VI, V
LES LUSIADES. CH. X (St. 18-20). 567
« navires seront armés d'énormes machines destinées « à briser les vaisseaux qui jusqu'alors auront bravé « ses fureurs*.
« Des montagnes de feu s'avanceront sur les ondes, « menaçant d'une entière destruction Tescadre de Pa- (( chéco. L'art et le génie disperseront en un moment « ce formidable appareil. Parmi tous les guerriers dont « la renommée nous a transmis la mémoire , en est-il « un qui puisse disputer la palme à celui que je chante? « Héros de la Grèce et de Rome*, pardonnez : l'Achille « portugais vous a tous surpassés.
« Tant de combats soutenus par une centaine de « braves, tant de victoires remportées sur des ennemis « nombreux et vaillants, passeront pour des événements « fabuleux; ou l'on croira que les puissances du ciel, « descendues à la voix du héros, versèrent dans son « âme la prudence, la force et l'intrépidité.
«Le guerrier^ qui, dans les plaines de Marathon, « anéantit l'armée de Darius; celui qui, avec quatre u mille* Lacédémoniens, défendit les Thermopylcs; l'in-
1. Yojex, au sujet des exploits de Paehéco, la Notice historiqao, p. 250 et suiv.
2. Le poëte portugais aime à comparer ses héros à ceux de la Grèce et de Rome : il se plaît à montrer que leurs actions ont élé parfois plus grandes que celles des anciens. Nous devons reconnaître d*ailleurs que ce jugement, tout favorable quMl est aux Lusitaniens, n'est pas seulement dû à l'enthousiasme patriotique de Camoens; d'autres que lui se sont exprimés dans les mêmes termes. « Nous prononçons encore avec une admiration respectueuse, dit Voltaire, les noms des Argonautes, qui tirent cent fois moins que les matelots de Gamaetd'Albuquerque. » (Essai sur les mœurs et Vesprit des nations,)
3. Les troupes considérables de Darius, dirigées par Dalis et Artapherne, furent vaincues par la petite armée des Athéniens, commandée par Miltiade. Celte victoire, qui sauva la Grèce, fut remportée en Tan 490 av. J-C., dans les plaines de Marathon, à 30 kil. N. E. d*AUiènes.
4. Léonidas, en 480 av. J. C, défendit le défilé des Thermopyles contre toute Tarmée de Xerxès avec trois cents Spartiates et environ trois mille Grecs du Pélopon^8e. Le chiffre des combattants qu*indique
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« trépide Romain ^ qui soutint seul sur un pont tous les 4i <( efforts des Toscans; le sage Fabius enfin, déployèrent « dans les combats moins de génie et de valeur. »
Ici les accents de la déesse perdent tout à coup de leur éclat ; d'une voix altérée par les larmes, elle déplore tant de courage si mal récompensé. « 0 Bélisaire ! ditce elle, toi qui seras toujours grand parmi les filles de « Mémoire ; si l'impure calomnie a flétri tes lauriers, si « ta gloire a connu l'outrage*, viens te consoler avec a Pachéco.
CamoeiM est celai que donne rhistorien Justin ; mais les historiens grecs ne sont pas d'accord sur ce nombre. Selon Hérodote, les Yilles du Péloponèse fournirent 3100 soldats; les Thespiens, 700 ; les Thébains, 400; les Phocéens, 1000 ; total : 5200, sans compter les Loeriens-Opontiens, qui marchèrent en corps. Pausanias conjecture que ceux-ci étaient au nombre de 6000, ce qui donnerait pour le total 1 1200 hommes. Enfin Diodore dit que Léonidas se rendit aux Thermopyles à la tête de 4000 hommes, parmi lesquels étaient 800 Spar- Uates et 700 Lacédémooiens ; et il ajoute que ce corps fut bientôt renforcé de 1000 Milésiens, de 400 Thébains , de 1000 Locriens, et d'un nombre presque égal de Phocéens ; total : 7400 hommes. Toujours est-il que, lorsque Léonidas apprit qu*il allait être tourné, il renvoya la plus grande partie de ses troupes ; il ne garda que les Spartiates, les Thespiens et les Thébains ; ces trois corps, après les pertes subies dans les premières attaques, ne comptaient plus guère que 500 hommes, et ce fut avec cette poignée qu'il résolut d*attaquer le. camp des Perses. (Voy. dissert^^** de J.J. Barthélémy.)
1. En Tan 507 av. J.-€., 246 de Rome, le roi Porsenna attaquant Rome pour y rétablir Tautorité de Tarquin, Horatius défendit seul l'entrée d*un pont qui conduisait de la ville au mont Janicule, pendant que deux de ses compagnons le rompaient derrière lui. H perdit un œil dans ce combat et fût surnommé Coclès. Virgile rappelle ee haut (Ut dans la description du bouclier d'Ênée :
Nec non Tarquinium ejectum Porsenna jubebat Aoeipere, ingentique urbein obsidione premebat ; iEoeadae in fernim pro libertate ruebant. Illum indignant! similem, iimilemque minanti Aspiceres. pontem anderet quia rellere Coclei,...
(Enéide, VIII, y. 646-650.)
2. Bélisaire, un des plus habiles généraux de Tanliquité, après avoir vaincu les Perses, les Vandales, les O^trogoths et les Bulgares, après avoir pendant plus de trente années contribué plus que tout autre à la gloire du règne de Justinien. se vit disgracié sous prétexte de
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« Vous aviez tous deux servi glorieusement le prince « et la patrie : d'injustes rigueurs vous ont payés tous « deux. Plus d'une fois encore on verra les défenseurs « du trône et de Tautel languir, comme vous, dansTob- « scurité d'une vie dédaignée , et mourir sur le lit de la « misère *. Voilà l'œuvre des rois qui , n'écoutant que le « caprice qui les guide , ferment l'oreille à la voix de la «. justice et de la vérité.
« Voilà l'œuvre des rois qui, séduits par de vains dis- « cours, accordent à l'insidieuse éloquence d'Ulysse le « prix que réclamait la vaillance d'Ajax*. Mais la vertu « sera vengée : les faveurs qu'ils refusent à la fidélité « courageuse n'auront enrichi que de lâches flatteurs.
« Et toi qui méconnus les services d'un grand homme, « toi qui ne fus injuste qu'envers lui, malheureux Emit manuel I il t'avait donné des royaumes, et son partage « est l'indigence ; son dernier asile, un cachot! Mais,
eonsptralion contre la vie de l*einpereur. Il fut mémo emprisonné et ses biens furent conflsqués.Toutefois il ne faut pas croire au récit d'après leqaei Bélisaire, privé de la vue par ordre de Justinien, aurait été réduit à mendier son pain : ce roman est de l'invention de Tretzès, po6le et grammairien grec, né à Gonstantinople au commencement du XII* siècle.