Comparaison (t'équente chez Virgile
Imp«stat ttabula alU leo cea siepe peragrans (Suadet enim vesana famés) û forte fugacem Contpexit eapream, aut surgentem in cornoa cenrum
Gaudet hiaiu imroane
Sic ruit in deosos alaccr Mezentiiis hostes.
(Enéide, X, v. 723, 726 et 729.
2. La vierge du SinaY est sainte Catherine d'Alexandrie, dont la fête est le 25 novembre. D*après la légende, cette Tierge, remarquable par sa science, convertit plusieurs philosophes païens, et mourut vers 312, attachée sur une roue garnie de pointes ; son corps, retrouvé en Egypte au huitième siècle, aurait été miraculeusement transporté par
LES LUSIÂDES. CH. X (St. 43-i6]. 575
« Et toi, lille de l'Aurore, opulente Malacca^, c'est en « vain que, cachée au sein de ta mère, tu crois échap- « per à rinévitable main du héros. Tes flèches empoi- « sonnées, tes redoutables crics, ne sauveront ni ton « peuple amolli, ni les belliqueux Javanais, du joug « que leur apportent les enfants de Lusus. »
La nymphe allait poursuivre Téloge d'Albuquerque; mais elle se souvint d'un trait de colère qui ternit la réputation du héros. Le grand capitaine, le guerrier à qui la gloire a destiné ses plus belles couronnes , est toujours le père et Tami de ses compagnons d'armes ; forcé de punir, il frappe à regret : le sceptre du général n est point la hache du licteur.
Quand la faim, la soif, les maladies , les dangers du champ de bataille ; quand l'inclémence de l'air et la rigueur des saisons, quand tous les fléaux tourmentent la patience du soldat , il n'appartient qu'à des cœurs sans pitié de punir du dernier supplice une faute pardonnable à l'humaine faiblesse, et surtout à l'amour.
Soldat d'Albuquerque, quel était donc ton crime? Avais- tu ravi une vierge à sa mère, une épouse à son époux? Avais-tu , dans un afl'reux délire, outragé ta mère ou ta sœur? Non; tu n'avais offensé qu'une vile esclave réservée pour le lit d'un maître superbe. Ni Taustère discipline, ni les habitudes cruelles contractées dans les camps , ni l'excès d'un transport jaloux , ne peuvent justifler la vengeance d'Albuquerque ; elle jette sur sa vie une tache inefl*acable*.
des anges au monastère de Sainte-Hélène, sur le mont Sinaï, où un ordre militaire fut institué en 1063 pour protéger les pèlerins qui s'y rendaient.
1. Voir la conquête de Malacca dans la Notice historique, p 202.
3. L'historien Osorius a jugé la conduite d'Albuquerque avec beaucoup moins de sévérité que le poëte. Voici comment il raconte le fait : c Accidit eo tempore, ut mulieres, quas ille (Albuquercius) diligentiMime servari Jusserat, ut eas vel in Lusitaniam ad reginam Mariam
570 LES LUSIADES. CH. X (St. 47).
Apelle, amoureux de Gampaspe', la reçut des mains de son noble rival, d'Alexandre, dont il n'avait partagé pourtant ni les exploits ni les dangers. Araspe* éprouva-t-il la colère de Gyrus, lui qui, chargé d'un dépôt trop dangereux pour son cœur, avait juré de rester insensible aux charmes de sa captive? L'amour se joua d'un serment téméraire; Araspe brûla pour Panthée, et Gyrus pardonna.
mUleret (erant enim eiimia pulchritadine), vel cbrisUaDU sacris ini- Ualas apad Lusitanos matrimonio slabili colloearet, animot hominnin quonimdam nobilium indomita cupiditate parum honestœ libidiuU inflammarent. Hujus flagilit monitor et impulsor quidam Rodeiieus Diazius, scrtbœ fllius, qui mulierem unam Barracenam ex Ulis adamabat, eique Jam sœpius assueverat, eilitit. Itaque omnea elam ia Davi prstoria nocle ad mulieres, Albuquercii imperio negleelo, Tentitabant. Is ubi id rescivit, hominem suiipenderejaMit. Homines DobilfP, qui socii criminis Tueranl, ad illum adeunt, et obnixe precanUir at illi misero veniam tribuat. At cum is eorum postulata rejiceret, ilU qaerelis et conviciis rem cxpedire contenduDt, propter quœ neecMe fuit eoB in custodiam dari. Postea vero cum Albuquercius eerneret te, in tanta virorum penuria, eorum opéra carere non posse, illos custodia liberari pnecepit. Fremunt illi, tanlamque hominibus ea nobiUlate pneditis illatam contumeliam indulgenUa illa compenaaii mimme posse ; se noUe e custodia ullis conditionibus emitti ; sed arctiMimis etiam vinculis alligari, ut ita Terro vincti, in Lusitaniam deducantor et apud regem Albuquercii nomen deterant. ]s ubi boc aecepit, eos insanire permisit, honoribusque privavit, eorumque prorectarat aliis viris nobilibus attribuit. n Voir la traduction de ce passage dans la Notice historique, p. 267.
1. Gampaspe, célèbre par sa beauté, s*était attiré Tainoar d'Alexandre le Grand, qui la flt peindre par Apelle; mais celui-ci s'éprit d'elle, et Alexandre, surmontant ses sentiments personnels, permit qu'il TépousAt. Apelle avait représenté Gampaspe sous la foroie de Yéoos, sortant des eaux ; Ovide, qui avait vu ce magniOqoe tableaa, y DUt allusion, lorsqu'il dit :
Si Venerem Couc nusquam posuisKt A pelles, Mersa snb œquoreis illa lateret aquis.
