ET MOURUT DE MÊME
L*AN MDLXXIX.
Mais, comme si le mauvais sort gui avait agité toute sa vie avait dû le poursuivre jusque dans la mort, le tremblement de terre qui détruisit une partie de Lisbonne en 1755 renversa de fond en comble Féglise de Santa-Anna et fît disparaître sa tombe sous les décombres.
t. Le Jésuite Mattheos Cardoso, professeur à runiversité d'Evora, composa aussi pour Camoens une êpitaphe en sept distiques latins. Un de ses vers,
Hune Itali, Galli, Hispani yertere poeUm,...
indique que, dès cette époque, le poème des Lutiadei a?ait déjà été traduit en italien, en français et en espagnol.
SOUMAIBE
Chant !•'. — Camoens invoque d'abord les nymphes du Tage et se recommande au roi Sébastien. En parlant à ce jeune prince de ceux qui Tout précédé sur le trône et des héros du Portugal, il ilnvite à se montrer Théritier de leurs vertus et le digne souverain d'un tel peuple : « Écoute, le nom portugais va retentir dans mes chants. Apprends à connaître les hommes que le ciel a soumis à ton empire ; et dis-moi s'il n'est pas plus beau de régner sur eux que de commander au reste du monde. »
Après cette exposition, il eotre immédiatement dans son sujet, à la manière d'Homère et de Virgile, et nous transporte au milieu de Faction. Les vaisseaux des enfants de Lusus, sous la conduite de Gama, ont doublé le cap des Tempêtes et suivent paisiblement leur course entre Madagascar et la oôte Éthiopienne, tandis qu'au
sein des célestes demeures, où se prépareiBt les arrêts qui i^glent le sort des morteli^ les dieux tiennent conseil sur les destinées de TOrient. Ils sont assis sur des sièges émaillés d'or et de perles, qui s'abaissent par degrés au-dessous d'un trône resplendissaAt d'étoiles, réservé au dieu qui lance la foudre. Bacchuà, l'opcien conquérant de TAtie, qui craint que des exploits nou- ^ veaux, accàmplîs sur les rivages de l'océan Indien, ^ n'éclipsent un jour son antique renommée, s'oppose à l'entreprise des Portugais, en qui il déteste des rivaux. ^ Vénus, au contraire, prend leur défense : elle aime à * retrouver en eux les mâles vertus des Romains, qui lui Mréiitsi chers, et jusqu'au langage à peine altéré de ces anciens maltrM au monde. Un motif secret et plus puissant encore Fîntéresse à leur cause : il lui a été prédit que la déesse de la beauté régnera partout où s'étendra leur empire. De tous le|amis de la dée^. Mars est le plus ardent ; car la cause du héros esiffilh turellement la sienne. Jupiter se range de leur aviâ, et la flotte arrive à l'île de Mozambique.
Les Maures viennent la visiter : « D'où venez-tous ? Qui êtes-vous? » demandent-ils familièrement aux Portugais. Une wge réserve accompagne la réponse des guerriers : « Nous sommes les Portugais, peuple de l'Occident; nous cherdritnft les contrées orientales. » Et ce premier entretien est suivi des assurances réciproques d'une amitié sincère.
Mais le lendemain, le chef des Maures soupçonne dans ces étrangers des adorateurs du Christ : « Montrez-moi, leur dit-il, les livres |acré$ oà'vos législateurs
ont tracé lai ^^es de la morale et de la foi. » — « le
-:jie suis ni dti pays, ni 4il^la race des Turcs, réi>t>nd
fièrement Gama. Le code immortel de FHomme-Dieu,
que j'adore, je ne le porte point avec moi. Ai-je besoin
de lire sur.das feuilles périssables ce qui est écrit dans
mon oiîiirF^ Dès lors la défiance et la haine ont fé^
')|Ctré aans i'àme du cheik ; il les enête avec un art
l^fond et se retire en couvrant d'un voile f amitié le
' noir projet qu'il médite.
^ Bacchus a lu dans son cœur ; il rabc|de sous la fi-
.^giire d'un vieillard, dontrUe entière Irespecte la pru-
\ dence, et lui conseille de tomber à i'improviçtè cor
Gama et les siens, lorsqu'ils descendront sur l)li||«ig>e ^
pour y puiser l'eau des fontainei» |(^6 Gamajr qu'une
secrète inquiétude agite, a pris toàtès ses précautions :
loin d'être surpris, il inflige une sanglante défaite aux
Mauçes embusqués. ^
I^tbeik, altéré de vengeance, a recours à un second artifice, que Bacchus lui a suggéré : il implore la clémence fl^s vainqueurs, et le gage de la foi jurée, le garant en traité, c'est un pilote qui promet de conduire les Portugais au but de leur voyage et qui, secrètement, s'est chargé de les conduire au ntbfirage.
