Voir Notice littéraire, p. lOâ
LES LUSIADBS. CH. X (St. 54 -SG). 579
« Vainqueur des Malabares, il détruira les murs de « Panane et de Goulet, et marchera, tête levée, à travers « les éclats de la bombe. Il fera plus : doué de rares « vertus, il maîtrisera des ennemis plus redoutables, « tous les vices qui dégradent l'esprit et le cœur; il « triomphera de la cupidité et de la volupté, et saura K montrer, à Tâge des passions, une âme à toute « épreuve*.
(( Le ciel le redemande à la terre, et tu lui succèdes, a intrépide Mascarenhas. Si Tambition te dispute le a pouvoir, si Tinjustice te Tarrache, ta renommée n'en « sera que plus éclatante. Au défaut du bonheur, le « destin te donne la gloire, et tes ennemis eux-mêmes « sont contraints d'admirer ta valeur.
« C'est toi qui affranchiras Malacca de la longue ini- « mitié des peuples de Bintam ; tu vengeras en un jour « dix siècles d'injures. Les fatigues, les dangers sans
1 • Voici la traduction mot à mot de la On de cotte stance : o Avec « des vertus cerlainemeDl bien rares, il parvient à vaincre les sept « ennemis de Tâme; il triomphe de la cupidité et de Tincontinencc : « ce qui, dans un tel âge, est le plus haut degré de la perfection. »
— Com Tirtutlec certo «ingulares, Veiice os imigot d'alma todos sele ; De cobiça triumpha, e incontineocii ; Oue cm tal idade he tumma da excellencia.
Après avoir cherché longtemps par quelle flgure de rhétorique on pourrait dire convenablement en français, et dans une épopée, que Menezès, malgré sa grande jeunesse» avait su triompher des sept péchés capitaux, Millié n'en a pas trouvé de meilleure que Vénumération des partie*. Il traduit ainsi : « 11 fera plus ; il saura, dans l'âge des pas* sions, vaincre et subjuguer des ennemis cent fois plus redoutables : Torgueil, qui nous livre aux flatteurs ; Tenvie, qui méconnaît les talents et les vertus ; la colère, qui égare la raison ; l'intempérance, qui la trouble; l'amour de l'or, qui dessèche les Ames; la paresse, qui les engourdit, et la volupté, qui les dégrade. »
Puisque, des sept ennemis de Tùme, Gamuens ne nomme que l'amour de Tor et la volupté, nous croyons qu'il n' est pas nécessaire, pour rendre sa pensée, de manquer h la fidélité litlérale, et nous avons supprimé, dans la traduction, un développement qui n'est pas dans le teite.
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« nombre, les pièges cachés sous tes pas, les défilés, les « remparts, les javelots et les flèches, rien ne pourra « s'opposer à ta marche impétueuse.
<( Mais^ tandis que tu triomphes au delà du Gange, « l'avarice et l'ambition régnent insolemment sur les « rivages de l'Indus ; au lieu des honneurs du rang suce prème, tu n'y trouveras que des fers. Surpris par la « violence, opprimé par un coupable compétiteur, tu « souffres, mais tu n'es point humilié : tes fers ne désho- « norent que ton rival *.
« L'usurpateur cependant ne gouvernera pas sans « éclat. Sampayo - apparaît comme la foudre sur l'Océan, « que le Maure Gutial a couvert de ses vaisseaux ; il porte (( le carnage et l'effroi dans Bacanor, et du bruit d(5 sa a victoire épouvante la flotte musulmane : à demi vain- « eue par la peur, elle est détruite aussitôt qu'attaquée.
« D'autres navires, sortis du port deDiu, menaçaient « les remparts de Ghaul. Un lieutenant de Sampayo, « Hector de Sylveira*, s'avance fièrement pour les com- « battre; il en purge la mer, parcourt en vainqueur « irrité toute la côte de Gambaye, et devient aussi fatal a aux Guzarates que l'Hector troyen le fut jadis aux « guerriers de la Grèce.
« Le successeur de Sampayo, Nuno da Gunha*, diri- <c géra longtemps le gouvernail de l'Inde. D'une main, « il élève les tours de Ghalé, et de l'autre, il tient en « respect la superbe Diu. La forteresse de Baçaim se « rend à ses armes : conquête sanglante et longtemps
1. Voir, poar ce qui concerne Mascarenhas, la Notice hlstoriquet p. 284.
2. Voir, au sujet de Sampayo et de la bataille dont parle ici Camoent, la Notice hisorique, p. 284.
3. Une heureuse similitude de nom permet au poëte un rapprochement qui donne plus d'éclat à Tun de ses héros. Voir Notice historique, p. 285.