(De arte amatoria, III, ▼. 401-i02.)
2. La femme d'Abradale, roi de Susiane, Panthée, qui était d'une beauté remarquable, éiant tombée au pouvoir de Gyros, fut confiée par lui à la garde d'Araspe qui s'était vanté de rester insensible aax charmes de sa prisonnière. Gyrus, au lieu de le punir de son maaqoe de parole, se contenta de s'accuser lui-môme d'imprudence.
LES LUSIADE8. CH. X (St. 48-&0|. 577
Le monde a vu Taudacieux ^ Baudouin enlever la fille d'un empereur. Charles de France avait à venger ses droits de monarque et de père ; mais il respecta des nœuds qu'avait consacrés THyménée, et la terre des Flamands devint la dot de Judith et l'apanage de Baudouin*.
La nymphe cependant continuait son récit harmonieux, et chantait les exploits de Soarès '. « Il parait sur « le golfe Arabique. La terreur le précède, et des plages M de l'Abyssinie se répand à Jedda, à la Mecque, à Mé- « dine. L'opulente Zéila* pleure sur ses décombres, et « Barbora* la regarde en tremblant.
« Une île, aussi célèbre par son ancien nom que par « l'arbuste précieux qui peuple aujourd'hui ses forêts, a la Taprobane, a déjà reconnu vos lois; mais une for- « teresse imposante doit en assurer la conquête. Les « tours de Colombo • reçoivent l'étendard lusitanien, et
1 . Le mot audacieux ne rend pas exactement le texte portugais : Camoens applique à Baudouin Tépithète de ferreo par allusion au surnom de Brai-de-Fer que les historiens lui ont donné.
2. En opposante la sévérité d'AIbuquerque la générosité d'Aleiandroy de Cyrus et de Charles le Chauve, le poêle ne se montre pas aussi judicieux qu'il Test ordinairement dans ses rapprochements. Ces trois monarques, eu effet, Jouissaient d^une autorité bien reconnue, qu'un acte d'indulgence était loin de compromettre ; leur situation ne doit pas être comparée à celle d*Albuquerque, entouré d'ennemis secrets, de mécontents et de rebelles qu'un exemple de rigueur pouvait seul contenir dans le devoir.
3. Lopès Soarès succéda à Albuquerque avec le titre de gouverneur. Voir la Notice historique, p. 270.
4. Zéila ou Zeilah, sans doute Tancienne Mozyllon de Ptolémée, située sur un ilol de la côte d'Adel, dans le pays des Somaulis, a encore aujourd'hui un port qui ne manque pas de commerce.
5. Barbora ou Berbera, également dans le pays des Somaulis, sur le golfe d*Aden, jouit maintenant d'une certaine importance et possède un assez grand nombre de maisons anglaises.
6. La ville de Colombo est située dans une petite presqu'île de la côte sud-ouest de Ceyiun. Elle passa aux mainsdes Hollandais en IGSO^ et appartient aux Anglais depuis 1796. Elle compte aujourd'hui environ 40,000 habitants, est le chef-lieu du gouvernement et do l'Ilf; de Ceylan, et sert de station à la navigation à vapeur entre Surs et Calcutta.
578 LES LUSIADES. CH. X (St. 51 -58).
« voient les dociles insulaires déposer aux pieds de « Soarès leurs trésors odoriférants.
« Siqueira fend les ondes Érythrées, et s'ouvre une « route nouvelle* vers les régions qui se glorifient d'a- « voir été le berceau de la reine Gandace*, et de cette « autre princesse qui fut éblouie jadis de la gloire de « Salomon; il visitera Thumble port d'Arquico, Ma- « zua, qui reçoit Teau du ciel dans des citernes, et « d'autres îles lointaines dont la découverte étonnera « Tunivers*.
« Menezès le remplace. Moins terrible en Asie qu'il « ne le fut sur la côte africaine, c'est en épuisant les « trésors d'Ormuz, c'est en doublant le tribut de cette « ville orgueilleuse, qu'il la punira de sa rébellion*. Et « toi aussi, Gama, pour prix du dévouement qui t'a conte duil dans ces mers d'exil et qui doit t'y ramener « encore, tu reviendras, avec un nouveau titre et des « honneurs nouveaux, régner sur ces bords que tu as « découverts.
(( Mais l'inflexible destinée, la loi fatale qui n'épargne « ni le rang ni la grandeur, t'enlèvera presque aussitôt M à toutes les illusions du monde et de la vie*. Après « toi brille un second Menezès. Jeune encore, mais ina struit par la sagesse, il laissera dans l'Inde un long « souvenir de son gouvernement.
1. Voir l'imporUnce de eeUe route nouvelle dans la Notice historique, p 271.
2. On connaît deux reines d'Ethiopie du nom deCandace : Tune qui, après avoir Tait une irruption en Egypte, au temps d'Auguste, Tut ensuite attaquée cliez elle et battue par le préfet Pétronius ; Tautrc, qui introduisit dans ses États le christianisme, qu'elle avait reçu de son grand trésorier, l'eunuque Juda, converti par saint Philippe.
3. Voir dans la Notice historique, p. 270, les expéditions marilimcit dirigées jusqu'en Chine par Soarès et Siqueira.
4. Camoens fait ici allu.<iun à la réputation d'avarice qu'avait eue Menezès. Voir Notice historique, p. 278.