‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 224 sur 240 · LES LUSIADE8. CH. X (St · texte numérisé non relu

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core quelques jours, et j'aurai VU fuir mon été*. L'infortune a glacé mon génie. Ce génie dont j'étais si fier, hélas! il m'abandonne*. Les noirs chagrins m'entrainent au fleuve de l'oubli, au séjour de l'éternel sommeil. Reine des muses , viens du moins achever avec moi le monument* que j'élève à la gloire de ma patrie.

« Des bords du Tage, disait la jeune immortelle, parce tiront des flottes belliqueuses ; elles traverseront les « mers ouvertes par Gama , et soumettront tous les ri- « vages^ que baigne l'océan des Indes. Les rois idolâtres

1. Ehea! Tugaces, Postume, Postume, Labuntur anni ; nec pietas moram Rugis et instanti senectœ

Afferet, indomitœque morti.

(Hor., (W., 11, U; ?. 1-4.)

2. Dans sa 1X« ëglogue, où Virgile se met lui-même en scène sous le nom de Ménalque, Mœris se plaint de l'action qu'exercent sur l'esprit l'âge et l'infortune :

Omnia fert ctat, animum quoqae. Scpe ego loogos Cantaudo puerum meinini me condere soles : Nanc oblita roihi tôt carmina ; tox quoque Mœrin Jam fugit ipsa

(Virg. BgL Bue., IX, ▼. 51-54.)

La méiuc pcns6e se retrouve dans une épltre d*Horaee :

Singula de nobis anui praedautur «runtes ; Eripuere jocos, veiierem, convivia, ludum ;

Tendant extorquere poemata

{ÊpU. Il, S; T. 52-57.)

3. On voit que le poêle, après quelques accents de tristesse, s'anime tout à coup d*un noble orgueil en pensant au monument qu'il élève à la gloire de sa patrie. Il ne dit pas tout h fait comme Horace, {Od. III, 30.)

Exegi monumentum «re perennius, Rcgaiique situ pyramidnm altius ; Qood non imber edax, non Aquilo impotens Pofsit diruere, aut innumerabilis Annorum séries et fuga tcmporum.

mais on sent qu'il a la môme pensée, la mémo confiance dans la durée et la beauté de l'œuvre qu'il va bientôt avoir accomplie.

-4. 11 nous scmblij as^ez curieux de rappeler ici quelques vers de Sénèque qui, écrivant ù une épo<iue où l'océan Atlantique n'était qu'une mer presque inconnue au delà de laquelle on ne supposait au-

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« se débattront en vain contre le joug : courbés sous le « fer du vainqueur, ils subiront Tesclavage ou la mort.

« Le pontife-roi * d'un peuple malabare va s'unir aux a guerriers du Tage. Malheureux, mais toujours fidèle, « il verra ses campagnes ravagées, ses villes livrées aux « flammes, ses forteresses renversées, tout son royaume « en proie à la fureur du Samorin.

« Cependant une escadre formidable sortira du port « de Lisbonne ; elle portera sur les mers le héros, encore « inconnu, qui doit venger tant de désastres. C'est le « grand Pachéco , TAchille de la Lusitanie. Le navire « qui le recevra dans ses flancs, fléchira sous un si « noble poids*.

« Il arrive en Orient; il vole au secours de l'ami des a Portugais. Défenseur de Cochin, il arme tous les abords « du fleuve qui baigne la cité , détruit ou disperse les « Naïres dans le détroit de Cambalon , et rejette la ter- « reur parmi les Indiens, étonnés d'être vaincus par une n poignée de combattants.

« Le Samorin rassemblera de nouvelles forces. Les « rois de Visapour et de Tanor descendront des mon-

eune terre habitable, prédit les progrès de la navigation et va Jusqu'à prophétiser le découverte d*un nouveau monde : « Un temps viendra, dit-il, où les obstacles qui ferment TOcéan s'aplaniront ; la route d*un vaste continent s'ouvrira au navigateur, Téthys lui découvrira de nouveaux mondes, et Thulé ne formera plus les bornes de la terre. •

Venient annis uecula seris, Quibus Oceanas vincula rerum Laxet, et ingens pateat tellut, Tethysque novos detegat orbes, Nec sit terris ultima Thiile.

(Médée, II.)

1 . Trimumpara était en même temps roi de Cochin et chef de la religion de son pays. Il se déclara tout de suite en faveur dos Portugais et soutint leur cause les armes à la main.

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