‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 24 sur 240 · IH · texte numérisé non relu

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pum^ du Nil;'%*aYersent la mer Rouge : le détroit de Bab-el-Mandeb les conduit dans ce golfe où, fiers d'une ' ^ittustre orig^ine, le Tigre et FEuphrate réunissent leurs (mdes ; priiSy ils s'avancent vers les bords de l'Indus ; mais ils meurent sur une terre lointaine, les yeux tOumis fers la patrie.

C'est au g^nie de l'heurêlOt Emmanuel qu'est réser-

• vée la découverte de l'Orient. A peine se voit-il sur le trône qu'il projette la conquête des mers. Ce glorieux dessein le poursuit jusque dans le sommeil : il voit en Sunnas, 30US la forme de deux vieillards respectables,

* le Gange et l'Indus, qui lui promettent la conquête de rinde. L'expédition est décidée, et c'est à Gama qu'en est confiée la direction.

Déjà vaisseaux, matelots et guerriers, tout est prêt pour le départ. Les parents, les amis, un peuple immense accourt sur le rivage : l'affliction se peint sur tous les visages, et les guerriers eux-mêmes mfirchent en silence, osant à peine lever les yeux sur une mère, une épouse, une famille désolée.

Le chef se hâte d'interrompre des adieux si chers à l'amitié, mais si douloureux aux cœurs qui se séparent. Il ordonne le départ.

« Cependant un vieillard est resté sur le rivage. Son regard est triste ; son maintien, grave et sévère. Mûri par l'âge, instruit par la sagesse, il paraît avoir connu la gloire , mais la gloire n'a plus pour lui d'illusion. Trois fois, d'un air improbateur, il secoue sa tête vénérable, et l'œil fixé sur ceux qui s'en vont, il donne un libre cours à sa douleur. »

NOTIGB SUR LES LUSIABIk/ . .^ ^

CHAirr Y. {Fin du récit de Gama.) — Après aToir parcouru l'histoire des princes de Portugal, Gama fait au roi le' récit de sa propre expédition jusqu'au joi|| de son arrivée à Mélinde.

« Cintra, dit-il, fuit dans Téloignement ; nos yeux ne peuvent 8*en détacher. La terre enfin s'évammit; et nous voguons vers les mers inconnues, flous passons ^ en vue de Madère, l'orgueil de l'Océan, qui l'embrasse/ et des Portugais, qui l'ont peuplée. Nous côtoyons rapidement la Massylie et nous franchissons l'ancien promontoire d'Arsine, que nos marins ont ap{|rié le cap Vert. Nous voyons les lies Fortunées et Santiago ; ' nous suivons la rive que foulent les nombreuses tribus des Jalofs et des Mandingues. Les Dorcades, ancien séjour des Gorgones, nous apparaissent dans le lointain. Nous observons tour à tour les sommets rougissants de Serra-Leona, le cap du Palmier et le Zaïre. Lorsque nous avons dépassé la ligne ardente qui partage le monde, un astre nouveau, la constellation de la Croix, vient nous offrir sa bienfaisante clarté.

Te dirai-je les inexplicables phénomènes dont la mer est le théâtre ? J'ai vu les bourrasques subites, les noirs ouragans et les feux brillants qui , s'élevant du sein des tempêtes, environnent les mâts d'un cercle de lumière, et les trombes qui forment d*épais nuages, aspirant, par un large tube, les vagues profondes de rOcéan.

La lune a déjà développé cinq fois son croissant lumineux, lorsque nous prenons terre. Mes compagnons s'emparent d'un noir Africain, que je mets en liberté,

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envahissent le vaisseau de Gama ; les guerriers, qui se précipitent aux pompes, sont renversés par le roulis. En proie, comme Gama, à la colère de Neptune, Paul et Coelho errent sur la profonde mer avec leurs mâts brisés. jOn dirait, au fracas de la foudre, que les cieux tombent de leur axe.

Mais rétoile du matin commence à rayonner : la déesse qui la conduit dans les cieux, Vénus, voit les mers bouleversées et les Lusitaniens en péril. Elle appelle les nymphes, ses compagnes, les pare de guirlandes de roses. Celles-ci s'avancent à sa voix, comme . un essaim d*étoiles radieuses, et la colère des enfants d'Éole expire à cette vue.

Le calme règne sur les flots, et la joie, dans les cœurs. En ce moment même la terre parait. « Amis, s'écrie le pilote de Mélinde, si j'en crois mes yeux, c'est la terre de Calicut. Oui, c'est elle ! » Gama ne peut retenir ses transports. Attendri, hors de luimême, il fléchit le genou et rend grâce au ciel.