Il essaie d'abord de les faire aborder à l'Ue Quiioa, en leur disant qu'elle est habitée par des chrétiens ; les vents détournent la flotte et la portent en vue de l'Ue de Mombaze. Il leur affirme alors que cette seconde Ue est peuplée, tout à la fois, de familles chrétiennes et de musulmans, et le roi de Mombaze, que Bacchus, sous mi nouveau dégukeinentf à déjà prévenu de leur
oO NOTICE SUR LES LU3IADES.
arrivée, leur envoie un message amical, qui confirme
les paroles mensongères do pilote. .#
Triste condition des humains, s'écrie le poète, faisant sans doute un retour sur lui-môme. Sur mer, les tourments et les naufrages ; à chaque instant, la mort sous les yeux I Sur terre, les combats, les tr^sons, rindigence et tiutes les horreurs I Où trouver un asilu pour cette existence si malheureuse et si courte ? #
Chant IL -^ Deux Portugais, choisis par Gama, quittent la flotte et sont accueillis sur la rive par les ^ témoignages* trompeurs de la publique allégresse. Baochus est descendu dans Mombaze, et, caché sous les vêtements d'un chiétien, il se joue de la crédulité des deux émissaires, qui retournent vers leur chef tout fiers de l'accueil qui leur a été fait. Rassuré par leurs discours, Gama reçoit avec joie les infidèles qui, de leurs barques légères, s'élancent à son bord, et tandis que, dans la ville, on rassemble à la hâte des armes pour l'attaquer, îl se dispose à entrer paisiblement dans le port.
Mais Vénus veille sur lui. Fille de Tonde, elle commande en souveraine aux jeunes déités qui Thabitent. A sa voix, les Néréides quittent leur palais d'azur, et, couvertes» d'un nuage impénétrable, elles enveloppent la flotte portugaise, appuient contre les flancs des navires leur poitrine délicate et les détournent du rivage. Les matelots, troublés dans leurs manœuvres, poussent des cr^s, et les infidèles, qui croient leur ruse découverte, se jettent à la mer avec le perfide pilote pour
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regagner le riyage. Leur conduite si étrange, leur Itiîte si imprévue révèle à'Gama le complot auquel il vient d'échapper.
Effrayée du péril qui menace encore les Lusitaniens, Yàius monte au ciel pour implorer Jupiter en leur faveur. Sa beauté, ses larmes et son discours touchent le maître du tonnerre : pour calmer ses alarmes, il fait briller à ses yeux de prophétiques images, lui prédit k grandeur future des enfants de Lusus et leurs conquêtes en Asie. Obéissant à ses ordres. Mercure plane bientôt sur Mélinde ; la Renommée raccompagne et y publie les prodiges de la valeur portugaise ; puis, le fils de Mala vole aux rivages de Mombaze, apparaît en songe à Gama et lui dit de se diriger an plus tôt vers rUe des Mélindiens.
La flotte avait obéi aux ordres de son chef, et le soleil éclairait pour la seconde fois Tunivers, depuis qu'elle avait quitté les parages de Mombaze, lorsqu'elle rencontre deux nefs montées par des Maures : elle s'empare de l'une d'elles. Gama espérait y trouver un pilote qui connût les ports de l'Inde ; son attente est trompée. Mais les Maures lui disent qu'il n'est plus loin de Mélinde, où il trouvera d'habiles pUotes et un monarque dont ils vantent l'humanité, la noblesse et la magnificence.
Les Portugais arrivent en vue de l'tle. La plage se couvre en un moment d'une foule immense. Gama envoie un messager au roi qui, prévenu par la Renommée et fier de recevoir des héros dans ses États, leur ouvre Bon royaume et promet d'aller visiter leurs vaisseaux
le lendemain, aux premières clartés du jour. Des feux d'artifice, tirés sur la flotte et sur le rivage, égayent la soirée.
Dès le matin, le roi part accompagné des grands du royaume, et dans le pompeux appareil des monarques orientaux. Gama, de son côté, quitte la flotte, entouré d'un brillant cortège, et, sur ses chaloupes pavoisées, s'avance à sa rencontre. Les navires, avec leurs bronzes formidables et leur mousqueterie légère, les saluent tous deux.
Puis, lorsque la foudre s'est tue et que la chaloupe, qui les porte ensemble, s'est arrêtée sur son ancre, le Mélindien se livre au plaisir d'interroger Gama : « Enfin, lui dit-il, fais-moi le tableau fidèle du pays qui fut ton berceau, de la grande région dont il fait partie. Raconte-moi l'origine de ta nation, ses guerres, ses victoires. Voyons par quels degrés elle est arrivée à
tant de gloire et de puissance Dis-moi les périls de
ta navigation, les ouragans, les tempêtes, les mœurs, les usages qui t'ont le plus frappé sur le rivage éthiopien Parle, la voix de laRenonunée s'est fait entendre avant la tienne. Nous ne sommes que des Africains ; mais qui ne connaît les Portugais, leur courage, leurs vertus guerrières? Le soleil n'éclaire pas de si loin les peuples de Mélinde, qu'ils ne sachent apprécier le mérite des grandes actions. »
Chant III. {Récit de Gama.) — Les Maures attendaient en silence que Gama commençât son récit. Il se recueille un moment et, d'un air assuré, prend la parole.
