d'alarme, comme effrayées d'une audace inattendue^. L'une a ressaisi le fin tissu qu'elle avait déposé sur la rive ; l'autre court éperdue se réfugier sous les ombrages ; mais sa blancheur éblouissante a éclairé sa fuite.

Une autre encore, l'œil courroucé, la rougeur sur le front, se replonge au fond du lac. C'était la colère de Diane surprise au bain' par le fils d'Aristée. Mais un jeune audacieux n'a vu que sa beauté; ardent, impétueux, encore chargé de ses vêtements, il porte au sein des eaux le feu dont il est dévoré.

Tel, au bord d'un étang fréquenté par la timide sar-

1. AUlante, célèbre par sa beauté et son agilité, ordonnait à ceux qui la demandaient en mariage de lutter à la course avec elle : sa nain derait être la récompense du vainqueur, mais la mort était rélenrée à tous ceux dont elle triomphait. Hippomène la défia et, grâce à trois pommes d'or qu'il tenait de Vénus et qu'il Jeta souc les pas d'Atalante pour attirer son attention et arrêter sa course, il arriva le premier. (Ov., Métam., X.)

2. Ainsi font les njmplies à la vued'Actéon, lorsque, dans le récit d'Ovide, elles entourent Diane en criant :

Qui timul ialravit ronintia fontiboi antra ; Sieat erant, viio aud« lua pectora nymphae Perenitere viro ; lubitisque ululatibui omne

Implevere nemut

(Ov., Métam., III, v. 177-180.)

3. Ovide en effet représente Diane, la rougeur sur le front :

Qui color iofectis adhérai solis ab ictu Nubibus esse solet, aut purpnres Aurore, It fuit in vultu vis» sine vette Diauœ.

(Ov., Métam,, lU, t. 183-185.)

554 LES LUSIADES. CH. IX (Si. 73-7G).

celle ou par le héron solitaire, s'agite et frémit le Gdèle compagnon du chasseur : accoutumé à saisir sur Tonde Toiseau que son maître a blessé, à peine a-t-il vu s'incliner le tube menaçant, qu'il s'élance emporté par son rapide instinct, et nage vers sa proie en aboyant de plaisir.

Léonard, guerrier plein de courage, et galant chevalier*, avait été plus heureux sous les enseignes de Mars que sous les drapeaux de l'Amour. Il semblait qu'un mauvais Génie le rendît odieux à Vénus : il le croyait ; mais, toujours fidèle au culte de la déesse, il n'avait jamais perdu l'espérance d'un avenir plus fortuné.

La jeune Éphyre fuyait devant lui. Modèle de grâce et de beauté , Éphyre , en disputant ses attraits , voulait leur donner encore plus de prix*. « 0 Nymphe! lui disait « Léonard, mon cœur a volé vers toi; tu l'emportes dans « ta fuite, et tu refuses de m'attendre ! Tant de rigueur 'jfi sied mal à la beauté.

■ « Nymphe charmante, tes compagnes ont suspendu « leur course. Toi seule, tu fuis encore ; tu fuis l'infor- « tuné Léonard î Eh I qui t'a révélé ma disgrâce et mon « nom? Qui t'a conseillé de me haïr? Serait-ce le mau- '( vais Génie qui toujours s'attache à mes pas? Déiie-toi « de ses discours ; il te trompe; il me trompait jadis « mille fois par heure.

1 . Le caractère <fo ce galant chevalier a été annoncé dès le VI« chant, st. 40.

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