‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 218 sur 240 · Ovide dit en parlant de Daphné, poursuivie par Apollon · texte numérisé non relu

Ovide dit en parlant de Daphné, poursuivie par Apollon

Auctaque formt fnga «st

(Métam.» I, y. S30.)

et il dit ailleurs :

Nitirour in velitum semper, cupimusque negata.

{De amoribus, III, Élég. 4, v. 17.)

De même Horace en parlant de Licymnie,

FacUi uetitia negat

Quœ posceute magis gaudeat eripi.

(Od. II, 12; ▼. Î6-2:.)

LBS LUSIADE8. CH. IX (St. 71-81). 555

« Pourquoi celte fuite précipitée , qui te fatigue et « m'accaMe? Craindrais-tu des transports téméraires? « Ahî que tu connais mal le destin qui me poursuit. «'L'Amour lui-même m'offrirait ses plus chers trésors, n qu'une barrière jalouse s'élèverait tout à coup entre « Léonard et les trésors de l'Amour ^

« Arrête, je t'en conjure. Et puissent les jours de ton « printemps s'arrêter ainsi dans leur fuite I Tourne les «* yeux vers moi ; romps le charme funeste qui me tient « depuis si longtemps enchaîné. Le tyran qui m'opprime ce résisterait à la puissance des rois , à la fbrce des arec mées ; cesse de fuir, il est vaincu.

ce Mais, hélas! sourde à ma prière, tu n'entends que et mon persécuteur. Ta rigueur s'unit à la sienne , et se ce joue d'un cœur infortuné qui gémit suspendu à l'or ce de ta chevelure ondoyante. Ce cœur, chargé d'ennuis, ce ne le sens-tu pas qui te pèse? ou, déjà plus près du ce bonheur, serait-il devenu plus léger?

ce C'est le seul espoir qui me reste. Tu ne pourras en ce soutenir le poids et tu lui rendras sa liberté, ou tes « charmes tout puissants auront changé sa destinée . . . « Mais n'est-ce pas une illusion? L'Amour combat pour « moi ; sa douce blessure a ralenti ta course. Ah ! seraisee je en efiFet le plus heureux des mortels? »

Éphyre fuyait encore , mais d'un pas moins rapide, comme pour écouter les tendres accents, les plaintes amoureuses de son timide adorateur. Touchée de son délire, elle tourne vers lui une figure céleste, inondée de

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556 LKS LUS1ADES. CH. IX (St. H^k

joie et de volupté, et se laisse tomber aw pk^ls de Léonard, qui s'enivre de son triomphe. -P,

Tout le bocage retentit d'un doux murmure. Tendres soupirs, prières d'amour, refus agaçants, cris de colère, paroles de paix, se mêlent et se confondent. Journée délicieuse, que Vénus enflamma de tous ses feux, comment redire les plaisirs que tu vis éclore ? Ah ! que mes vers du moins en offrent l'imparfaite image à celui qui n'a pu les goûter !

Les Néréides ont partagé Tivresse de leurs amants ; elles se plaisent à les parer de guirlandes de fleurs , de couronnes d'or et de laurier. Leurs belles mains, en signe d'hyménée, s*ti^|(||sent à celles des héros : les paroles solennelles sont prononcées. Nobles fils de Lusus! heureux guerriers ! la mort même ne saurait vous ravir vos inséparables compagnes ^

La plus belle des nymphes , celle à qui toutes obéissent et dont les traits annoncent la céleste origine , la déesse enfin qui couvre de merveilles la terre et Tonde, ^ Téthys, avait été réservée par l'Amour au conquérant

fS^' des mers. La majesté brille sur son front, et la grâce,

dans ses discours.

« Je suis Téthys, dit-elle à son illustre favori. Fille de « Gélus et de Vesta, je connais les mystères que renfer- « ment, dans leur immensité, le ciel, la terre et les mers ; « mystères profonds , que les Destiqs ont résolu de te « révéler par ma voix. L'univers n'a plus de secrets pour « des héros tels que vous. »

Elle dit, et, le prenant par la main, le conduit au sommet d'une montagne où s'élève un palais d'or et de cristal. C'est là que, pour Téthys et Gama, l'Amour a

1 . C'est ici que le poêle commence à donner ouvertement Texplication de ses allégories. LMiymen des héros portugais avec lei nymphes n^est que Timagc de l'éternelle union du courage et de la gloire. Voir Notice littéraire, p. 74 et sulv.

IM LUSIADES. GH. IX (St. 87-SIO). 557

rassemblé tooiftes plaisirs ; il anime, il embellit à la fois et le palus de Téthys et les bosquets des Néréides.

Ainsi s'écoulait , dans Tivresse d'un bonheur inconnu aux mortels, une journée enchanteresse qui payait nos guerriers de leurs longs et pénibles travaux : ainsi le monde reconnaissant a placé au bout de la carrière le prix du courage et des exploits; la Renommée proclame les vainqueurs, et leur mémoire est immortelle*.

Les triomphes, les palmes, les lauriers, tous les honneurs que Tunivers leur décerne, ont leur emblème dans les fêtes charmantes prodiguées aux enfants de Lusus par les nymphes de TOcéan. Sous les traits des Néréides, la Gloire a souri aux triomphateurs dis flots ; sous les traits de Téthys, elle a couronné Gamà.

L*antiquité aimait à placer dans les cieux les mortels dont la déesse aux cent voix avait consacré les noms. Us n'arrivaient à Timmortalité que par d'éclatants exploits, par d'immenses travaux', par cette carrière de la vertu, si rude d'abord et si pénible ^ mais à la fin si riante et si douce.

Les héroS; en quittant la vie, franchissaient le seuil de

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