... Émtt lui-même du courage et du bonheur de son héros, le poète abandonne un instant son sujet. « Amants de la gloire, dit-il, voilà les terribles épreuves qu'elle vous donne à subir. . . Son regard tombe avec mépris sur les esclaves de la fortune... Que peuvent sur une âme bien préparée les séductions de la richesse et de la grandeur? Mon héros ne doit rien qu'à la vertu... »

Chant VII. — Ainsi donc, tandis que les Germains se livrent aux querelles du luthéranisme, que le roi

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d*Angleterre se fait le chef d'une nouvelle Église, que le roi de France dirige ses armes contre Tltalie, et que celle-ci s'use en luttes intestines ; pendant qu« toute l'Europe chrétienne est comme égarée par un délire sanglant, la Lusitanie seule combat les Maures toujours unis, toujours dociles à la loi de Mahomet. Déjà les Portugais occupent les ports de la rive africaine, et l'Asie les reconnaîtra bientôt pour ses maîtres.

La flotte de Gama est devant Calicut. Pendant qu'un envoyé court annoncer au monarque l'arrivée des navigateurs de l'Occident, un habitant du pays , du nom de Mozalde, donne à Gama tous les renseignements qu'il peut désirer sur le gouvernement et les mœurs du peuple qu'il va visiter.

Une ambassade solennelle que dirige le Catual ou chef des ministres du Samorin, vient recevoir sur la plage Gama et ses compagnons. Us traversent ensuite la grande cité de Calicut et parviennent au palais, dont ils admirent les brillants ornements. La salle du trône s'ouvre devant eux : sous un dais magnifique parait le Samorin. AumiUeu de ses compagnons restés debout, le héros s'assied, et, d'un air noble et modeste qui lui concilie la bienveillance de la cour, U propose au Samorin l'alliance du Portugal. Le monarque lui répond qu'il doit prendre avant tout l'avis de son conseil. Les Portugais sont alors conduits au palais du ministre, où un repas somptueux termine pour eux cette journée.

Cependant le Catual a reçu de son maître l'ordre de recueillir de nouvelles lumières sur la patrie des guer-

riers, sur leurs mœurs et sur leur croyance. Il se rend, le surlendemain y au vaisseau de Gama, où sont réunis les trois chefs de la flotte. De riches tentures, des bannières de soie sont déployées sur le tillac. Sur les bannières sont peints les exploits des anciens Portugais, et le Catual demande Texplication de ces peintures. Le frère de Gama va la donner : il commence... mais tout à coup le poète interrompt le récit. Il invoque le secours des muses, des muses, son seul appui. « Ne m'abandonnez pas, leur dit-il, au moment où je vais chanter tant d'actions mémorables. Vous ne me verrez point prostituer vos dons à d'indignes mortels. Jamais je ne célébrerai l'ambitieux égoïste, ni le conseiller perfide, ni le magistrat injuste, ni le ministre insatiable. Honneur seulement aux héros qui, pour leur Dieu, pour leur roi, prodiguent noblement leur vie. »

Chant VIII. — Le frère de Gama explique au ministre du San^orin les portraits tracés sur les bannières : Lusus, Vîriate, Sertorius, le comte Henri, Alphonse I", Egaz-Mdniz, dom Fuas, le chevalier Enric, le prêtre Theotonio, Mem-Moniz, Giraldo, Martin Lopez, l'évêque dom Mathieu, Correa, Ribeiro, Nuno-Alvarès, Rodrigue de Landroat, Fernand d'Elvas, Pereira, les dix-sept héros de Villalobo, dom Pèdre et dom Henri, Menezès et son fils dom Duarte de Viana. Le ministre s'éloigne ensuite de la flotte.

De son côté le Samorin a consulté ses devins, qui lui annoncent la ruine des trônes de l'Inde.

A l'effroi des idolâtres se joint bientôt la fureur des

Musulmans qui voient leur commerce, en ce pays, compromis par l'arrivée des Portugais. Ils corrompent les conseillers du monarque.

Celui-ci, troublé par ses augures, trompé par les Musulmans et par les hommes de son conseil, flotte dans l'incertitude. Enfin il appelle Gama : « Viens, lui dit-il, parle-moi sans détour. Avoue ta faute; le pardon sera le fruit de ton aveu. » Indigné, mais calme et tranquille, Gama se défend avec fierté, et, à mesure qu'il parle, la confiance renaît dans le cœur du roi. Il est enfin persuadé que ses ministres ont été trompés ; mais lui-même se trompe ; ses ministres sont corrompus, c Retourne à tes vaisseaux, dit-il à Gama, et que, dès aujourd'hui, l'Asie et l'Europe soient unies par les nœuds du commerce. » Gama, empressé d'obéir, vole au palais du Catual et demande un esquif qui le conduise à la flotte. Le Catual hésite et temporise ; il a fait détacher toutes les barques du rivage et conseille à Gama de faire aborder ses vaisseaux : son intention est de les faire incendier par les Maures. Gama l'a deviné : il fait secrètement avertir Coelho de s'éloigner et de se tenir en garde contre tous les pièges. En vain le Catual s'effbrce-t-il d'intimider Gama : les menaces, les insultes, la mort même, il souffrira tout plutôt que de mettre en péril les vaisseaux de son roi. Alors le ministre, avide et corrompu, change tout à coup de résolution : il le laissera passer, s'il livre ses marchandises. Le héros ne met point en balance ses richesses et sa liberté. Le traître sourit à sa proie, et Ganra, délivré, jette sur cette terre infidèle un regard de mé-

pris et d'indignation, regagne promptement ses vaisseaux et s'y repose enfin de ses longues anxiétés.