Ayant de parcourir les annales guerrières du Portugal, il montre d'abord, selon les désirs du roi mélindien, la grande région où fleurit la Lusitanie. Une description de l'Europe, suivie d'un aperçu rapide sur les temps antérieurs à la monarchie portugaise, forme rintroduction de cette poétique histoire.
Gama passe alors en revue tous les rois de Portugal et raconte les hauts faits de chaque règne. Le valeureux Henri, qui a reçu le titre de comte pour prix de son courage, laisse ses domaines à son fils Alphonse, qui doit les défendre contre l'ambition de sa mère et des Castillans. Une première fois vainqueur, il est attaqué de nouveau, et réduit à chercher un abri dans les murs de Guimaraens ; il est sauvé par l'admirable dévouement d'Égas-Moniz. Il dirige ses armes contre les Maures, remporte la bataille d'Ourique où il est proclamé roi, prend Leyra, Arronchés, l'illustre Santarem, Mafra, Cintra et la reine des cités, la superbe Lisbonne ; il soumet TEstramadure entière et les terres transtaganes, Elvas, Mousa, Serpa, Alcacer, et, tandis que l'antique asile de Sertorius, Évora, cède en un moment à l'audace du fier Giraldo, il court venger sur Béja la destruction de Trancose, il s'empare de Cézimbre aux ondes poissonneuses, dePalmella qui, du haut de son rocher, est témoin d'une victoire inattendue. L'altière cité de Badajoz grossit le nombre de ses conquêtes. Mais il y est bientôt assiégé et battu par le roi de Léon, Ferdinand , qui redemande son antique domaine. Ce revers réveille Taudace des enfants de Mahomet. Il triomphe de leurs efforts sous les murs de
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Santarem. Fatigué par Fàge, il remet son épée en de plus jeunes mains. Les bords du Bétis, qu*il teint du sang des infidèles, les campagnes de Séville, où succombe leur formidable armée, les murs de Béja, près de céder à leurs efforts, voient les premiers exploits de son fils, le généreux dom Sanche. C'est au moment où Alphonse se voit couronné de toutes les faveurs de la fortune que ce vainqueur de tant de peuples est à son tour vaincu par Tâge.
Dom Sanche, après avoir battu les Musulmans et s'être emparé du territoire de Sylves, porte la guerre chez les peuples de Léon, et réduit sous le joug la su-^ perbe Tuy. La mort arrête ses succès.
Le règne de son fils, le second des Alphonses, est marqué par la prise définitive d'AIcacer .
Mais dom Sanche II, qui lui succède, montre tant de mollesse que les Portugais lui préfèrent son frère, Alphonse le Brave, qui marche à la conquête des Algarves et renverse les Maures dans vingt batailles.
Avec Denis, fils d'Alphonse le Brave, le Portugal fleurit et prospère : de nobles cités sortent de leurs ruines, et Coimbre devient le séjour des muses.
Le quatrième Alphonse vole au secours des Castillans attaqués par les Maures : il les bat dans les champs de Tariffe. Mais, après son retour dans ses États, un tragique événement trouble les jours de sa vieillesse : son fils dom Pèdre est épris d'Inez de Castro, et la malheureuse est sacrifiée à la raison d'État.
Le premier acte de la puissance de dom Pèdre
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est de venger la mort dînez. Puis il informé les lois et les mœurs : il est juste, mais cruel.
L'inexorable prince a pbur héritier le faible Fernande qui, entraîné par une passion fatalejroublie la sûreté de son empire et Thonneur de sa couronne.
Chamt IY. {Suite du récit de Gama.) -r- La veuve de Femand, la faible Léonor, laisse les réhes de TÉtat flotter entre les mains de ses favoris, qui soulèvent la colère des Portugais. Elle proclame sa fille Béatrix, Tunique héritière de sa couronne , et appelle ^ son aide les Castillans. Grâce à la fermeté et au courage de Nuno- Alvarez, ceux-ci sont défaits dans la grande bataille d'Aljubarota, et Jean I'^, fils naturel de dom Pèdre, est proclamé roi. Jean est le premier des rois de Portugal qui va, sur la rive africaine, croiser la lance avec les champions de Mahomet : il s*empare de Ceuta. Son règne glorieux est trop court. Le sort, dans son bizarre courroux, se plaH à faire succéder la tristesse à la joie, le revers à la prospérité. Edouard, qui monte sur le trône, connaît le malheur et le supporte noblement. Son frère, le pieux Ferdinand, s'immole au salut de THespérie entière.
Sous le sceptre d'Alphonse, la Lusitanie relève son front un instant humilié, et si les campagnes de Toro sont témoins de ses revers, les bords africains ne connaissent que ses victoires.
Jean Second, qui lui succède, forme l'entreprise audacieuse de pénétrer jusqu'au berceau de l'aurore. Ses voyageurs visitent la nouvelle Memphis et les