0 Plutus, dieu de l'or, idole de sang et de boue ! le riche, comme le pauvre, rampe au pied de tes autels I

Chant IX. — Mozaïde prévient Gama de l'arrivée prochaine des nombreux navires que l'Arabie envoie chaque année vers Calicut ; il l'avertit que le Catual attend ce moment pour faire écraser sa petite flotte. Gama, pour faire délivrer deux Portugais retenus dans la ville, se voit obligé de saisir de riches marchands, qu'il ne met en liberté que lorsque ses deux compagnons lui sont rendus. Puis il s'éloigne à pleines voiles.

Il a reconnu les vastes régions qui s'étendent vers le berceau de l'aurore. Il va maintenant porter à sa patrie cette grande nouvelle et d'irrécusables témoignages de sa glorieuse découverte.

L'aimable divinité qui les protège, Vénus, veut embellir leur voyage. Elle offre à ses favoris, dans une tle enchantée, quelques instants de repos et de bonheur, trop juste compensation des peines qu'ils ont endurées sur les flots.

Les Néréides, vaincues par la troupe des Amours, fêtent les compagnons de Gama : elles se plaisent à les parer de guirlandes de fleurs, de couronnes d'or et de laurier. La plus belle des nymphes, celle à qui toutes obéissent, la déesse qui couvre de merveilles la terre et l'onde, Téthys, prend Gama par la main, le conduit

au sommet d*une montagne où s'élève un palais d*or et de cristal.

Ainsi s'écoule y dans Tivresse d'un bonheur inconnu aux mortels, une journée enchanteresse, qui paie les guerriers de leurs longs et pénibles travaux : ainsi le monde reconnaissant a placé au bout de la carrière le prix du courage et des exploits ; la Renonunée proclame les vainqueurs et leur mémoire est immortelle.

Chant X. — Au milieu d'un festin que Téthys offre aux enfants de Lusus, une nymphe, d'un ton prophétique, chante les hautes destinées des héros qui suivront les compagnons de Gama dans les mers orientales.

« Des bords du Tage, dit la jeune inunortelle, partiront des flottes belliqueuses ; elles traverseront les mers ouvertes par Gama, et soumettront tous les rivages que baigne l'océan des Indes. C'est d'abord le grand Pacheco, l'Achille de la Lusitanie, qui répand l'épouvante dans tout le Malabar. Puis parait Almeida, le premier vice-roi des Indes; Lorenzo l'accompagne, Lorenzo, son digne fils, qui saura combattre et mourir en Romain. Mais quelle splendeur rayonne sur les ondes de Mélinde, sur cette mer qui, teinte encore du sang des peuples d'Oja, de Lamos et de Brava, atteste la valeur de Tristan? C'est l'éclat des armes d'Albuquerque ; il vient conquérir Ormuz et l'opulente Malacca. »

La nymphe chante les exploits de Soarès, de Siqueira,

de Menezès, de Gama lui-même, qui reviendra régner

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sur les contrées qu'il a découvertes; elle chante 1 second Menezès, Mascarenhas, Sampayo, Hector é Sylveira, Nuno da Cunha, Noronha, Antoine de Sy veira, Etienne, fils de Gama ; elle chante le héros à Brésil, celui dont le nom semble appartenir au die des batailles, Martin de Souza, et son successeur Ca tro : rivaux de gloire et de génie, si Fun a fondé citadelle de Diu, Tautre saura la défendre.

Enivrés des accents d'une divine harmonie, h enfants de Lusus contemplent dans un religiet silence l'avenir qui brille à leurs yeux.

Téthys les guide ensuite vers le sonunet d'une moi tagne jusqu'alors inaccessible aux humains : là, el leur explique le grand édifice du monde, leur n vêle les secrets de l'univers ; elle leur montre tou la terre, dirige leurs regards de contrée en contrée» déroule à leurs yeux les mers et les pays que doivei ptircourir leurs successeurs.

€ Vous connaissez à présent, leur dit-elle, tout i que l'avenir réserve de gloire à ceux qui viendront, votre exemple, sillonner les ondes orientales. Yoi savez par quels travaux vous pouvez mériter les coi ronnes que vous préparent vos épouses inunortelle Partez donc, enfants de Lusûs. La patrie vous tend h bras. »

Les guerriers reprennent le chemin du rivage. I mer n'a plus d'orages : un soufQe pur et léger les por vers la terre qui les a vus naître. Ils vont déposer si ^ l'autel de la patrie les trophées que leur valeur conquis.

« Muse, c'est assez, s'écrie le poète. Ma lyre n*a plus d'accords, ma voix n'a plus d'accents. Et qui chanterai-je encore? La patrie ne m'entend plus. — Et dans un épilogue plein de sensibilité, Camoens révèle à son roi les souffrances de son pays, naguère si glorieux, maintenant si insensible au charme des arts, morne et silencieux.

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